« On se dit qu’on a eu chaud »

Eric Hat­te­ville, un ha­bi­tant de Mon­cy ne pen­sait pas vivre de tels évé­ne­ments. Pour ses 50 ans, on lui a of­fert une place pour le match France-Al­le­magne, ven­dre­di.

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage et Suisse normande - Pro­pos recueillis par Lu­do­vic Le­moine

« J’ai re­joint un co­pain sur Pa­ris et nous sommes al­lés au match en­semble. Après avoir man­gé dans un fast­food, on est ar­ri­vé au Stade. Tout se pas­sait nor­ma­le­ment et puis il y a la pre­mière dé­to­na­tion, ce­la res­sem­blait un peu aux dé­to­na­tions des ef­fa­rou­cheurs à cor­beaux. À la deuxième dé­to­na­tion, on a com­men­cé à avoir de sé­rieux doutes. Ce­la a vrai­ment ré­son­né sous nos pieds. Mon co­pain m’a dit qu’il y avait peut-être un co­lis sus­pect de­hors. On n’était pas vrai­ment plus in­quiet que ça. À la mi-temps, on est par­ti fu­mer. Il y avait une ran­gée de sta­diers un peu plus loin qui em­pê­chait les gens de pas­ser et puis ils ont fer­mé de grandes grilles. D’au­tant que la bombe a sau­té porte H, là où nous sommes en­trés. Mon ami, qui a l’ha­bi­tude du stade de France, m’a dit là, ce n’est pas nor­mal. On est re­tour­né s’as­seoir sans plus d’in­quié­tude d’au­tant que les connexions in­ter­net des té­lé­phones ont dû être brouillées, ça ne pas­sait pas. Mais à 15 mi­nutes de la fin du match, les connexions sont re­ve­nues, et on a vu que le 10e ar­ron­dis­se­ment était com­plè­te­ment blo­qué et qu’il y en avait eu des at­ten­tats au Stade de France.

Des pères de famille quit­taient le stade avant la fin

J’ai vu des pères de famille quit­ter le stade avec leurs en­fants. A la fin du match, le spea­ker a an­non­cé qu’il fal­lait sor­tir par cer­taines portes du stade. En re­mon­tant, j’ai dis­cu­té avec une sta­dière. Et puis d’un seul coup, il y a eu un mou­ve­ment de foule, c’était im­pres­sion­nant, on a eu le temps de se mettre à l’abri, il y avait une porte ou­verte. Des gens pleu­raient, c’était une am­biance par­ti­cu­lière.

On est sor­ti du stade et on s’est de­man­dé s’il fal­lait prendre le mé­tro ou non. Fi­na­le­ment, on a pris la ligne 13 et on est des­cen­du après 5 sta­tions. Dans le mé­tro, l’am­biance était plu­tôt se­reine, on est ren­tré au do­mi­cile de mon ami et on a al­lu­mé la té­lé.

Et là, on se dit qu’on a eu chaud, qu’on était au­près des ter­ro­ristes. Et puis, j’ai beau­coup re­la­ti­vi­sé. Une des pre­mières choses que j’ai faite c’est de ras­su­rer mes filles et ma famille en ré­pon­dant à leurs tex­tos. Je suis res­té en ré­gion pa­ri­sienne le wee­kend, j’avais pré­vu de­puis long­temps de rendre vi­site à des amis, je n’ai pas chan­gé mes plans. J’ai tout de même été content de ren­trer chez moi. »

Eric Hat­te­ville était au Stade de France ven­dre­di der­nier.

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