Pierre Bel­lé­go, un prêtre face aux in­té­gristes

L'Orne Combattante (SN) - - Condé Et Son Pays - Sources prin­ci­pales : Une

En col­la­bo­ra­tion avec Phi­lippe Cy­prien, ar­chi­viste à la mé­dia­thèque de Con­dé, nou­velle chro­nique dans nos co­lonnes sur ces per­son­nages illustres de Con­dé-surNoi­reau et ses en­vi­rons. Au­jourd’hui, le por­trait de Pierre Bel­lé­go.

Is­su d’une vieille fa­mille bre­tonne et d’un père bou­lan­ger, Gus­tave Bel­lé­go, né à Vannes en 1871, s’ins­talle à Con­dé-sur-Noi­reau vers la fin des an­nées 1890.

En 1901, il épouse Ma­rieLouise Har­dy, née en 1878, et fille de Jules Har­dy, mar­chand de co­mes­tible rue du Vieux-Châ­teau, à Con­dé-sur-Noi­reau et re­prend l’épi­ce­rie de son beau­père. En 1902, le jeune couple voit la nais­sance de leur pre­mier en­fant Jean.

In­ci­dent à la messe

Il em­brasse la re­li­gion en en­trant au sé­mi­naire de Bayeux.

Or­don­né prêtre 1938, et afin de pro­lon­ger ses études de théo­lo­gie il est en­voyé par l’évêque de Li­sieux, Fran­çois-Ma­rie Pi­caud au Sé­mi­naire pon­ti­fi­cal fran­çais de Rome, construit sur les an­ciennes ruines des an­ciens thermes d’Agrip­pa. Mal­heu­reu­se­ment, la guerre éclate et, mo­bi­li­sé, il doit quit­ter la Con­gré- ga­tion du Saint-Es­prit.

Après plu­sieurs an­nées en Nor­man­die, il est nom­mé cu­ré de la pa­roisse Saint- Sé­ve­rinSaint-Ni­co­las en 1974, dans le quar­tier la­tin.

En 1977, ce­la fait dé­jà plu­sieurs an­nées que les ca­tho­liques pa­ri­siens, qui étaient tou­jours fi­dèles à l’an­cienne or­di­na­tion, louent la salle Wa­gram le di­manche ma­tin afin d’y or­ga­ni­ser la messe tri­den­tine.

Or, le di­manche 27 fé­vrier 1977, ces ca­tho­liques, at­ta­chés à la Tra­di­tion bi­mil­lé­naire de l’Église se donnent ex­cep­tion­nel­le­ment ren­dez-vous à la Mu­tua­li­té au lieu de l’ha­bi­tuelle salle Wa­gram.

L’ab­bé Pierre Bel­lé­go est en train de me­ner la messe do­mi­ni­cale, dans la nou­velle or­di­na­tion. Le lieu de cé­lé­bra­tion ha­bi­tuel des fi­dèles tra­di­tio­na­listes n’est pas loin de celle-ci.

À la fin de sa messe, lorsque l’ab­bé Bel­lé­go s’aper­çoit que la sé­bile est re­ve­nue vide mal­gré l’église pleine. Il com­prend tout de suite que quelque chose d’anor­mal se pro­duit.

À la fin de son of­fice, il in­vite, les nou­veaux ve­nus à ve­nir ex­pri­mer la rai­son de leur pré­sence. Un fi­dèle s’avance et dé­clare que la messe à la­quelle ils viennent d’as­sis­ter n’est « pas une vraie messe » .

La sur­prise fait place à la stu­pé­fac­tion lors­qu’une pro­ces­sion entre dans l’église, me­née par six ab­bés viennent cé­lé­brer la messe se­lon le rite tri­den­tin.

Le père Bel­lé­go tente de s’in­ter­po­ser, mais il est écar­té du pas­sage. À la fin de la der­nière bé­né­dic­tion, l’ab­bé Louis Coache monte à la chaire ora­toire et clame : « Main­te­nant que nous y sommes, nous y res­tons ! » et de ra­jou­ter à l’en­contre de Pierre qu’il est in­utile de dis­cu­ter avec lui puis­qu’ « il n’a que l’Évan­gile à la bouche » .

Jacques Chi­rac

lui écrit

Pierre est ex­pul­sé de l’église vio­lem­ment par les in­té­gristes, in­ci­dent au cours du­quel il a deux côtes cas­sées.

Cette at­ti­tude évan­gé­lique face à cette vio­lence est dé­ci­sive pour la suite de sa car­rière. Ce­la lui per­met de prê­cher au­près de ses fi­dèles sur les dan­gers d’une re­li­gion et d’une Église qui se consti­tue en so­cié­té fer­mée et uni­que­ment sou­cieuse de ses seuls in­té­rêts.

Pierre perd son église, et bien que ce­la ne cor­res­ponde pas à son tem­pé­ra­ment, pour­sui­vra jus­qu’au bout la pro­cé­dure ju­di­ciaire afin de la ré­cu­pé­rer. Il re­çoit même le sou­tient de Jacques Chi­rac, alors élu mu­ni­ci­pal.

Le 12 oc­tobre 1982, ne consi­dé­rant que le préjudice ma­té­riel, le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de Pa­ris condamne l’État à ver­ser la somme de 15 000 francs à Pierre. Ce­lui-ci re­fuse ce dé­dom­ma­ge­ment « à bon compte » .

Pierre Bel­lé­go meurt à SaintVincent-de-Paul en 1995.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.