Un Ceaucéen a échap­pé au pire

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage et Suisse normande - V.B.

Pré­sent à un ca­fé face au Stade de France ven­dre­di soir, Oli­vier*, un ha­bi­tant de Ceau­cé, a échap­pé au pire. Té­moin d’une soi­rée qui res­te­ra gra­vée dans sa mé­moire.

« Le neveu de mon ami a re­çu un billet en ca­deau à ses 18 ans, pour al­ler voir le match de football France-Al­le­magne », ra­conte le Ceaucéen de 45 ans. « Il part avec son su­per co­pain, moi je les ac­com­pagne avec mon beau­frère car on ne vou­lait pas les lais­ser al­ler seuls à Pa­ris ». « Avec mon beau-frère on dé­cide d’al­ler voir le match à l’ex­té­rieur : il faut choi­sir un bar mais un bar avec une té­lé. Ca a été notre pre­mière chance. La deuxième chance que l’on a eue est d’avoir man­gé avant d’ar­ri­ver au stade, donc pas be­soin de lon­ger les bars et les res­tau­rants. On vou­lait sim­ple­ment une bonne bière ».

21 h 17 : pre­mier « boum », en­trée D, au 23, ave­nue Jules Ri­met, à deux pas du bis­trot où Oli­vier et son beau-frère si­rotent une bière en re­gar­dant le match. « On se re­tourne, les gens rient : nor­mal on est au­tour du stade, ça doit être une bombe agri­cole ».

21 h 19 deuxième explosion, en­trée J. « On ri­gole moins. A notre vi­trine, à gauche, des cars de CRS ar­rivent. Ils bouclent tout ». A ce mo­ment, une vic­time s’as­soit de­vant la vi­trine du bar, un pro­jec­tile dans l’avant-bras. « Là on ne ri­gole plus du tout. On veut res­ter à l’in­té­rieur pour être plus pro­té­gés mais im­pos­sible, la po­lice nous sort. On part dans une rue à gauche : ouf, nous sommes en sécurité ».

« Un po­li­cier en gi­let pa­re­balles me bous­cule, fu­sil à pompe à la main. Sa col­lègue lui crie « fais at­ten­tion à toi », se sou­vient Oli­vier.

« J’ap­pelle mes proches en leur di­sant « c’est bon, tout est fi­ni ne vous in­quié­tez pas. Je rac­croche ».

Mais tout n’est pas fi­ni. Quelques se­condes plus tard, une explosion re­ten­tit à 300 mètres, en di­rec­tion du Mac do. « Et là, c’est la course. La po­lice criait « cou­rez ! », alors on a cou­ru, vers un ca­nal je crois. Et là, on ne peut plus bou­ger. Tout est bou­clé ».

Ils consultent leur té­lé­phone et dé­couvrent l’hor­reur : la prise d’otage au Ba­ta­clan, les fusillades dans les rues de Pa­ris et les vic­times, dont le nombre ne cesse de grim­per. « J’ai eu très peur. Je me suis dit que s’ils at­ta­quaient à la ka­lach­ni­kov, ils pou­vaient très bien sor­tir d’une voi­ture ou d’un buis­son. Dans ces mo­ments, tu crois que tout le monde peut t’at­ta­quer ».

Les deux amis peuvent re­ga­gner les abords du stade pour ré­cu­pé­rer les jeunes à la sor­tie U, une des seules ou­vertes. « Ils ont vou­lu sor­tir du stade mais avec la peur ils sont re­ve­nus sur la pe­louse. C’est là qu’ils ont ap­pris pour les at­ten­tats », rap­porte Oli­vier. Oli­vier, son beau-frère et les deux jeunes qu’ils ac­com­pa­gnaient re­par­ti­ront à 2 h du ma­tin.

Oli­vier et son beau-frère étaient dans un bar de la rue Jules Ri­met. Ils sont bien conscients d’avoir échap­pé à la mort.

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