Les so­lu­tions « concrètes » du sé­na­teur Un ca­deau em­bar­ras­sant au dé­pu­té et aux élus fer­tois

L'Orne Combattante (SN) - - Bocage Suisse Normande Entre Et -

Le sé­na­teur de l’Orne, JeanC­laude Le­noir, pré­sident de la com­mis­sion des af­faires éco­no­miques, a fait une pro­po­si­tion de Loi agri­cole du Sé­nat. Pour lui : « Ces­sons de ter­gi­ver­ser Mon­sieur le Mi­nistre, agis­sons ! Bien em­bar­ras­sé, tel est ap­pa­ru Sté­phane Le Foll, ce ma­tin à l’As­sem­blée na­tio­nale, lors de l’exa­men de la pro­po­si­tion de Loi agri­cole du Sé­nat. Ce texte, dont j’ai pris l’ini­tia­tive cet été, avec Gé­rard Lar­cher et Jean Bi­zet, ap­porte de pre­mières so­lu­tions concrètes aux pro­blèmes struc­tu­rels qui plombent l’agriculture fran­çaise. Le Sé­nat l’a adop­té le 9 dé­cembre à une large ma­jo­ri­té. Le 19 jan­vier, j’avais in­ter­ro­gé Sté­phane Le Foll pour sa­voir s’il sou­tien­drait nos pro­po­si­tions de­vant les dé­pu­tés. Pas de ré­ponse du Mi­nistre. Im­pos­sible pour lui de s’y op­po­ser. Mais dif­fi­cile aus­si, pour des rai­sons pu­re­ment po­li­ti­ciennes, de re­con­naître le bien fon­dé des me­sures que nous pro­po­sons, dès lors qu’il n’en est pas à l’ori­gine. Alors il cherche à ga­gner du temps. C’est le sens de la ma­noeuvre qui s’est dé­rou­lée au­jourd’hui à l’As­sem­blée na­tio­nale, avec l’adop­tion d’une mo­tion de re­jet. L’ob­jec­tif est de per­mettre au Gou­ver­ne­ment de re­prendre la main, faute d’avoir pris l’ini­tia­tive le pre­mier. Ce­la prouve que nous avons eu rai­son de bous­cu­ler les choses en met­tant des pro­po­si­tions sur la table. Au­jourd’hui la ques­tion n’est pas tant de sa­voir à qui re­vien­dra la pa­ter­ni­té des me­sures qui se­ront prises, Mon­sieur le mi­nistre. L’es­sen­tiel c’est qu’elles soient prises et l’ur­gence c’est d’agir. Alors agis­sons. Et vite ».

Dans le cadre de la crise qui se­coue le monde agri­cole, une dé­lé­ga­tion de l’APLI* de l’Orne*, conduite par Do­mi­nique Lai­né, son pré­sident, éle­veur à Magny le Dé­sert, a été re­çue par Jacques Dal­mon, maire de la ci­té et Joa­quim Pueyo, Dé­pu­té de l’Orne, ce der­nier étant dans la ci­té fer­toise pour le sa­lon de l’Ha­bi­tat. Ar­ri­vés peu avant 14 h, les éle­veurs en co­lère ont pré­sen­té leurs do­léances du­rant plus d’une heure.

« On veut des me­sures concrètes ! »

Par­mi ces do­léances, le sou­hait de voir les prix de vente de leur pro­duc­tion être re­vus à la hausse pour ne pas conti­nuer à tra­vailler à perte. Un exemple : Ils sou­haitent voir leur prix de vente du lait pas­ser de 27 à 40 Cs/ litre. « Il faut des me­sures concrètes, des ac­tions lé­gis­la­tives de la part de nos Élus pour que la lé­gis­la­tion adapte l’offre à la de­mande, » ont mar­te­lé les agri­cul­teurs. Un pro­jet de ré­gu­la­tion des mar­chés, ef­fec­tué au ni­veau eu­ro­péen par l’EMB (Eu­ro­pen Milk Board), au­quel adhèrent plus de 100 000 agri­cul­teurs ré­par­tis dans 14 pays eu­ro­péens, a été re­mis à cette oc­ca­sion, qui sou­lève l’évi­dence de l’aide eu­ro­péenne to­ta­le­ment in­adap­tée aux be­soins des ex­ploi­tants.

Pau­vre­té et Mi­sère

Pen­dant que la ren­contre se ter­mi­nait, d’autres agri­cul­teurs ont pré­pa­ré un ca­deau pour le moins em­bar­ras­sant aux Élus : ’ Pau­vre­té’ et ’ Mi­sère’, un jeune veau et un por­ce­let, ain­si bap­ti- sés pour sym­bo­li­ser la si­tua­tion de bien trop d’agri­cul­teurs « par­fois au bord de l’ir­ré­pa­rable », se­lon Do­mi­nique Lai­né, qui ont été of­ferts dans le hall de la mai­rie, avec un sac de foin pour pa­rer à l’ur­gence. Le maire et le dé­pu­té, dé­con­cer­tés, ont, de­vant ce geste sym­bo­lique, dé­cla­ré : « Nous avons des métiers dif­fé­rents, et nous, Élus, ne sa­vons pas prendre soin de ces ani­maux. » Ce à quoi les re­pré- sen­tants de l’APLI ont ré­tor­qué : « Et nous, nous ne pou­vons plus en prendre soin, faute de moyens ! » « Ce ca­deau vous ai­de­ra à pen­ser à nous chaque jour », a lan­cé Matthieu Pé­rier, ex­ploi­tant à la Motte Fou­quet, avant que les agri­cul­teurs ne re­partent sans les ani­maux. Un ca­deau em­bar­ras­sant qui ai­de­ra sans doute le dé­pu­té à hâ­ter la ques­tion écrite au mi­nistre de l’agriculture, plu­tôt que, se­lon ses pro­pos lors de l’en­tre­tien, d’ « at­tendre pour ce faire qu’un su­jet agri­cole soit po­sé. » Aux der­nières nou­velles, les deux ca­deaux, après avoir dé­cou­vert le hall de la mai­rie, ont été exa­mi­nés par les ser­vices vé­té­ri­naires, avant d’être confiés à d’autres ex­ploi­tants agri­coles des en­vi­rons.

*As­so­cia­tion des Pro­duc­teurs Lai­tiers In­dé­pen­dants

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