6 ans en stop au­tour du monde

Ce jeu­di, le Flé­rien Er­wa­nig Hal­boult rentre à Flers, 6 ans et de­mi après en être par­ti de­puis la route de Pa­ris, en stop. Il a fait un tour du monde.

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - M. M.

Er­wa­nig Hal­bout a at­ter­ri en France ce jeu­di 4 mai après avoir pas­sé 6 ans et de­mi à voya­ger au­tour du monde avec sa tente sur le dos.Com­bien de pays at-il tra­ver­sé ? « Je n’en ai au­cune idée », avoue le Flé­rien de 28 ans qui vit les der­niers jours de son pé­riple à La Paz, en Bo­li­vie.

Par­ti en stop d’un rond-point, à Flers

Son aven­ture a com­men­cé le 18 oc­tobre 2010, à Flers, au rond-point du Buis­son-Cor­blin. « Ma mère m’a lais­sé là-bas. C’était as­sez émou­vant », se rap­pelle Er­wa­nig qui a gran­di à Lan­di­sacq. A 21 ans, ce jeune di­plô­mé d’une école d’or­tho­pé­diste-or­thé­siste a dé­ci­dé de par­tir dé­cou­vrir l’Eu­rope en stop sans trop sa­voir où tout ce­la l’em­mè­ne­rait. Pour tout ba­gage, il a un sac, une tente, un ré­chaud et une bous­sole. Son rêve est d’al­ler jus­qu’en Mon­go­lie et de re­ve­nir à che­val. « Mais je ne sa­vais pas si j’al­lais avoir as­sez d’ar­gent. »

Le stop, qu’il fe­ra 80 % de son voyage, lui per­met d’al­ler jus­qu’en Li­tua­nie. Au bout de 2 mois, il ar­rive en Rus­sie. Il dé­couvre Mos­cou ou en­core le lac Baï­kal, en Si­bé­rie, où il fait jus­qu’à -40 °C. « J’ai dé­cou­vert des Russes in­croyables et très gé­né­reux. »

Il réa­lise son rêve en pas­sant en Mon­go­lie le 24 dé­cembre. « C’est le pre­mier pays où je vais où je ne suis plus in­aper­çu. J’étais dif­fé­rent phy­si­que­ment des gens », se rap­pelle-t-il. Les ha­bi­tants lui font tou­te­fois un bon ac­cueil et il passe ici son « plus beau Noël ». Er­wa­nig re­nonce bien­tôt à son rêve d’ache­ter des che­vaux. « Ce n’était pas le bon mo­ment. Je n’avais pas trop d’ar­gent… » Et pas l’en­vie de re­ve­nir sur­tout.

Il pour­suit donc son voyage en Chine. « Il y a deux pays dans ce voyage où je n’ai pas été in­vi­té chez les gens, c’est la Chine et la France. » L’au­to-stop­peur ga­lère et part dé­cou­vrir le Ti­bet, sous do­mi­na­tion chi­noise. Il est confron­té à un pro­fond sen­ti­ment d’in­jus­tice face à « une culture que l’on cherche à sup­pri­mer. »

C’est au Né­pal qu’il re­trouve une cer­taine sé­ré­ni­té. Ce pays est « une ré­vé­la­tion » pour Er­wa­nig Hal­bout qui y re­vien­dra à plu­sieurs re­prises et y pas­se­ra en­vi­ron un an. Là-bas, il tra­vaille no­tam­ment pour ve­nir en aide « aux ga­mins des rues » qu’il ap­pelle « les Sales mer­veilles » et trouve des bou­lots de ra­bat­teur pour un hô­tel ou pour un ate­lier de man­da­la, no­tam­ment. Il ap­prend la langue et s’in­sère par­fai­te­ment con­trai­re­ment à des pays comme l’Inde. « J’y suis res­té 3 mois. Des choses m’ont cho­qué, ça a été plus dif­fi­cile de m’adap­ter, de pen­ser comme eux. »

En Aus­tra­lie, « j’ai fait 1 000 mé­tiers »

La pre­mière fois qu’il prend l’avion, c’est pour se rendre en Ma­lai­sie. Le pays est riche et au bout de 15 jours, il n’a plus d’ar­gent. « C’est la seule fois au cours de mon voyage où j’ai eu be­soin de de­man­der de l’ar­gent à mes pa­rents : 210 € pour m’en­vo­ler jus­qu’à Mel­bourne. »

L’Aus­tra­lie est une des­ti­na­tion im­por­tante dans le voyage d’Er­wa­nig. Il y re­vien­dra à trois re­prises et y res­te­ra un an. « J’ai ren­con­tré des gens ex­tra­or­di­naires », sou­ligne-t-il et no­tam­ment les Abo­ri­gènes « qui n’ont pas les mêmes droits que les blancs », re­grette-t-il. Le Nor­mand trouve du tra­vail as­sez fa­ci­le­ment. « J’ai fait 1 000 mé­tiers dans la pêche, les mou­tons, j’ai tra­vaillé dans l’os­tréi­cul­ture, la construc­tion, dans les champs d’oi­gnons, dans les mangues, les ci­trons… », et même dans le dres­sage de dro­ma­daires ! « On a cap­tu­ré neuf dro­ma­daires dans la na­ture. Puis en 3 mois et de­mi on les a dres­sés et édu­qués pour qu’ils n’aient pas peur de nous. » Il monte éga­le­ment des che­vaux de course.

Une fa­mille for­tu­née le prend même en af­fec­tion. Er­wa­nig se ver­ra of­frir un ba­teau. Hé­las, il cou­le­ra. « Ce sont mes pa­rents aus­tra­liens. » Le voyage, pour le Flé­rien, c’est sur­tout des ren­contres, des gens qui l’aident, des amis qui font un bout de che­min avec lui… Son car­net d’adresses lui per­met de trou­ver des points de chute par­tout dans le monde.

En Asie du sud-est, Er­wa­nig vi­site la Thaï­lande où « il y a une pol­lu­tion tou­ris­tique énorme. Dans le Sud, il y a 18 mil­lions de tou­ristes par an et no­tam­ment pour du tou­risme sexuel. Les ha­bi­tants en ont marre de ces gens qui ne res­pectent rien. » Il lui est dif­fi­cile de nouer des re­la­tions. C’est dans le nord-est du pays que le Flé­rien y par­vien­dra. « Il n’y a pas de tou­ristes, les gens m’ont in­vi­té chez eux. »

200 km en ba­teau en Ama­zo­nie

Le Laos, a été un choc pour Er­wa­nig. « Je suis res­té 3 mois. Je ne vou­lais pas par­tir, j’étais bien. » L’ac­cueil des ha­bi­tants, « agréables et gé­né­reux », le touche au­tant que ce­lui des gens du Cam­bodge, pays voi­sin et pour­tant très dif­fé­rent.

De re­tour en Aus­tra­lie, il dé­cide de chan­ger de conti­nent et s’en­vole pour San­tia­go du Chi­li. C’était en août 2014. Là, il re­trouve son père et son frère. Le groupe voyage jus­qu’en Pa­ta­go­nie. En 6 ans et de­mi de voyage, Er­wa­nig n’a ja­mais per­du le contact avec ses proches qui viennent le voir dans plu­sieurs pays. Il leur en­ver­ra ré­gu­liè­re­ment des nou­velles. « Il ne faut pas être égoïste. »

Puis il pour­suit son voyage en so­li­taire et en stop en Ar­gen­tine. Le Flé­rien re­noue avec sa pas­sion : le che­val et ac­com­pagne no­tam­ment des tou­ristes pour ga­gner de l’ar­gent. La Bo­li­vie se­ra le pays où il se sen­ti­ra le mieux. « C’est mon Né­pal d’Amé­rique. » Il y re­vien­dra plu­sieurs fois jus­qu’à la veille de son dé­part. Il tra­vaille dans l’ar­ti­sa­nat et même à l’hô­pi­tal gé­né­ral de La Paz. Er­wa­nig Hal­bout se rend aus­si en Equa­teur, en Co­lom­bie au en­core au Pé­rou où il re­trouve, dans la fo­rêt ama­zo­nienne, un ami d’en­fance, Alexandre Au­vray (Lire L’Orne Com­bat­tante du jeu­di 5 mai 2016).

Là-bas, le Flé­rien en pro­fite pour se construire son propre ba­teau. « J’ai des­cen­du 200 km tout seul dans l’Ama­zo­nie. J’ai ren­con­tré des gens ex­tra­or­di­naires, sur la route, qui n’avaient pas l’ha­bi­tude de voir un blanc tout seul dans un ba­teau. » Et, con­trai­re­ment à l’idée re­çue, l’Ama­zone n’est pas un fleuve tran­quille. « Quand il y a une tem­pête, il y a des grosses vagues », se sou­vient le voya­geur.

Après 5 ans de voyage, Er­wa­nig re­vient en France pour 6 mois. « Ça m’a fait du bien de re­voir ma fa­mille et mes amis ». Il en pro­fite pour al­ler faire les ven­danges en Cham­pagne puis une sai­son à la mon­tagne. « Le but, c’était d’éco­no­mi­ser de l’ar­gent pour re­par­tir au plus vite ». Son voyage se pour­suit par l’Is­lande et le Ca­na­da. « J’y ai pas­sé 3 mois. J’ai tra­ver­sé le pays en tra­vaillant puis j’ai vé­cu deux se­maines avec des gens mer­veilleux, en os­mose avec la na­ture, les At­ti­ka­meks ». Ce peuple d’Amé­rique du Nord est ani­miste, c’est-à-dire qu’il croit aux es­prits.

Dé­cou­vrir la France

Chan­ge­ment de dé­cor aux Etats-Unis. « C’est le pre­mier pays que j’ai trou­vé dan­ge­reux ». Er­wa­nig tra­vaille dans l’Ore­gon, no­tam­ment. « Il n’y a pas de po­lice dans cet état. Ce sont les gens qui font la po­lice. Tout le monde est ar­mé ». Le Flé­rien vit l’élec­tion de Do­nald Trump aux Etats-Unis avant d’al­ler au Mexique. « J’ai vé­cu le ra­cisme an­ti-amé­ri­cain. C’était un peu com­pli­qué ».

Après 6 ans et de­mi au­tour du monde, l’aven­ture n’est pas fi­nie ! Elle va dé­sor­mais se pour­suivre en France. « Je vais ache­ter un che­val pour dé­cou­vrir mon pays car je connais plus le Né­pal, la Bo­li­vie et l’Aus­tra­lie. Ce n’est pas nor­mal. Je pars jus­qu’en oc­tobre pour dé­cou­vrir des ré­gions comme le Lar­zac, l’Ar­dèche, l’Au­vergne, le Ver­cors ou la Drôme ».

Er­wa­nig es­père trou­ver un en­droit pour po­ser ses va­lises. « Il y a un seul pays où je n’au­rais pas de pro­blème pour les vi­sas ou pour m’ins­tal­ler, c’est la France ». Avant peut-être de dé­cou­vrir l’Afrique…

Er­wa­nig Hal­bout a vé­cu 1 000 aven­tures en 6 ans et de­mi : dres­ser des dro­ma­daires en Aus­tra­lie, dé­cou­vrir la culture des Ti­bé­tains ou en­core celle des At­ti­ka­meks, peuple d’Amé­rique du Nord (pho­tos Er­wa­nig Hal­bout).

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