Ils laissent « un grand vide » Le ga­rage Helie sous le choc

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage et Suisse Normande - M.T.

De­puis l’an­nonce du drame, la com­mune de Magny et le ter­ri­toire sont sous le choc face à ces des­tins bri­sés. Sa­me­di soir à 23 h, un ras­sem­ble­ment était or­ga­ni­sé sur la place du châ­teau de La Ferté-Ma­cé, où les jeunes ai­maient se réunir. Une mi­nute de si­lence a été ob­ser­vée.

De­puis ven­dre­di, le site de l’ac­ci­dent est de­ve­nu un lieu de re­cueille­ment avec des fleurs, des pho­tos et des mes­sages d’adieux. Au club de foot de Magny, où Ju­lien et Alexandre Pin­gault ont évo­lué, l’émo­tion était aus­si très forte. Une col­lecte a été ef­fec­tuée et une mi­nute de si­lence a été ob­ser­vée ce week-end, lors de la ren­contre contre Pu­tanges. « Le match contre Le Mé­nil-de-Briouze, qui de­vait se jouer à Magny, a été an­nu­lé, car le coeur n’y était pas » ex­plique le pré­sident Ed­dy Fir­min.

Sur les ré­seaux so­ciaux, les amis et les proches ont mul­ti­plié les hom­mages à leurs co­pains, mais aus­si à leurs fa­milles. Mar­di, plus de 4 300 per­sonnes avaient ap­por­té leur sou­tien. Par­mi tous les mes­sages, ce­lui poi­gnant adres­sé aux « Quatre fan­tas­tiques » : « Les 4 meilleurs amis, les 4 fan­tas­tiques. Vous avez gran­di en­semble, tel­le­ment ri en­semble. Vous êtes par­tis en­semble éga­le­ment. Vous n’ima­gi­nez pas le vide que vous nous lais­sez. Vous étiez les 4 jeunes gar­çons de la grande fa­mille de Magny. Je n’ou­blie­rai ja­mais toutes les soi­rées pas­sées avec vous. J’es­père que là où vous êtes, tous les 4, vous ri­go­lez en­core en­semble. J’es­père que votre nou­velle vie se­ra belle. Ici, vous nous man­quez ter­ri­ble­ment, et vous nous man­que­rez pour le reste de notre vie. Je vous aime à tout ja­mais mes lou­lous » .

Le ga­rage Helie, à Rânes, reste se­coué par cette ter­rible nou­velle. Jé­ré­my Col­let, 20 ans, qui tra­vaillait dans l’en­tre­prise, fait par­tie des quatre jeunes vic­times de l’ac­ci­dent de Magny-le-Dé­sert.

« Ça fai­sait trois ans et de­mi qu’il était chez nous. Il a fait son ap­pren­tis­sage ici, ses deux ans de CAP et puis une an­née en men­tion com­plé­men­taire, ra­conte Co­rinne Helie, des san­glots dans la voix. Etant don­né que c’était un bon élé­ment, et que le con­tact pas­sait très bien tant avec nous qu’avec les clients, on lui a pro­po­sé de l’em­bau­cher. On fait de la mé­ca­nique et on a une sta­tion-ser­vice. Il était po­ly­va­lent. Il se dé­brouillait très bien. C’était un gar­çon des plus sé­rieux si­non, on n’au­rait pas dé­ci­dé de le gar­der ».

« Je lui ai dit : à de­main ma­tin »

C’est sa­me­di, dès 8 h, qu’ils ont ap­pris qu’ils ne le re­ver­raient plus. « C’est sa ma­man qui a ap­pe­lé mon ma­ri pour le pré­ve­nir » . Jé­ré­my était ren­tré à Magny, quelques heures avant le drame, et de­vait re­ve­nir le len­de­main. « Le ven­dre­di soir, je lui ai dit, comme je lui di­sais tous les soirs, bon, à de­main ma­tin, de bonne heure et de bonne hu­meur » .

« Oui, oui, comme d’ha­bi­tude, de bonne hu­meur… » avait- il ré­pon­du. « Ce qui était le cas, tou­jours à faire le clown. Vrai­ment, c’était notre rayon de so­leil, notre grand ga­min, pour­suit la res­pon­sable. Nos ap­pren­tis, on les ac­cueille, ils ont 16 ans. Ils pour­raient être nos en­fants. On les traite un peu comme ça. On a en­core un tra­vail d’édu­ca­tion à faire en plus de ce­lui des pa­rents. Il faut en­core ap­prendre la ponctualité, le res­pect des clients. Ça, c’était ac­quis, c’était ex­tra. C’est une grosse perte, je ne sais pas com­ment on va sur­mon­ter tout ça » .

« On est tous HS »

Le ga­rage a un autre em­ployé, qui est éga­le­ment ef­fon- dré. « On est tous au fond du trou. On se dit on va tra­vailler pour y pen­ser un peu moins, en fait, on avance à rien. On re­vient tou­jours à dire : il fai­sait ça, il fai­sait ci. Il va nous man­quer, il ne va plus faire de conne­ries, comme on di­sait gen­ti­ment. On est tous HS. Et on pense sur­tout aux pa­rents. Quand on voit ce que nous, on res­sent, ce qu’eux doivent vivre, ce n’est pas ima­gi­nable » .

Co­rinne Helie veut qu’on parle de lui en bien « car fran­che­ment, il le mé­rite. Quand je vois toutes les hor­reurs qu’on peut lire ou en­tendre, ils ne mé­ritent pas ce­la, ni les uns ni les autres. Que les gens se taisent, ils ne savent pas ce qui s’est pas­sé, il ne faut pas sa­lir leur image.

C’est hon­teux, c’est in­ad­mis­sible. Le ré­sul­tat il est là. Ce qu’il faut, c’est pen­ser à la dou­leur des pa­rents, que ces ga­mins-là, ils ne sont plus. Il n’y a pas d’ex­pli­ca­tion à trou­ver » .

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