« On de­vait se ca­cher dans les bois »

L'Orne Combattante (FL) - - CONDÉ ET SON PAYS -

Les ré­si­dents de la mai­son de re­traite ont ren­con­tré une classe de CM1 de l’école Sé­vi­gné. Le thème de cette ren­contre était ba­sée sur la guerre 1944, afin de sa­voir com­ment ces per­sonnes ont vé­cu cette tra­gique pé­riode.

Avec Ca­the­rine Bon­dis, ani­ma­trice de l’Eh­pad, mon­sieur Eigle, pro­fes­seur des élèves de CM1- Sé­vi­gné, de Mé­gane, vo­lon­taire au ser­vice ci­vique et de Ma­rie-Laure, as­sis­tante d’édu­ca­tion d’en­fant en si­tua­tion de han­di­cap, les élèves avaient soi­gneu­se­ment pré­pa­ré leurs ques­tions.

Les ré­si­dents ont dé­voi­lé de tra­giques sou­ve­nirs. « Nous n’avions pas as­sez pour man­ger, et par­mi nous, des per­sonnes étaient is­sues de la ferme, là, il y avait de quoi se nour­rir, mais les Al­le­mands se ser­vaient, tuaient nos bêtes et ra­flaient notre nour­ri­ture. On man­quait cruel­le­ment de pain et quand on avait, le pain était par­fois ras­si. Ce n’était pas grand chose à l’époque, nos pa­rents avaient quelques ti­ckets de ra­tion­ne­ment, qui nous per­met­tait d’avoir un peu de cho­co­lat, de sucre et du pain. »

D’autres évoquent des mo­ments mar­quants. « Nos pa­rents nous pro­té­geaient et on de­vait les écou­ter et ne rien dire. On de­vait se ca­cher, dans des pe­tits vil­lages, dans les bois, dans les tran­chées re­cou­vertes de feuillage, on de­vait se ca­mou­fler, ne rien faire d’autre, car les bom­bar­diers sur­vo­laient les zones, ils étaient au-des­sus de nos têtes. Le soir, on avait le couvre-feu, il ne fal­lait pas de lu­mière, si­non les bombes pleu­vaient sur le village. »

« Les chars étaient par­tout »

De­nise qui a vé­cu ces mo­ments ter­ribles du bom­bar­de­ment à Con­dé se rap­pelle : « Les chars et les bom­bar­diers al­le­mands étaient par­tout, ils dé­trui­saient tout sur leur pas­sage, c’était hor­rible, les gens criaient, des bles­sés et morts par­tout. »

Une autre ré­si­dente ex­plique : « Mon père fut pri­son­nier pen­dant plus de cinq an­nées, il al­lait dans les champs pour se nour­rir de bet­te­raves crues, qui étaient des­ti­nées aux bes­tiaux de la ferme. Quand il est ren­tré à la mai­son, il était très maigre et ce­la l’a mar­qué, il a eu beau­coup de mal à s’en re­mettre. »

Les sept ré­si­dents ont te­nu à évo­quer la tra­gé­die d’Ora­dour­sur-Glane, ce mas­sacre qui a coû­té la vie à 642 per­sonnes. En­fin, ils ont vou­lu adres­ser un mes­sage de paix et de sa­gesse. « Oui, nous étions très jeunes, nous avions 16/20 ans, en cette pé­riode de guerre, nous ne sou­hai­tons pas que les en­fants d’au­jourd’hui vivent de telles hor­reurs. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.