Un livre sur Flers fa­vo­ri

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - Tho­mas Gour­lin

Un livre pas­sion­nant qui parle de Flers pour­rait dé­cro­cher le prix Gon­court 2017. L’au­teur or­naise Alice Ze­ni­ter signe un ro­man in­ti­tu­lé L’Art de Perdre, dont une grande par­tie se dé­roule à Flers.

Dans cet ou­vrage de plus de 500 pages, Alice Ze­ni­ter évoque l’his­toire de sa fa­mille de­puis la Ka­by­lie, en Al­gé­rie jus­qu’à la Nor­man­die, et no­tam­ment, le quar­tier du Pont Fé­ron à Flers.

Pour évo­quer cette his­toire, Alice Ze­ni­ter a créé des per­son­nages fic­tifs. Il s’agit bien d’un ro­man et le lec­teur au­rait tort d’ima­gi­ner que tous les faits de ce livre se sont dé­rou­lés ain­si dans la réa­li­té.

Dans ce livre, tout com­mence en Al­gé­rie, avec Ali, mon­ta­gnard de Ka­by­lie qui a com­bat­tu avec les Al­liés lors de la Se­conde Guerre mon­diale. Ali est le grand-père de Naï­ma, le per­son­nage qui évoque Alice Ze­ni­ter.

Ali est de­ve­nu un riche pay­san grâce à une fa­veur du des­tin qui lui fait dé­cou­vrir un pres­soir à olives dans un oued. La guerre d’Al­gé­rie ar­rive dans les mon­tagnes et avec ce conflit la né­ces­si­té de choi­sir un camp. Il s’agit de sou­te­nir les Fran­çais ou le Front de li­bé­ra­tion na­tio­nale (FLN).

Ali ne choi­sit pas vrai­ment. Il n’aide pas le FLN mais ne fa­vo­rise pas les sol­dats fran­çais non plus. Il tente sim­ple­ment d’éloi­gner de sa fa­mille les consé­quences de la guerre. Il fait le choix « d’être pro­té­gé d’as­sas­sins qu’il dé­teste par d’autres as­sas­sins qu’il dé­teste », comme l’écrit l’au­teur.

Avec les ac­cords d’Evian, parce qu’il craint pour la vie de sa femme, Ye­ma, et de ses en­fants, Ali dé­cide de quit­ter son pays pour la France en 1962. Au bout de cet exil, ils sont en­voyés à Flers, au Pont Fé­ron, là où « la ville a cons­truit pour les har­kis plusieurs barres de lo­ge­ments HLM, à la pé­ri­phé­rie de l’ag­glo­mé­ra­tion, là où s’éten­dra quelques an­nées plus tard la fier­té lo­cale : le plus grand hy­per­mar­ché Le­clerc de France ».

Le lec­teur suit en­suite l’ins­tal­la­tion de la fa­mille, l’in­té­gra­tion des en­fants, no­tam­ment d’Ha­mid, père de Naï­ma, dont les pro­grès ra­pides en fran­çais en­thou­siasment son ins­ti­tu­teur. Ali tra­vaille à Mes­sei, chez Lu­chaire.

Au fil de ce livre, le lec­teur dé­couvre com­ment la France, par l’exemple de cette pe­tite France en Nor­man­die, ac­cueille avec plus ou moins d’égards, les har­kis. L’au­teur évoque sans am­bages le ra­cisme, l’ex­clu­sion, mais aus­si l’ami­tié, l’en­traide.

Très ac­ces­sible sans pour au­tant faire de conces­sions dans la qua­li­té de la langue em­ployée, L’Art de Perdre per­met de mieux com­prendre l’his­toire des har­kis, d’ima­gi­ner leurs condi­tions de vie à Flers et, au-de­là, de ré­flé­chir sur la re­la­tion am­bi­guë que la France a ins­tau­ré avec ses im­mi­grés.

L’Art de Perdre est pré­sent dans la deuxième sé­lec­tion des oeuvres en lice pour le pres­ti­gieux prix Gon­court. Une troi­sième sé­lec­tion se­ra dé­voi­lée le 30 oc­tobre avant l’an­nonce du lau­réat 2017 le 6 no­vembre pro­chain.

Si le ju­ry fait le bon choix, Flers se­ra peut-être par­cou­rue, en fic­tion, par des cen­taines de mil­liers de lec­teurs qui, fai­sant confiance au pres­ti­gieux prix, se jet­te­ront avec rai­son sur L’Art de Perdre.

Pra­tique : L’Art de Perdre. Coé­di­tion Flam­ma­rion/Al­bin Mi­chel. 512 pages. Prix : 22 €. À no­ter : Alice Ze­ni­ter se­ra pré­sente au Sa­lon du livre 2018 de Flers le sa­me­di 7 avril.

©Flam­ma­rion).

Alice Ze­ni­ter (Pho­to : As­trid di Crol­la­lan­za

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