Gil­bert Pes­chet, dit Gi­no, s’est éteint à 85 ans

L'Orne Combattante (SN) - - Flers Et Son Pays - M. M.

C’était une fi­gure de Flers. Gil­bert Pes­chet, dit Gi­no, est dé­cé­dé le 7 jan­vier, à l’hô­pi­tal de Flers. Confi­seur pen­dant plus de 45 ans, à Flers, il était éga­le­ment un ar­tiste com­plet.

Ce Flé­rien de souche est né à Pa­ris dans le XVe ar­ron­dis­se­ment, une ville qu’il re­trou­ve­ra pour ses études. Mais Flers est le fief de la fa­mille Pes­chet et c’est dans le bo­cage que Gi­no pas­se­ra son en­fance.

Son édu­ca­tion, il la fait au ly­cée de Flers puis au Pe­tit Sem. Mar­qué par l’oc­cu­pa­tion de Flers et la pé­riode des bom­bar­de­ments, Gil­bert Pes­chet ai­mait à ra­con­ter son fait d’armes, peu com­mun pour un ado­les­cent : il avait fait pri­son­nier un Al­le­mand ! « Il avait peur de se faire ti­rer des­sus. Il a vu un ga­min de 14 ans et il s’est li­vré » , ra­conte Mi­chel Pel­luet, son beau-frère.

Après la guerre, Gil­bert Pes­chet ren­contre sa femme, Ge­ne­viève. Il n’a que 16 ans. Ils don­ne­ront nais­sance à quatre en­fants. Gil­bert est un gar­çon at­ti­ré par les arts et la pho­to mais c’est fi­na­le­ment la confi­se­rie que son père, em­ployé à la cho­co­la­te­rie de Tin­che­bray, lui im­pose. « Il n’a pas eu le choix » , té- moigne Pas­cale, sa fille.

Le Flé­rien ap­prend son mé­tier à Lille et à Pa­ris, où il suit en pa­ral­lèle des cours de pein­ture aux Beaux-Arts. En 1952, il fait ses pre­miers pas en tant que confi­seur, à Flers. Le Drak­kar, la fa­brique de confi­se­ries si­tuée à l’angle de la rue de la Chaus­sée et de la rue de la Ré­pu­blique, de­vient une ins­ti­tu­tion à Flers. Il tra­vaille d’abord avec son père, puis avec son frère, Pierre. « Pierre s’oc­cu­pait du cô­té com­mer­cial, mon père était à la fa­bri­ca­tion » , in­dique Sté­phane, son fils, qui a tra­vaillé à la confi­se­rie. L’en­droit était bien connu des bam­bins de l’époque qui se voyaient of­frir des bon­bons à leur pas­sage.

Les confi­se­ries y sont de qua­li­té et les Flé­riens, même au-de­là, ne s’y trompent pas. L’en­tre­prise compte dans ses clients des en­seignes pres­ti­gieuses comme Har­rod’s. Le confi­seur fa­brique les Ga­li­chons qui ont rem­por­té un prix à Pa­ris ou en­core Les secrets nor­mands, « des bon­bons au Cal­va­dos » , sans ou­blier la Chi­foine, une li­queur 100 % flé­rienne, que l’on re­trou­vait sur les bonnes tables des res­tau­rants. C’est lui qui ins­taure les confi­se­ries pré­sen­tées dans une boîte de ca­mem­bert.

Sté­phane se rap­pelle avoir conçu le plus gros pa­quet de bon­bons du monde avec son père, cer­ti­fié par le livre des re­cords. « Les bon­bons fai­saient 8 kg. Dans le pa­quet, il de­vait y en avoir une soixan­taine » .

Gi­no et la mu­sique

Mais tout au long de sa car­rière et même en re­traite, les arts n’étaient ja­mais bien loin. Gi­no le sif­fleur, de son nom de scène, s’est illus­tré au sein de la troupe Pul­chi­nel­la, dès les an­nées 50. « Il chan­tait et il sif­flait. Dans ce spec­tacle, il y avait un clown, un illu­sion­niste et aus­si un ac­cor­déo­niste… Ils ont beau­coup tour­né dans l’ouest » , se rap­pelle Sté­phane. Avec son beau- frère, Mi­chel Pel­luet, ils fe­ront de nom­breux duos. Gil­bert Pes­chet se pro­dui­sait en­core ré­cem­ment à la salle de la Pe­tite A.

Gi­no était aus­si l’ami de Georges Aber qu’il avait ren­con­tré au ser­vice mi­li­taire. Ce pa­ro­lier a écrit des tubes, dans les an­nées 60 comme Da dou ron ron, Noir c’est noir, in­ter­pré­tés par John­ny Hal­ly­day. Il écri­ra éga­le­ment pour Syl­vie Var­tan, Ri­chard An­tho­ny ou les Chaus­settes noires.

Fan de mu­sique, Gil­bert Pes­chet dis­po­sait d’une grande col­lec­tion de disques qu’il par­ta­geait, le di­manche ma­tin, avec les au­di­teurs de Ra­dio To­nic, l’an­cienne ra­dio de Flers. Gi­no pei­gnait aus­si. Une pas­sion qui ne l’a ja­mais quit­té. La der­nière oeuvre qu’il ait peinte était le por­trait de sa femme, dis­pa­rue en 2008.

Cu­rieux de tout, il s’in­té­res­sait aus­si à l’aé­ro­mo­dé­lisme, qu’il avait dé­cou­vert au Pe­tit Sem avec l’ab­bé Amiard. Il se­ra éga­le­ment pi­lote au club de Flers. Il se pas­sion­nait tout au­tant pour la my­co­lo­gie, à tel point que les phar­ma­ciens en­voyaient leurs clients lui de­man­der con­seil. Gi­no ai­mait aus­si la cui­sine, la ma­gie, et s’était mis en tête d’ap­prendre le chi­nois, à la re­traite, après l’al­le­mand, l’an­glais et même le congo­lais. « Il s’in­té­res­sait à tout et il connais­sait tout. Il en était éner­vant » , sou­rit Sté­phane.

L’an­cien confi­seur était un re­trai­té très ac­tif qui mon­trait beau­coup d’in­té­rêt pour les nou­velles tech­no­lo­gies. « Il pas­sait beau­coup de temps sur son or­di­na­teur et il avait même un iPod pour écou­ter de la mu­sique » , pour­suit Sté­phane.

« Il ai­mait tout le monde »

Ses en­fants gardent le sou­ve­nir d’un homme bour­ré d’humour, far­ceur et très ou­vert. « Il ai­mait tout le monde, les hommes, les femmes, les jeunes, les vieux, quelle que soit leur cou­leur, leur orien­ta­tion sexuelle, leur croyance ou non croyance. Il dis­cu­tait avec tout le monde, sans a prio­ri, mais dé­tes­tait les ex­tré­mistes de tout poil » , se rap­pelle Pas­cale.

Pour ses en­fants, Gi­no n’au­ra ja­mais don­né l’im­pres­sion d’être vieux.

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