Des éle­veurs donnent leurs fac­tures im­payées à Yves Goas­doué

Des pro­duc­teurs de lait ont ren­con­tré le dé­pu­té-maire de Flers, Yves Goas­doué, ce lun­di. Ils lui ont re­mis les fac­tures qu’ils ne peuvent plus payer. La so­lu­tion des éle­veurs : ré­gu­ler la pro­duc­tion de lait en fonc­tion de la consom­ma­tion.

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage Et Suisse Normande Entre Et - M. M.

Après avoir of­fert à Joa­quim Pueyo, dé­pu­té-maire d’Alen­çon, et à Jacques Dal­mont, maire de la Ferté-Ma­cé, un veau et un por­ce­let, le 6 fé­vrier, les éle­veurs de l’Apli, l’as­so­cia­tion des pro­duc­teurs de lait in­dé­pen­dants, ont cette fois- ci re­mis sym­bo­li­que­ment des fac­tures au dé­pu­té-maire de Flers, Yves Goas­doué, ce lun­di 29 fé­vrier.

« Nous ne pou­vons plus les payer »

« Nous ne pou­vons plus les payer » , dé­plorent les quatre pro­duc­teurs de lait. Se­lon l’étude d’un ré­seau comp­table, un éle­veur per­ce­vrait « 50 cen­times à 1 € de l’heure de ré­mu­né­ra­tion » , af­firment-ils. Une si­tua­tion qui ne peut plus du­rer.

Hu­bert Ma­rin, de Cha­nu, De­nis Thom­me­rel, de Bel­louen-Houlme, Sé­bas­tien Ri­blier, de Lon­lay-le-Tes­son, et Do­mi­nique Lai­né, pré­sident dé­par­te­men­tal et agri­cul­teur à Magny-le-Dé­sert ont été re­çus par Yves Goas­doué, pen­dant plus de 2 heures, en mai­rie de Flers.

Ils étaient pré­sents pour ex­pli­quer le désar­roi de la pro­fes­sion mais éga­le­ment pour pro­po­ser des so­lu­tions. Se­lon eux, l’is­sue de la crise passe par la ré­gu­la­tion de la pro­duc­tion en fonc­tion de la consom­ma­tion. « Nous sommes pas­sés d’un sys­tème des quo­tas lai­tiers à un sys­tème li­bé­ral où on fait ce qu’on veut » , constate Hu­bert Ma­rin.

Les éle­veurs pro­posent d’adop­ter un PRM, un pro­gramme de res­pon­sa­bi­li­sa­tion face aux mar­chés. « Un sys­tème qui éta­blit le prix du lait se­lon le coût de pro­duc­tion et la ré­mu­né­ra­tion de l’agri­cul­teur » , ex­plique Hu­bert Ma­rin. Si le prix passe en des­sous d’un cer­tain seuil, alors « les agri­cul- teurs baissent leur pro­duc­tion pour tendre le mar­ché » . Un sys­tème de bo­nus/ma­lus se­rait éga­le­ment mis en place pour les agri­cul­teurs qui jouent ou non le jeu. L’Apli peut s’ap­puyer sur l’EMB, un ob­ser­va­toire ca­pable de pré­voir les ten­dances à 3 mois, pour adop­ter ce pro­gramme. Mais voi­là, c’est au ni­veau de l’Eu­rope que ce­la peut se jouer, « res­pon­sable des 2/3 de la sur­pro­duc­tion mon­diale » .

Pour les éle­veurs lai­tiers, ce sys­tème, certes « per­fec­tible » , est la seule so­lu­tion car à 27 cen­times du litre de lait, « nous pro­dui­sons à perte. Ça ne couvre pas les coûts de pro­duc­tion » . Cette re­ven­di­ca­tion de l’Apli n’était pas en­ten­due jus­qu’alors, no­tam­ment par le syn­di­cat ma­jo­ri­taire de la pro­fes­sion, la FNSEA. En pleine crise agri­cole, les lignes semblent bou­ger se­lon les der­nières dé­cla­ra­tions du syn­di­cat. « On est ar­ri­vé au bout de ce sys­tème » , ré­pète De­nis Thom­me­rel.

« Union sa­crée » entre éle­veurs et élus

Les éle­veurs, qui pré­co­nisent un mo­dèle de ferme à 80 vaches plu­tôt qu’à 200 ou 300 bêtes, ont de­man­dé au dé­pu­té-maire de si­gner la pé­ti­tion ré­cla­mant que soit adop­té ce sys­tème de ré­gu­la­tion. Se­lon les pro­duc­teurs, elle ren­contre un écho très fa­vo­rable au­près des agri­cul­teurs du sec­teur. Ils in­vitent donc les po­li­tiques à s’en­ga­ger pour faire por­ter leur voix au ni­veau na­tio­nal et eu­ro­péen. « Il faut une union sa­crée des éle­veurs et de la classe po­li­tique pour pous­ser en­semble dans le même sens » , in­siste De­nis Thom­me­rel.

Yves Goas­doué s’est en­ga­gé à la si­gner et même à réunir les dé­pu­tés nor­mands, à l’as­sem­blée na­tio­nale, pour que les éle­veurs puissent ex­po­ser leur plan. L’élu est fa­vo­rable à la ré­gu­la­tion : « L’agri­cul­teur pro­duit sans sa­voir s’il a un dé­bou­ché. Il n’y a pas un seul mé­tier où ça existe » .

Au cours de la dis­cus­sion, Yves Goas­doué leur a af­fir­mé qu’il sui­vait de « près la si­tua­tion » . Et d’ajou­ter : « ça ne peut plus du­rer » . Do­mi­nique Lai­né lui a ex­pli­qué avoir eu es­poir en 2012. « La gauche est ar­ri­vée à tous les pou­voirs mais rien ne s’est pas­sé voire, ça s’est em­pi­ré. Les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de droite comme de gauche de­vraient ar­rê­ter de faire al­lé­geance à un syn­di­cat qui pousse au pro­duc­ti­visme. Les po­li­tiques doivent se re­mettre en cause ».

Pour Yves Goas­doué, le pro­blème est « com­plexe » et il ne peut se ré­gler qu’avec l’Eu­rope. « Les élus ont la res­pon­sa­bi­li­té de fixer des axes. Dire qu’on peut tout faire, c’est trom­per les gens. Nous n’avons pas toutes les ma­nettes pour ré­soudre ce pro­blème. Il faut faire un tour de table avec l’Etat, l’Eu­rope, la pro­fes­sion et l’en­semble des fi­lières pour faire chan­ger les choses » .

Les éle­veurs conti­nuent leur croi­sade

Yves Goas­doué et les pro­duc­teurs par­ta­geaient dans les grandes lignes le même point de vue.

Les re­pré­sen­tants de l’Apli de­vaient se rendre, ce mar­di, au Sa­lon de l’Agriculture pour ren­con­trer Bru­no Le Maire, dé­pu­té et an­cien mi­nistre de l’Agriculture. Ils es­pé­raient aus­si pou­voir ren­con­trer Sté­phane Le Foll, l’ac­tuel mi­nistre.

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