Na­tha­lie Gou­let, sé­na­trice : « Il faut ap­prendre à vivre avec la me­nace »

Na­tha­lie Gou­let, sé­na­trice UDI de l’Orne, a pré­si­dé la com­mis­sion d’en­quête sur les ré­seaux dji­ha­distes au Sé­nat. Elle ré­agit aux at­ten­tats du 13 no­vembre.

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage et Suisse normande - Tho­mas Gour­lin

Le ni­veau de pré­pa­ra­tion des ter­ro­ristes est mon­té d’un cran. À l’ins­tar de nom­breux ex­perts, Na­tha­lie Gou­let, sé­na­trice UDI de l’Orne, es­time que le « pro­fes­sion­na­lisme » mon­tré par les ter­ro­ristes lors des at­ten­tats per­pé­trés ven­dre­di 13 no­vembre à Pa­ris a de quoi in­quié­ter la France.

Des ter­ro­ristes for­més

Pré­si­dente de la com­mis­sion d’en­quête du Sé­nat sur l’or­ga­ni­sa­tion et les moyens de la lutte contre les ré­seaux dji­ha­distes en France et en Eu­rope, Na­tha­lie Gou­let connaît ce su­jet. « Il y avait un ar­ti­fi­cier, parce que les gi­lets d’ex­plo­sifs étaient par­ti­cu­liè­re­ment bien faits. En plus, ils ont eu de la for­ma­tion, parce qu’on a re­trou­vé sur chaque site à peu près 100 car­touches et, pour recharger une ka­lach­ni­kov, il faut être for­mé. Tout ça est, ef­fec­ti­ve­ment, le tra­vail de pro­fes­sion­nels », dé­plore Na­tha­lie Gou­let.

À plu­sieurs re­prises, et no­tam­ment dans les co­lonnes de L’Orne Com­bat­tante, elle avait évo­qué ces ques­tions et men­tion­né plu­sieurs me­sures pour lut­ter contre le dji­ha­disme. « La fiche S, ce n’est pas un fi­chier mais un simple do­cu­ment de tra­vail dont la du­rée de vie est de deux ou trois ans. Il faut créer un fi­chier per­ma­nent. Il fau­drait trans­for­mer les fiches S un peu à la ma­nière du fi­chier qui existe pour les dé­lin­quants sexuels. Ce­la per­met­trait de suivre les in­di­vi­dus et de croi­ser les don­nées », avait-elle dé­cla­ré à L’Orne Com­bat­tante en sep­tembre 2015.

Après cette vague d’at­ten­tats sans pré­cé­dents, elle ne change pas un mot : « C’est, hé­las, la même chose. Si vous ajou­tez que j’avais de­man­dé au Sé­nat une pro­lon­ga­tion et une pour­suite de la com­mis­sion d’en­quête et, en tout cas, un sui­vi de nos tra­vaux, no­tam­ment sur les no­tions de di­ver­gences des ré­seaux sa­la­fistes et que je n’ai pas pu l’ob­te­nir, on ne fait que la moi­tié du tra­vail. Si c’est pour mettre des gens en pri­son qui vont se ra­di­ca­li­ser un peu plus, on va conti­nuer à ali­men­ter les ré­seaux de Daesh »

Pré­sente à Ver­sailles lun­di 16 no­vembre pour écou­ter le pré­sident de la Ré­pu­blique qui avait réuni les par­le­men­taires en congrès, Na­tha­lie Gou­let consi­dère que le dis­cours de Fran­çois Hol­lande était « ex­trê­me­ment bon » mal­gré ce qu’elle es­time être un ou­bli ma­jeur : « Il y a eu une oc­ca­sion man­quée du pré­sident qui au­rait pu, en une phrase, dire que la com­mu­nau­té mu­sul­mane avait toute sa place dans la Ré­pu­blique ».

Elle consi­dère, aus­si, que Fran­çois Hol­lande a omis un point im­por­tant : « Pour moi, c’était un bon dis­cours, les me­sures sont des me­sures fortes. Ça va prendre un peu de temps de les mettre en place, dans un cadre ju­ri­dique as­su­ré, c’est-à-dire qu’on n’a pas de Pa­triot Act et tout ça me convient très bien, mais, à mon avis, il man­quait un mor­ceau. Il man­quait la pré­ven­tion, la mise en place de me­sure que l’on pré­co­nise de­puis long­temps ».

For­ma­tion des imams, cla­ri­fi­ca­tion des ins­tances de l’Is­lam en France, Na­tha­lie Gou­let es­time, et de­puis long­temps, qu’il reste du che­min à par­cou­rir sur ces thèmes. « Il y a une chape de plomb sur les ques­tions de pré­ven­tion, d’or­ga­ni­sa­tion de l’is­lam, qui res­tent des su­jets sur les­quels on doit tra­vailler avec la com­mu­nau­té mu­sul­mane parce que ce sont les pre­mières vic­times de ces at­ten­tats dans le monde »

Chan­ger les règles ?

Sur la ré­vi­sion de la consti­tu­tion que Fran­çois Hol­lande pro­pose, Na­tha­lie Gou­let ne for­mule pas d’op­po­si­tion : « L’idée de mo­di­fier notre lé­gis­la­tion dans un cadre consti­tu­tion­nel me plaît bien. J’aime bien l’idée de ne pas avoir des lois d’ex­cep­tion, j’aime l’idée d’as­sou­plir l’état d’ur­gence et qu’on soit tou­jours dans un cadre consti­tu­tion­nel ».

Faut-il avoir peur ?

Face au choc, la po­pu­la­tion s’in­quiète. Cer­tains men­tionnent l’idée qu’un at­ten­tat puisse se pro­duire pro­chai­ne­ment en zone ru­rale. Pour Na­tha­lie Gou­let, le risque se­rait moins im­por­tant dans l’Orne : « Je pense que ça va se cen­tra­li­ser sur des zones plus ur­ba­ni­sées. Mais il faut ap­prendre à vivre avec la me­nace.

C’est plu­tôt ça la dif­fi­cul­té et le chan­ge­ment après ces at­ten­tats. Je crois qu’il faut juste ap­prendre à vivre comme au Li­ban, en Is­raël ou ailleurs où les gens vivent avec ça. Il faut se dire que le monde a chan­gé et qu’il est moins sûr ».

Na­tha­lie Gou­let, sé­na­trice de l’Orne, au Pa­lais du Luxem­bourg (pho­to d’ar­chives).

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