Le fre­lon asia­tique n’est pas l’unique pré­da­teur des abeilles

Le fre­lon asia­tique en­va­hit pro­gres­si­ve­ment les ré­gions fran­çaises d’an­née en an­née. Un dan­ger pour les abeilles, mais ce n’est pas le plus grand.

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage et Suisse Normande - Guy Val­lée

L’in­va­sion du fre­lon asia­tique en France se pour­suit un peu plus chaque an­née. Après l’Orne, il est au­jourd’hui pré­sent dans le sud du Cal­va­dos. Cet in­secte ins­talle ses nids prin­ci­pa­le­ment en hau­teur, dans les arbres, mais aus­si sous les toi­tures de bâ­ti­ments et même par­fois en terre. Sa prin­ci­pale nour­ri­ture est l’abeille qu’il at­taque en vol sta­tion­naire de­vant les ruches. Tan­dis qu’un nid de fre­lon com­mun d’Eu­rope contient entre 100 et 200 es­pèces, ce­lui de l’asia­tique en contient près de 1 000. L’hi­ver est un al­lié des api­cul­teurs parce que le froid dé­truit les nids. Même cette an­née où la tem­pé­ra­ture n’a guère chu­té, les nids de fre­lons asia­tiques ont été en grande par­tie dé­truits.

C’est le cas de ce­lui dé­cou­vert par Lio­nel Le­tel­lier, api­cul­teur pro­fes­sion­nel à Clé­cy qui a créé l’éco­mu­sée de l’abeille au Vey. Ce nid, ins­tal­lé dans un pom­mier d’un champ de Serge De­rou­ville, à Saint-Ré­my-sur-Orne, est to­ta­le­ment vi­dé de ses oc­cu­pants

de­puis la fin du mois de jan­vier.

Le garde-man­ger des abeilles diminue

Dans un nid d’un mil­lier de fre­lons asia­tiques, il faut comp­ter en­vi­ron 200 reines et très peu sur­vivent contrai­re­ment aux abeilles qui ont des ré­serves pour pas­ser l’hi­ver. Par ailleurs, se­lon les spé­cia­listes, il n’y a au­cun risque de croi­se­ment entre le fre­lon asia­tique et le com­mun d’Eu­rope lé­gè­re­ment plus gros.

Lio­nel Le­tel­lier pos­sède près de 420 ruches ins­tal­lées dans la ré­gion dans un rayon de 20 à 30 km, entre saint-Omer, Berjou, Clé­cy et Athis.

« Oui, c’est vrai, cette an­née, j’ai re­mar­qué qu’il y avait da­van­tage de fre­lons asia­tiques que l’an der­nier. »

Pour l’api­cul­teur, le prin­ci­pal dan­ger de la pré­sence du fre­lon asia­tique ce sont les ruches iso­lées.

« Le fre­lon asia­tique est un pré­da­teur certes, mais lors­qu’il y a entre 15 et 20 ruches de plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’abeilles en été, les dé­gâts sont moindres. Le plus grand dan­ger de l’abeille au­jourd’hui, ce n’est pas le fre­lon asia­tique. Ce sont les pro­duits phy­to­sa­ni­taires en­core uti­li­sés dans l’agriculture. Ils in­toxiquent les abeilles et ça, c’est une vraie ca­tas­trophe qui peut dé­ci­mer une ruche très ra­pi­de­ment » dé­plore Lio­nel Le­tel­lier qui constate aus­si que l’ar­ra­chage des haies est aus­si né­faste pour les abeilles.

« La plu­part des plantes qui consti­tuent les haies sont les gardes man­ger des abeilles. Plus on en ar­rache, moins elles trouvent de nour­ri­ture et c’est ain­si que les co­lo­nies di­mi­nuent. »

Une plante tueuse

Pour les api­cul­teurs, outre le fre­lon asia­tique, le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique pose aus­si un gros pro­blème en ma­tière de sur­vie des abeilles. En ef­fet, avec le fleu­ris­se­ment des plantes en hi­ver, beau­coup sortent de leur ruche pour ve­nir bu­ti­ner ce qui ne de­vrait pas exis­ter avant le re­tour du prin­temps.

Face à la co­lo­ni­sa­tion du fre­lon asia­tique, l’équipe du jar­din des plantes de Nantes a dé­cou­vert en 2015 que la plante car­ni­vore Sar­ra­ce­nia at­ti­rait ce der­nier mais pas les guêpes, ni les abeilles et le fre­lon com­mun. Une bonne nou­velle mais cette plante ori­gi­naire d’Amé­rique du Nord ne pour­ra ja­mais éra­di­quer seule l’in­secte qui se dé­ve­loppe un peu plus chaque an­née en France.

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