Des élèves de Flers échangent avec un au­teur sur le har­cè­le­ment sco­laire

Alors qu’une ly­céenne de Li­sieux s’est sui­ci­dée la se­maine der­nière après la dif­fu­sion d’images in­times sur des té­lé­phones por­tables, des élèves du col­lège Jean-Mon­net de Flers ont par­lé du har­cè­le­ment avec l’au­teur Char­lotte Bous­quet.

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage Suisse Et Normande Entre - Tho­mas Gourlin

C’est une his­toire mal­heu­reu­se­ment presque or­di­naire, qui pour­rait se dé­rou­ler dans n’im­porte quel col­lège de France. Elle parle de co­pains, de co­pines, d’ado­les­cence et de jeux. Elle parle de jeunes gens qui gran­dissent et qui, che­min fai­sant, peuvent de­ve­nir har­ce­leurs ou vic­times de har­cè­le­ment sco­laire.

L’his­toire traite d’un exemple fic­tif, d’une par­tie d’ac­tion ou vé­ri­té qui se ter­mine avec la pho­to d’une élève de 4e, seins nus, pos­tée sur In­ter­net, et des consé­quences en­gen­drées par cet évé­ne­ment qui pren­dra vite une am­pleur in­soup­çon­née par les adultes.

Tou­jours d’ac­tua­li­té

Ven­dre­di 4 mars, des élèves de 4e, en fi­lière Seg­pa au col­lège Jean-Mon­net de Flers, ont ren­con­tré l’au­teur Char­lotte Bous­quet pour par­ler de cette his­toire, pu­bliée dans la bande des­si­née Mots ru­meurs, mots cut­ter, et pour échan­ger sur le su­jet ô com­bien ac­tuel du har­cè- le­ment dans les éta­blis­se­ments sco­laires.

Cet ou­vrage, écrit par Char­lotte Bous­quet et illus­tré par Sté­pha­nie Ru­bi­ni, avait été étu­dié par les élèves dans le cadre du cours d’édu­ca­tion ci­vique, dé­sor­mais nom­mé En­sei­gne­ment mo­ral et ci­vique. Les élèves avaient aus­si pré­pa­ré un pe­tit texte de hip- hop qu’ils ont in­ter­pré­té de­vant l’au­teur.

Po­pu­la­ri­té

Après avoir ex­pli­qué son mé­tier, l’écri­ture et le ro­man, et com­ment cette dis­ci­pline est de­ve­nue une vraie pro­fes­sion, Char­lotte Bous­quet a ré­pon­du aux ques­tions des élèves.

« De­puis plu­sieurs an­nées, j’avais en­vie de par­ler de har­cè­le­ment parce que même si le per­son­nage de Léa n’est pas moi, j’ai été vic­time de har­cè­le­ment quand j’étais au col­lège. Ce n’était pas évident. Je n’avais pas en­vie d’être ca­ri­ca­tu­rale. Je ne sa­vais pas trop par quel bout prendre ce su­jet » , a dé­cla­ré Char­lotte Bous­quet.

Au fil des échanges, elle leur a par­lé de Ch­loé, ce per­son­nage qui « n’a rien à perdre » , qui « est dif­fé­rente des autres » et qui dé­cide de ré­agir quand « les filles veulent en­fon­cer la tête de Léa dans les toi­lettes » .

Tout en ré­pon­dant à une ques­tion d’un élève, qui se de­man­dait pour­quoi le pe­tit ami du per­son­nage prin­ci­pal se dé­tourne d’elle, Char­lotte Bous- quet les a in­ter­ro­gés : « Vous n’avez ja­mais été té­moins d’une si­tua­tion de har­cè­le­ment ? Vous ne sa­vez pas com­ment ça se passe dans ces cas- là ? » Les élèves, ne ré­pon­dant pas, Char­lotte Bous­quet a bri­sé ce si­lence pour eux : « En fait, les per­sonnes qui sont har­ce­lées, sont très ra­pi­de­ment consi­dé­rées comme des pes­ti­fé­rés, donc on ne les ap­proche pas parce qu’ils ne sont pas po­pu­laires, parce que se pro­me­ner avec eux ou sim­ple­ment leur par­ler c’est ris­quer d’être mal vu à son tour. Quand les per­sonnes sont har­ce­lées, en gé­né­ral, elles se re­trouvent très vite seules. Sou­vent, les gens ont ten­dance à re­gar­der leurs pieds plu­tôt que de ré­agir. Au col­lège, ré­agir, c’est prendre un risque social » .

Ré­seaux so­ciaux

Ques­tion­née sur ce qu’elle pense de l’usage des ré­seaux so­ciaux par des élèves de moins de quinze ans, l’au­teur a in­di­qué : « Le sou­ci des ré­seaux so­ciaux, c’est qu’on trouve des pré­da­teurs, et le fait que tout va être dé­mul­ti­plié. J’ai 43 ans, vous en avez 14 ou 15. Moi, il n’y avait pas Fa­ce­book, il n’y avait pas les té­lé­phones por­tables. Donc, quand je me fai­sais har­ce­ler, ça res­tait vrai­ment au sein du col­lège. Quelque part, c’était beau­coup moins dur. Le pro­blème, au­jourd’hui, du har­cè­le­ment sco­laire, c’est que les per­sonnes har­ce­lées vont être pour­sui­vies sur les ré­seaux so­ciaux, sur leurs té­lé­phones por­tables… Mais, je pense que dia­bo­li­ser les ré­seaux so­ciaux, ça ne sert stric­te­ment à rien. Après, c’est juste aus­si à vous d’ap­prendre à les uti­li­ser cor­rec­te­ment »

Au cours de ce dé­bat, l’au­teur a rap­pe­lé qu’il est im­por­tant de par­ler de ces phé­no­mènes, no­tam­ment pour qu’ils cessent. Elle a re­con­nu que ce geste n’est pas fa­cile à ef­fec­tuer. « Quand tu es har­ce­lée, d’abord tu n’as pas for­cé­ment en­vie d’en par­ler » , a-t-elle es­ti­mé avant d’ajou­ter : « Au­jourd’hui, il y a des struc­tures qui existent » .

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