Col­li­sion mor­telle, près de Flers : le chauf­fard con­dam­né à de la pri­son ferme

Un homme com­pa­rais­sait ce ven­dre­di 22 jan­vier de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’Ar­gen­tan. Ivre, il avait cau­sé un ac­ci­dent mortel, sa­me­di 31 oc­tobre, à Lan­di­gou, près de Flers.

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage et Suisse Normande - M. M.

Une col­li­sion mor­telle s’était pro­duite sa­me­di 31 oc­tobre 2015, aux en­vi­rons de 23 heures, à Lan­di­gou, à la sor­tie de la 2X2 voies, entre Flers et Briouze. Dans cet ac­ci­dent, un ha­bi­tant de SaintQuen­tin-Les-Chardonnets de 37 ans, avait per­du la vie.

Le conduc­teur qui ar­ri­vait en face re­ve­nait de Flers, après une soi­rée ar­ro­sée, en com­pa­gnie de son fils de 7 ans et de son amie. Il cir­cu­lait ivre et sans per­mis. Les ana­lyses avaient ré­vé­lé un taux de 2,20 grammes d’al­cool dans le sang.

Fran­chis­se­ment de la ligne conti­nue

Cet ha­bi­tant de Giel-Cour­teilles de 38 ans, sans em­ploi de­puis 2014, de­vait être ju­gé, en com­pa­ru­tion im­mé­diate, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’Ar­gen­tan le 6 no­vembre 2015 mais il avait choi­si de pré­pa­rer sa dé­fense. Pla­cé en dé­ten­tion pro­vi­soire de­puis les faits, il com­pa­rais­sait à nou­veau ce ven­dre­di 22 jan­vier.

Le tri­bu­nal est re­ve­nu lon­gue­ment sur les faits du 31 oc­tobre. L’ac­ci­dent s’était pro­duit à l’en­droit où la route re­passe en double sens. « Il y avait un cam­ping-car de­vant vous et vous avez ten­té de le dou­bler » , re­marque le pré­sident. « Je vou­lais juste voir ce qu’il y avait sur le cô­té » , ré­pond le pré­ve­nu, vê­tu d’une che­mise noire et le crâne ra­sé. « Quoi qu’il en soit vous fran­chis­sez la ligne conti­nue et là, vous per­cu­tez le vé­hi­cule qui ar­rive en face » , ré­torque le pré­sident du tri­bu­nal.

La vic­time dé­cède sur les lieux

Le Gie­lois s’en est sor­ti in­demne. Sa com­pagne et son fils ne sont que très lé­gè­re­ment bles­sés. La vic­time, elle, est dé­cé­dée sur place des suites de ses bles­sures.

« Vous n’aviez plus de per­mis et donc pas le droit de conduire » , ré­pète le tri­bu­nal qui re­marque que ce n’était pas la pre­mière fois que l’homme pre­nait le vo­lant alors qu’il était al­coo­li­sé. Le pré­ve­nu a dé­jà été con­dam­né quatre fois, no­tam­ment en 2014, pour avoir bles­sé quel­qu’un alors qu’il condui­sait sous l’em­prise de l’al­cool. Son per­mis de conduire lui avait été re­ti­ré.

« Pour­quoi n’avez-vous pas lais­sé le vo­lant à votre com­pagne ? » , s’agace le tri­bu­nal. « Je ne sais pas » , lâche-t-il, les yeux ri­vés vers le sol.

Du­rant toute l’au­dience, le Gie­lois, qui confie avoir un pro­blème avec l’al­cool de­puis « une quin­zaine d’an­nées » , ne donne que très peu d’ex­pli­ca­tions sur les faits. « C’est dra­ma­tique » , ré­pète-il presque ma­chi­na­le­ment.

« Une fois de plus, je tiens à pré­sen­ter mes ex­cuses aux proches de la vic­time » , dit-il d’une voix mal as­su­rée.

Un père in­con­so­lable

Le père et le frère de Fran­çois Au­vray, le conduc­teur dé­cé­dé dans l’ac­ci­dent, se sont consti­tué par­tie ci­vile. En­tou­rés de proches, ils sont pré­sents, à l’au­dience.

C’est un père in­con­so­lable qui se pré­sente à la barre. L’émo­tion l’em­pêche de s’ex­pri­mer. Il a pré­fé­ré ré­di­ger une lettre qui est lue par son avo­cate.

« Com­ment vous faire res­sen­tir la dou­leur qui m’ha­bite ? On m’a vo­lé mon fils » . Le re­trai­té confie avoir « per­du le som­meil et l’ap­pé­tit » . Il es­time no­tam­ment que le pré­ve­nu montre un « mé­pris pour les lois et la vie hu­maine » et ne « croit pas en sa prise de conscience » . Il es­père « une jus­tice exem­plaire » . En se ras­seyant, l’homme fond en larmes.

Pour l’avo­cate de la par­tie ci­vile, les proches de la vic­time sont « en grande souf­france » . Elle sou­ligne aus­si le com­por­te­ment du pré­ve­nu « in­ca­pable de four­nir une quel­conque ex­pli­ca­tion. Il ne dit que des gé­né­ra­li­tés » . L’avo­cate ré­clame une « sanc­tion exem­plaire » .

Le mi­nis­tère pu­blic rap­pelle ses pré­cé­dentes condam­na­tions. « L’al­cool mul­ti­plie le risque d’ac­ci­dent ma­té­riel et cor­po­rel. Le pré­ve­nu le sa­vait. Il avait été aver­ti et con­dam­né pour ça mais il est res­té sourd à ces aver­tis­se­ments » . La ma­gis­trate re­quiert 4 ans de pri­son et la ré­vo­ca­tion de son précédent sur­sis de 6 mois : « il a tué un homme. Il ne le vou­lait pas mais il a tout fait pour » .

3 ans et de­mi de pri­son ferme

« C’est un drame ab­so­lu pour tout le monde. C’est une chose qu’il n’ar­rive pas à ver­ba­li­ser mais qu’il res­sent » . L’avo­cat de la dé­fense sou­ligne qu’il a en­ga­gé des dé­marches pour se soi­gner. « 4 ans de pri­son, je ne suis pas sûr que ça sou­la­ge­rait qui­conque. Ce qui sou­la­ge­rait, c’est qu’il n’ait plus de per­mis » , es­time l’avo­cat qui pré­co­nise une peine moins lourde.

Le tri­bu­nal l’a fi­na­le­ment con­dam­né à 4 ans de pri­son as­sor­tis d’un sur­sis avec mise à l’épreuve d’un an. Son précédent sur­sis avec mise à l’épreuve de 6 mois a été ré­vo­qué. Il de­vra donc pur­ger une peine de 3 ans et de­mi de pri­son ferme.

Le tri­bu­nal a or­don­né son main­tien en dé­ten­tion. Il a été re­con­duit en pri­son à l’is­sue de l’au­dience.

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