Syl­vain Guichard, la Nor­man­die, Tin­che­bray et le chiffre 6

L'Orne Combattante (SN) - - Loisirs -

Ven­dre­di 22 jan­vier, le des­si­na­teur Syl­vain Guichard était pré­sent pour le ver­nis­sage. Au­jourd’hui bien im­plan­tée, connue et re­con­nue par­tout, en Nor­man­die et ailleurs, la marque Heu­la est de­ve­nue un in­con­tour­nable de l’humour, de l’au­to­dé­ri­sion, avec ses cou­leurs franches, ses slo­gans sans équi­voque, ja­mais vul­gaires, mais tou­jours per­cu­tants.

Syl­vain Guichard, com­ment a dé­bu­té cette for­mi­dable his­toire ?

Rien ne me pré­des­ti­nait à ce­la. J’ai com­men­cé comme ins­ti­tu­teur avant de me rendre compte que ce mé­tier n’était pas fait pour moi. Alors je me suis lan­cé dans la pho­to­gra­phie. Pen­dant 10 ans j’ai par­cou­ru la Nor­man­die, comme pho­to­graphe in­dé­pen­dant, réa­li­sant des cli­chés que je re­ven­dais dans les sites tou­ris­tiques de la ré­gion. C’est en 2006, que mon beau-frère à l’époque me lance « vous êtes nuls, vous les Nor­mands, vous ne sa­vez même pas vous vendre. Nous les Bre­tons on sait faire ça. Vous vi­vez dans une ré­gion connue dans le monde en­tier, vous avez un grand nombre de spé­ci­fi­ci­tés et vous ne sa­vez pas les ex­ploi­ter, tu

1066 : Guillaume le Conqué­rant rem­porte la Ba­taille d’Has­tings.

1106 : les fils de Guillaume le Conqué­rant s’af­frontent lors

Avec quelques co­pains nous nous sommes donc in­ves­tis dans l’aven­ture. Il y a eu les cartes pos­tales, les mugs, les ma­gnets, les sets de table. À notre grande sur­prise, il n’y a pas eu que les tou­ristes qui ont adhé­ré à cet humour. Les Nor­mands se sont pris au jeu et ont ado­ré, ils ont com­pris qu’il n’y avait pas de gros­siè­re­té ni de vul­ga­ri­té dans le des­sin ou le texte. Je fai­sais ce­la pour les tou­ristes et oh sur­prise ! Les Nor­mands ont ri, ils ont le sens de l’humour ! Tout est bon pour re­ven­di­quer sa fier­té d’être Nor­mand ! Cer­tains m’ont re­pro­ché de don­ner une image écor­née de la Nor­man­die en rap­pe­lant constam­ment qu’il pleut, mais les gens savent de la ba­taille de Tin­che­bray.

1966 : nais­sance de Syl­vain Guichard. 1986 : il de­vient ins­ti­tu­teur. 1996 : il dé­bute comme

prendre ce­la au deuxième de­gré.

On re­trouve vos des­sins sur dif­fé­rents sup­ports.

Oui, peu à peu, les en­tre­prises nor­mandes se sont tour­nées vers nous et nous ont de­man­dé de réa­li­ser des des­sins pour illus­trer leurs boites de bis­cuits, de sar­dines, de rillettes, de ca­ra­mels, de jus de pommes ou en­core de cidre. Il y a une di­zaine de trains en Nor­man­die dé­co­rés avec nos vaches. Il y a plus fort, l’hô­tel Ibis de Flers, j’ai été très sur­pris lorsque le di­rec­teur est ve­nu me voir pour me de­man­der de dé­co­rer cha­cune des 60 chambres. Il y croyait va­che­ment ! Moi, j’au­rais du mal à dor­mir avec une vache sur le mur de ma chambre, mais pho­to­graphe.

2006 : Syl­vain Guichard des­sine la Nor­man­die pour la pre­mière fois.

2016 : réuni­fi­ca­tion de la si c’est un hô­tel, pour une nuit, alors oui ce­la peut être drôle. Et puis à Flers, c’est bien, l’hô­tel est construit de­vant la gare. J’aime sa­voir que mes vaches re­gardent pas­ser les trains chaque jour ! Le concept a eu du suc­cès, un deuxième hô­tel se­ra dé­co­ré de la même fa­çon.

Au­jourd’hui com­bien de per­sonnes tra­vaillent avec vous ?

Nous sommes peu nom­breux, nous sommes 10 per­sonnes, un groupe des dé­buts, qui se connaît bien, qui se fait confiance, je suis ce­lui qui a les idées, les des­sine, il y a un gra­phiste qui les peau­fine. Les autres per­sonnes s’oc­cupent Nor­man­die et pre­mière ex­po­si­tion Heu­la à Tin­che­bray. des bou­tiques, de la ges­tion, de l’as­pect com­mer­cial ou de la né­go­cia­tion.

Com­ment voyez-vous les pro­chaines an­nées ?

Elles ont com­men­cé. D’autres ré­gions nous ont sol­li­ci­tés, la Corse, le Pas de Ca­lais, la Bre­tagne. Nous avons créé une nou­velle so­cié­té « le trait d’humour » qui gère nos tra­vaux pour ces ré­gions. Heu­la reste la marque pour la Nor­man­die. De nou­velles sé­ries sortent, elles sont pré­sen­tées en ce mo­ment sur dif­fé­rents ob­jets au sa­lon « Mai­son et Ob­jet » à Pa­ris, ce sont des illus­tra­tions plus trans­ver­sales, sur des thèmes dif­fé­rents, des ré­gions dif­fé­rentes. Et puis les choses se pour­suivent sur Fa­ce­book, notre page « Heu­la » réunit plus de 42 000 per­sonnes qui suivent notre par­cours. Nous y pu­blions une ac­tua­li­té par se­maine. En fin d’an­née, on sé­lec­tionne les meilleurs des­sins, qui pour­ront être com­mer­cia­li­sés.

N’avez-vous pas peur de res­ter à court d’idées ?

Oh non, il n’y a pas de dan­ger, l’ac­tua­li­té est trop riche en évé­ne­ments, ce­la m’ins­pire constam­ment. J’ai tou­jours un pe­tit car­net sur moi, ou je des­sine im­mé­dia­te­ment ce que je pense. J’ai en­core 1 000 trucs à ra­con­ter sur l’his­toire de la Nor­man­die, la gas­tro­no­mie, la langue ou la géo­gra­phie ac­tuelle.

Com­ment a été conçue l’ex­po­si­tion vi­sible ac­tuel­le­ment à Tin­che­bray ?

C’est par­ti d’un pa­ri fou, le Scrip­to­rial d’Avranches m’avait contac­té il y a deux ans pour ex­po­ser mes des­sins là- bas. J’avais du mal à ima­gi­ner mes pe­tits des­sins réa­li­sés à des fins com­mer­ciales, mé­lan­gés dans un lieu d’art. Je n’y croyais pas trop. De grandes af­fiches ont alors été réa­li­sées. J’ai re­dé­cou­vert mes des­sins, en chan­geant de taille, ils ont pris une autre di­men­sion. Oui, d’une cer­taine fa­çon c’est de l’art. Suite à cette ex­po­si­tion au Scrip­to­rial, les af­fiches ont conti­nué de cir­cu­ler en Nor­man­die. C’est une ex­po­si­tion iti­né­rante, c’est la pre­mière fois qu’elle est vi­sible dans l’Orne.

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