Il y a 72 ans, la ré­sis­tante Pau­lette Du­halde dis­pa­rais­sait

Un hom­mage lui se­ra ren­du sa­me­di 29 avril, à Flers. Il y a 72 ans, le 23 avril 1945, la ré­sis­tante Pau­lette Du­halde mou­rait dans les camps na­zis, à seule­ment 23 ans.

L'Orne Combattante (FL) - - FLERS ET SON PAYS -

« C’est le coeur dé­chi­ré que je vous écris cette der­nière lettre sur le sol de France, car je par­ti­rai lun­di ma­tin à 5 heures pour l’Al­le­magne (des­ti­na­tion in­con­nue). Je m’y at­ten­dais de­puis long­temps mais je ne peux me ré­si­gner à ac­cep­ter pour vous, cette hor­rible chose. Oh mes pa­rents ado­rés, par­don­nez­moi d’avoir pen­sé à mon pays avant d’avoir pen­sé à vous ; par­don­nez tout ce dont je suis cou­pable en­vers vous et ne res­tez sur­tout pas anéan­tis sous le poids de votre dou­leur ».

Ar­rê­tée par la Ges­ta­po

C’est dans sa cel­lule, à Fresnes, en ré­gion pa­ri­sienne, que Pau­lette Du­halde a écrit ces lignes, en juillet 1944, quelques jours avant d’être dé­por­tée vers l’Al­le­magne. C’est la der­nière lettre que ses pa­rents ont re­çue. La jeune femme mour­ra à 23 ans, le 23 avril 1945, dans le camp de la mort de Ra­vens­brück.

A Flers, tout le monde connaît le nom de Pau­lette Du­halde. L’une des places prin­ci­pales a été re­bap­ti­sée à sa mé­moire, là où une stèle a été éri­gée. Mais qui était vrai­ment cette ré­sis­tante qui a don­né sa vie pour que nous puis­sions vivre dans un pays libre ?

Pau­lette Du­halde est née à Flers le 23 juillet 1921, rue du Mou­lin. Ses pa­rents te­naient le ca­fé de l’au­to­mo­bile, qui abrite au­jourd’hui la Banque po­pu­laire de l’Ouest, place Pau­lette-Du­halde. Son père était éga­le­ment mo­ni­teur au­to-école1. Elle suit ses études à l’ins­ti­tut Notre-Dame. Après le bre­vet, la Flé­rienne réus­sit son concours d’en­trée à la Banque de France, qui se trou­vait alors rue de la 11e D.B. Elle oc­cupe les fonc­tions de se­cré­taire du di­rec­teur.

A seule­ment 19 ans, au dé­but de l’an­née 1941, elle entre dans la ré­sis­tance au sein du ré­seau Jeanne, à l’in­su de ses pa­rents. Elle est agent de liai­son et trans­met des rap­ports sur le mou­ve­ment et la si­tua­tion des troupes al­le­mandes et de leur ma­té­riel. La ré­sis­tante se charge aus­si du trans­port du cour­rier à Vire, Caen, Alen­çon et Pa­ris1.

« Pen­dant plu­sieurs mois, elle fit par­tie de l’es­pion­nage an­glais, trans­met­tant à nos al­liés, au pé­ril de sa vie, de pré­cieux ren­sei­gne­ments pour fa­vo­ri­ser le dé­bar­que­ment », avait rap­pe­lé Henri Robbe, maire de Flers, dans un hom­mage ren­du à la ré­sis­tante, en sep­tembre 1945².

Jo­jo, de son nom de guerre, avait no­tam­ment trans­mis des in­for­ma­tions sur la si­tua­tion exacte des pièces lourdes sur la côte nor­mande. Une autre fois, elle avait ap­pris que Goe­ring, haut di­gni­taire na­zi, était en Suisse nor­mande. Comme il n’était pas pos­sible de té­lé­pho­ner li­bre­ment, elle al­la jus­qu’à se rendre à la kom­man­dan­tur, rue de la Ré­pu­blique, pour pas­ser un ap­pel. Elle pré­tex­ta une ur­gence fa­mi­liale et put don­ner l’alerte, à la barbe des Al­le­mands3.

Mais le ré­seau a été in­fil­tré par une « taupe » et, le 9 dé­cembre 1942, à 9 h 15, la Ges­ta­po se pré­sente à la Banque de France. « Avant d’être em­me­née, Pau­lette Du­halde eut la pré­sence d’es­prit de re­mettre son sac à main à l’une de ses col­lègues. Il conte­nait toute la si­gna­li­sa­tion de la côte de Gran­ville. Ce dé­tail donne toute l’im­por­tance de la mis­sion qu’elle ac­com­plis­sait et des ren­sei­gne­ments qu’elle pou­vait trans­mettre », avait sou­li­gné Henri Robbe, lors de la cé­ré­mo­nie d’hom­mage².

Em­me­née par la po­lice al­le­mande, elle ne re­ver­ra plus sa ville na­tale. La Flé­rienne est in­ter­née à la pri­son de Fresnes le 12 dé­cembre 1942. Le 1er mai 1943, elle com­pa­raît sous l’in­cul­pa­tion d’es­pion­nage de­vant la 5e sec­tion du tri­bu­nal mi­li­taire de la kom­man­dan­tur de Pa­ris avec d’autres per­sonnes. Le pro­cès dure 11 jours. La plu­part ont été condam­nées à mort et fu­sillées. Pau­lette Du­halde, qui échappe de peu au pe­lo­ton d’exé­cu­tion, écope de 5 ans de ré­clu­sion ².

Le 14 juillet 1944, la Flé­rienne est trans­fé­rée de Fresnes vers l’Al­le­magne, à Aa­chen puis à Cott­bus. Le 21 no­vembre, elle est dé­por­tée à Ra­vens­brück, sur­nom­mé « l’en­fer des femmes ». A bout de force, elle meurt le 23 avril 1945, alors que la France est en train d’être li­bé­rée. « Les Russes n’étaient plus qu’à une jour­née de camp, lors­qu’épui­sée par la maladie, mi­née par les pri­va­tions, elle de­vait rendre son âme à Dieu », écri­vait L’Orne Com­bat­tante, le 25 août 1965. Les per­sonnes qui l’ont connue en dé­ten­tion, à l’ins­tar d’Odette San­som, gar­de­ront le sou­ve­nir de son « cou­rage » et de sa « bon­té ».

Hom­mage ce sa­me­di

Le 11 no­vembre 1950, Pau­lette Du­halde a été dé­co­rée à titre post­hume de la Lé­gion d’hon­neur et, de­puis 1999, une stèle est éri­gée à sa mé­moire, sur la place qui porte son nom, face au ca­fé que te­naient ses pa­rents.

Le maire de Flers, en 1945, avait émis le sou­hait « que dans toutes les fa­milles, les ma­mans de Flers ra­content son his­toire à leurs pe­tits en­fants, que son sou­ve­nir se per­pé­tue aux gé­né­ra­tions qui sui­vront, que son nom et plu­sieurs de ses ma­gni­fiques pa­roles passent à la pos­té­ri­té² ».

Sa­me­di 29 avril, jour­née na­tio­nale de la dé­por­ta­tion, un hom­mage se­ra ren­du à la ré­sis­tante, à 15 h 30, de­vant la stèle place Pau­lette-Du­halde. Deux autres ré­sis­tants flé­riens se­ront mis à l’hon­neur : Henri Vé­niard, à 15 heures, au ci­me­tière de Saint-Georges-des-Gro­seillers, et Pierre Le­mière, à 16 h 15, au mou­lin du châ­teau de Flers. M. M. Flers à tous les coins de rue. Ed. Flers pro­mo­tion, mé­dia­thèque et ar­chives du pays de Flers. ² L’Orne Com­bat­tante du 28 sep­tembre 1945. Flers, Ed. Flers pro­mo­tion.

Pau­lette Du­halde as­su­rait des mis­sions d’es­pion­nage.

L’an­cienne Banque de France, rue de la 11e D.B. où Pau­lette Du­halde a été ar­rê­tée par la Ges­ta­po, le 9 dé­cembre 1942.

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