Ron­feu­ge­rai se­ra-t-elle re­con­nue Juste par­mi les na­tions ?

De­puis près de 10 ans, un dos­sier de re­con­nais­sance de la com­mune de Ron­feu­ge­rai comme Juste par­mi les na­tions est en cours.

L'Orne Combattante (FL) - - ATHIS ET SON PAYS -

Ron­feu­ge­rai.

Charles Zal­ber, était un en­fant ré­fu­gié juif qui a été ac­cueilli dans la com­mune avec ses pa­rents et sa soeur Si­mone entre 1942 et 1945.

La fa­mille Zal­ber a vé­cu dans une mai­son de tis­se­rands du vil­lage de la Fo­li­nière sous le nom of­fi­ciel de Bar­ré afin de ne pas éveiller les soup­çons des au­to­ri­tés al­le­mandes. Les deux en­fants étaient sco­la­ri­sés dans l’école com­mu­nale. Du­rant ces quatre an­nées, pe­sonne n’a rien dit dans la com­mune et tout s’est bien pas­sé.

Après son re­tour à Pa­ris, Charles Zal­ber a conser­vé des liens avec les ha­bi­tants de Ron­feu­ge­rai dans la­quelle il re­ve­nait de temps en temps jus­qu’à son décès en dé­cembre 2011. Il y a quelques an­nées, avec le concours de Pierre Lion, maire à l’époque, il a ins­truit un dos­sier de re­con­nais­sance de la com­mune pour de­ve­nir Justes par­mi les na­tions. Le titre de Juste est dé­cer­né au nom de l’État d’Is­raël par le mé­mo­rial de Yad Va­shem. C’est la plus haute dis­tinc­tion ci­vile que l’État hé­breu at­tri­bue gé­né­ra­le­ment à des per­sonnes non-juives qui, au pé­ril de leur vie, ont sau­vé des juifs en si­tua­tion de dan­ger.

Sa­me­di 17 juin, comme un sym­bole à la veille du 77e an­ni­ver­saire de l’ap­pel à la ré­sis­tance de la po­pu­la­tion par le gé­né­ral de Gaulle, en 1940, une cé­ré­mo­nie a été or­ga­ni­sée en mé­moire de Charles Zal­ber en pré­sence de ses amis et de la sé­na­trice de l’Orne, Na­tha­lie Gou­let qui a cô­toyé ce der­nier jus­qu’à la fin de sa vie. Une aqua­relle peinte par Tho­mas Iver­nel qui re­pré­sente un en­fant en train de lire al­lon­gé sur l’herbe de­vant une mai­son qui rap­pelle celle de la Fo­li­nière, a été of­ferte à la com­mune de Ron­feu­ge­rai par Vic­tor Men­dès, an­cien com­pa­gnon de Charles Zal­ber pen­dant 17 ans.

As­sis­taient à cette cé­ré­mo­nie, une par­tie des ha­bi­tants de la com­mune par­mi les­quels deux an­ciens ca­ma­rades d’école de Charles Zal­ber, Paul Le­fèvre et Charles Vi­cialle, l’an­cienne ré­sis­tance An­nette La­jon et des membres du Sou­ve­nir fran­çais de Dom­front ve­nus avec leurs dra­peaux à l’in­vi­ta­tion de la sé­na­trice.

Une par­tie de lui

Au cours de son in­ter­ven­tion, Ni­cole Du­val, maire dé­lé­guée de la com­mune, a dit la fier­té qu’elle res­sen­tait au­jourd’hui au su­jet de l’ac­tion des ha­bi­tants de Ron­feu­ge­rai qui ont ac­cueilli la fa­mille Zal­ber en 1942.

« Alors que l’été 1942 se dé­cri­vait avec l’ar­res­ta­tion de 13.000 juifs au Vel d’Hiv, à Pa­ris, Ron­feu­ge­rai oeu­vrait hu­mai­ne­ment et col­lec­ti­ve­ment pour sau­ver la fa­mille de Charles Zal­ber. Je suis fière d’être le maire d’une com­mune avec des va­leurs hu­maines fortes. Fière de l’ac­tion des nos ha­bi­tants tout au long de cette oc­cu­pa­tion al­le­mande. »

À son tour Na­tha­lie Gou­let, qui fait le maxi­mum pour dé­lo­quer le dos­sier de re­con­nais­sance de Juste par­mi les na­tions, a in­sis­té sur l’ac­tion me­née par les ha­bi­tants de Ron­feu­ge­rai entre 1942 et 1945.

« Le vil­lage de Ron­feu­ge­rai a per­mis à Charles Zal­ber et à sa fa­mille de res­ter vi­vant. Qui sauve une vie, sauve l’hu­ma­ni­té. C’est ce qui s’est pas­sé ici au sein de la po­pu­la­tion. Le titre de Juste par­mi les na­tions est am­ple­ment mé­ri­té. Le dos­sier est très long à ins­truire, il semble que le blo­cage vienne d’un manque de té­moi­gnages. Je fe­rai le maxi­mum pour que ce­la abou­tisse. »

Paul Le­fèvre, 7 ans et Charles Vi­cialle, 12 ans en 1942, se sou­viennent de Charles Zal­ber qui lui avait 10 ans à l’époque. « Il avait beau­coup de fa­ci­li­tés pour ap­prendre, il était plus avan­cé que nous. C’était un gars de la ville, à Pa­ris, il connais­sait plus de choses que nous à la cam­pagne. Nous avons gar­dé des contacts avec lui lors­qu’il re­ve­nait ici. »

En 1945, après la fin de la guerre, la fa­mille Zal­ber est re­tour­née vivre à Pa­ris où le jeune Charles a vé­cu jus­qu’à son décès. Il pos­sé­dait une ga­le­rie de pein­ture qui était sa grande pas­sion.

« En pos­sé­dant au­jourd’hui l’un de ses ta­bleaux, nous avons une par­tie de lui dans notre vil­lage » a sou­li­gné Ni­cole Du­val.

Le ta­bleau of­fert à la com­mune de Ron­feu­ge­rai pré­sen­té par Ni­cole Du­val et Alain Lange, maire d’Athis-Val-de-Rouvre, en pré­sence d’An­nette La­jon et de Na­tha­lie Gou­let, à gauche.

De gauche à droite : Charles Vi­cialle et Paul Le­fèvre, deux an­ciens ca­ma­rades de classe de Charles Zal­ber.

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