Yves Goas­doué et Na­tha­lie Gou­let ré­agissent

L'Orne Combattante (SN) - - La Une - Pro­pos recueillis par M. M.

Le dé­pu­té-maire de Flers Yves Goas­doué est vi­ce­pré­sident de la com­mis­sion d’en­quête sur la sur­veillance des fi­lières et des in­di­vi­dus dji­ha­distes. Il a ré­pon­du à nos ques­tions quelques jours après les at­ten­tats de Pa­ris.

A quel mo­ment avez-vous ap­pris que des at­ten­tats se dé­rou­laient à Pa­ris ?

Je l’ai ap­pris en même temps par la té­lé­vi­sion, après une réunion de l’in­ter­com­mu­na­li­té, puis par des mes­sages sur mon té­lé­phone, du groupe SRC, (So­cia­liste, ré­pu­bli­cain et ci­toyen, NDLR) et du mi­nis­tère de l’In­té­rieur. J’étais un des pre­miers à ré­agir sur les ré­seaux so­ciaux. Im­mé­dia­te­ment, j’ai com­pris que le bi­lan hu­main al­lait être lourd, plus que ce qui nous était dit dans la soi­rée.

Un nou­vel at­ten­tat était in­évi­table, se­lon vous ?

En tant que vice-pré­sident de la com­mis­sion d’en­quête sur la sur­veillance des fi­lières et des in­di­vi­dus dji­ha­distes, moi et les membres de la com­mis­sion étions in­for­més de la si­tua­tion. On voyait bien, vu le ni­veau de me­nace, qu’il y au­rait de nou­veaux at­ten­tats.

Le risque zé­ro n’existe pas et il est im­pos­sible de pro­té­ger tout ce qui peut être at­ta­qué en France.

Vous avez par­ti­ci­pé, lun­di, au dis­cours du pré­sident de la Ré­pu­blique de­vant le Par­le­ment réuni en Congrès. Que pen­sez-vous des me­sures an­non­cées ?

Les me­sures sont de na­ture à haus­ser le ni­veau de sécurité mais on ne pré­vien­dra pas à 100 % les at­ten­tats. La so­lu­tion, c’est la dis­pa­ri­tion de Daesh qui oc­cupe un ter­ri­toire et ne per­dure que grâce à ses res­sources, en Irak et en Syrie.

Sur les me­sures an­non­cées, la mo­di­fi­ca­tion de la Consti­tu­tion, en par­ti­cu­lier l’ar­ticle 36, me pa­raît être une bonne chose. Il va fal­loir se mettre au tra­vail pour ins­crire les me­sures non pas dans l’ex­cep­tion mais dans le socle ju­ri­dique de la Consti­tu­tion pour se don­ner les moyens de lut­ter contre le ter­ro­risme.

Au-de­là des dé­cla­ra­tions, il y a les chiffres. La for­mule du pré­sident de la Ré­pu­blique est claire le pacte de sécurité l’em­porte sur le pacte de sta­bi­li­té. On ré­ta­bli­ra le nombre de fonc­tion­naires de po­lice et de gen­darmes tel qu’il était avant le quin­quen­nat de Ni­co­las Sar­ko­zy. Dans cette for­mule, le pré­sident in­dique aus­si, à mon sens, que l’Eu­rope et les Na­tions Unies doivent s’en­ga­ger.

Pour­quoi ces me­sures n’ont-elles pas été prises en jan­vier ?

En jan­vier, le ni­veau de la me­nace n’était pas en­core à ce ni­veau. Nous étions pas­sés en vi­gi­lance écar­late. Mais à un mo­ment don­né, il faut prendre la di­men­sion de la du­rée. Nous n’en avons pas fi­ni avec Daesh. Il y a aus­si l’ac­cep­ta­bi­li­té des me­sures. Un mo­ment don­né, elles s’im­posent.

Que ces me­sures ar­rivent trop tard est un ar­gu­ment que Les Ré­pu­bli­cains pour­raient nous re­pro­cher mais à au­cun mo­ment, en jan­vier, je ne les ai en­ten­dus ré­cla­mer l’état d’ur­gence.

Pen­sez-vous que d’autres at­ten­tats sont pos­sibles ces pro­chains jours, en France ?

Per­sonne ne peut le sa­voir. La pro­tec­tion à 100 % n’existe pas. Nous ne pou­vons pas pro­té­ger le pays en­tier. Il faut qu’il y ait un tra­vail sur les fi­lières dji­ha­distes en France et lan­cer une col­la­bo­ra­tion in­ter­na­tio­nale entre l’Eu­rope, les Etats-Unis et les Russes. Le pré­sident Hol­lande n’ex­clut pas les Russes. Une ren­contre se­ra or­ga­ni­sée ra­pi­de­ment le pré­sident russe. Au­jourd’hui, le cas Ba­chard el-As­sad passe au se­cond plan, il faut ré­gler le cas de la Syrie et les Russes ont com­pris que le ré­gime était trop dé­gra­dé pour res­tau­rer un état de droit.

« Ne pas tom­ber dans la psy­chose »

Dans le bo­cage, quel com­por­te­ment de­vons-nous adop­ter face à ces at­ten­tats ?

Je pense qu’il faut avoir un com­por­te­ment se­rein, va­quer à ses oc­cu­pa­tions mais être tout de même vi­gi­lant. Si on constate des choses anor­males, il ne faut pas hé­si­ter à pré­ve­nir les ser­vices de po­lice ou de gen­dar­me­rie ou même la mai­rie. Mais il ne faut pas tom­ber dans la psy­chose non plus. Ce week-end, à Flers, se te­naient le Sa­lon des peintres du bo­cage et une bourse aux jouets à la mai­son d’ac­ti­vi­tés Saint-Mi­chel. S’il y a in­ter­dic­tion de ces ma­ni­fes­ta­tions, alors il n’y a plus de vie. Il faut être se­rein, calme, so­li­daire et ne pas cher­cher les po­lé­miques.

L’Orne et le bo­cage von­tils bé­né­fi­cier de forces de l’ordre sup­plé­men­taires ?

Il va fal­loir voir com­ment ça va se dé­cli­ner dans l’Orne, voir com­ment les forces de l’ordre se­ront ré­par­ties. Les choses ne sont pas simples car avant de re­cru­ter des po­li­ciers, il faut qu’ils soient for­més dans des écoles. Quand on dé­cide ce genre de chose, il y a un ef­fet de re­tard. Ce n’est pas parce que des sommes im­por­tantes sont al­louées qu’elles peuvent être uti­li­sées du jour au len­de­main.

Les élec­tions ré­gio­nales sont main­te­nues. Pen­sez­vous que c’est une bonne chose ?

Bien en­ten­du. Il faut qu’elles aient lieu comme la COP 21. Ce n’est pas aux ter­ro­ristes de dic­ter notre ca­len­drier. Je fais confiance aux gens pour faire la part des choses.

Le dé­pu­té-maire Yves Goas­doué a par­ti­ci­pé, ce lun­di, au dis­cours du pré­sident de la Ré­pu­blique Fran­çois Hol­lande, de­vant le Par­le­ment, réuni en Congrès.

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