Le com­bat de Guillaume

Le 4 juin 2016, Guillaume Dé­sert était ache­mi­né vers le CHU de Caen en état de mort clinique après un ter­rible ac­ci­dent à l’en­trée de Tin­che­bray. En­tre­tien ex­clu­sif.

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - Lu­do­vic Le­moine

Il a la fougue d’un ga­min de 20 ans et peut-être même en­core plus. Guillaume les fê­te­ra dans quelques jours. « Je suis im­pa­tient, je n’ai plus de pa­tience » ra­conte le jeune homme. Et pour cause, le 4 juin pro­chain, il y au­ra un autre an­ni­ver­saire, beau­coup plus lourd ce­lui-là. Le 4 juin 2016, Guillaume est vic­time d’un ter­rible ac­ci­dent de la cir­cu­la­tion. Ils sont quatre jeunes dans une Peu­geot 206. A 2 h du ma­tin, ils em­pruntent la route Flers Tin­che­bray pour al­ler cher­cher la soeur de Guillaume et se rendre à un an­ni­ver­saire sur­prise. Mais le conduc­teur qui roule à très vive al­lure perd le contrôle de son vé­hi­cule dans la des­cente de la Ma­de­leine avant d’ar­ri­ver à Tin­che­bray.

À plus de 190 km/h

À plus de 190 km/heure, la voi­ture sort de la route, ef­fec­tue un vol pla­né de trente mètres, fait quatre ton­neaux. Le mo­teur du vé­hi­cule est pro­je­té à 45 mètres dans le champ où la voi­ture s’im­mo­bi­lise. De nom­breux se­cours sont dé­pê­chés sur les lieux pour prendre en charge les quatre oc­cu­pants du vé­hi­cule. Des côtes cas­sées, une épaule tou­chée, un coude, des ec­chy­moses. Trois pas­sa­gers sont tou­chés mais leurs jours ne sont pas en dan­ger.

Guillaume, lui, est conscient mais griè­ve­ment tou­ché. Son crâne est at­teint, sa ca­ro­tide est com­pri­mée…

En état de mort clinique

Le vé­hi­cule, im­mo­bi­li­sé dans une po­si­tion dé­li­cate et en équi­libre, oblige les se­cours à prendre énor­mé­ment de pré­cau­tions. Il leur fau­dra 90 mi­nutes pour ex­traire le jeune homme de sa pri­son de tôle. Il est, dans la nuit, di­ri­gé vers le centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire de Caen. « Il est ar­ri­vé en état de mort clinique » ex­plique So­nia, sa ma­man. Il y res­te­ra 5 mois dont 7 se­maines dans un co­ma pro­fond. « Son pro­nos­tic vi­tal a été en­ga­gé pen­dant trois mois » souffle sa mère. Par quatre fois, Guillaume est proche de mou­rir. « Son crâne était comme une co­cotte-mi­nute, il souf­frait d’hy­per­ten­sion in­tra­crâ­nienne ».

73 points de su­ture

Les mé­de­cins lui ont alors en­le­vé une par­tie du crâne qu’ils ont pla­cé « en nour­rice » dans son ventre. En novembre der­nier, ils ont re­pla­cé cette par­tie du crâne et ont com­plé­té avec du ti­tane.

Pe­tit à pe­tit, le Tin­che­brayen a re­pris vie. Au prix d’un long par­cours qu’il pour­suit en­core au­jourd’hui, il re­lève la tête. « Je ne suis plus le même, mais j’aime ce­lui que je suis au­jourd’hui ». Il rêve de pou­voir ré­cu­pé­rer son per­mis deux-roues. « J’étais mé­ca­ni­cien mo­to. Com­ment vou­lez-vous que je puisse ré­pa­rer les mo­tos si je ne peux pas les es­sayer… » peste Guillaume.

« Pour moi je vais bien, je me sens bien. » Guillaume n’hé­site pas une se­conde lors­qu’on lui de­mande : « com­ment vas-tu ? » « Ma mère dit que ce n’est pas en­core ça… » Des sé­quelles, il en a en­core, beau­coup. « Quand je dors, j’ai des dou­leurs au dos, mais ça va ». Il doit dé­sor­mais por­ter des lu­nettes, sa vi­sion ayant été tou­chée. Un dos­sier de re­con­nais­sance de han­di­cap à 80 % est en cours.

Guillaume est un gar­çon pres­sé, pres­sé de re­vivre sa pas­sion : la mo­to. Mais la longue ré­édu­ca­tion qu’il a en­ta­mée de­puis novembre 2016 à Granville se pour­suit en­core, cette fois, à Ba­gnoles-de-l’Orne. « Je vais au centre de ré­édu­ca­tion deux fois par se­maine ». Là­bas, il fait du sport, ren­contre des psy­cho­logues, tra­vaille avec un er­go­thé­ra­peute pour ré­ap­prendre les gestes du quo­ti­dien. Car de­puis son ac­ci­dent, il a dû tout ré­ap­prendre. « Je n’étais pas du tout au­to­nome ».

Après sa sor­tie du co­ma et les nom­breuses opé­ra­tions su­bies, le jeune homme ne sait plus mar­cher, doit por­ter des couches… « A mon ar­ri­vée au centre de Granville, je n’ar­ri­vais même pas à ou­vrir une ba­nane ! Je de­vais de­man­der qu’on me coupe ma viande, j’étais un grand bé­bé. »

Dans ce centre de ré­édu­ca­tion, il cô­toie d’autres grands mu­ti­lés ou ac­ci­den­tés. Cha­cun aide l’autre, les pa­tients se serrent les coudes. « Le centre de Granville ? C’est de la bombe, je kiffe ce qu’ils font ! ». Là-bas, il ré­ap­prend à mar­cher. « Le 1er dé­cembre, j’ai re­mar­ché. Je suis ren­tré après une nou­velle opé­ra­tion au CHU, et ils m’ont dit : Bon, main­te­nant, c’est fi­ni le fau­teuil rou­lant ».

Il a pu comp­ter sur un per­son­nel soi­gnant dé­voué et com­pé­tent, sur sa fa­mille et sur ses amis. « Mes potes m’ont ai­dé, ils ont été très pré­sents. » Chaque wee­kend, ils étaient plu­sieurs à tour de rôle à se rendre à Granville pour lui rendre vi­site. Un ours en pe­luche d’1,80 mètre, sym­bôle de ce sou­tien, ac­com­pagne en­core Guillaume. Sur­nom­mé Guiz’mo, comme l’ap­pellent ses amis, il ne le quitte pas. « Ce­la re­pré­sente beau­coup ».

Guillaume pour­suit en­core sa longue conva­les­cence. « Je suis fier de moi, je n’ai rien lâ­ché ! »

Pour moi, je vais bien Je n’ar­ri­vais pas à ou­vrir une ba­nane

Mort clinique puis co­ma pro­fond, pro­nos­tic vi­tal en­ga­gé pen­dant trois mois… Guillaume Dé­sert re­vient de loin après un ter­rible ac­ci­dent sur­ve­nu en juin 2016 à Tin­che­bray.

Le crâne de Guillaume a été vio­lem­ment tou­ché. On dis­tingue en­core un trou (à droite). Les mé­de­cins lui ont re­ti­ré une par­tie du crâne avant de lui re­mettre quelques mois plus tard et de conso­li­der avec du ti­tane.

Le choc a été d’une ex­trême vio­lence. Le mo­teur avait été éjec­té à plus de 40 mètres…

Le jeune homme se­ra res­té près de 6 mois en fau­teuil rou­lant. Il a ré­ap­pris à mar­cher à Granville.

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