Un vé­ri­table tra­vail de four­mis

L'Orne Combattante (SN) - - La Ferté Et Son Pays - Mi­chel Mo­ri­ceau

Du­rant 5 mois, les ly­céens fer­tois ont en­quê­té pour re­tra­cer la vie de Sz­prin­ca Kruc­zyk-Wo­da, qui a vé­cu à Tes­sé-la-Ma­de­leine avant d’être dé­por­tée et as­sas­si­née à Au­sch­witz en 1942. C’est donc très émus qu’ils ont ont vi­si­té ces camps.

En ter­mi­nale pro­fes­sion­nelle (me­nui­sier agen­ceur construc­teur-bois), les ly­céens ont pour pro­jet de réa­li­ser une vi­déo sur Sz­prin­ca Kruc­zyk-Wo­da, morte en dé­por­ta­tion. « C’est son par­cours et ce­lui de sa fa­mille que nous avons vou­lu re­tra­cer, des ar­chives dé­par­te­men­tales de l’Orne jus­qu’au camp de concen­tra­tion d’Au­sch­witz » ex­pliquent-ils sur leur blog.

Après avoir tra­vaillé sur la Shoah, une pre­mière séance de re­cherches gé­néa­lo­giques a eu lieu. Via in­ter­net, le groupe a ap­pris que Sz­prin­ca Kruc­zykWo­da est née le 17 avril 1899 à Var­so­vie et dé­cé­dée le 7 août 1942 à Au­sch­witz. Cou­tu­rière et com­mer­çante, elle était ma­riée à Tholmce-Zel­man Kruc­zyk. D’autres in­for­ma­tions ont été trou­vées sur le site de Yad Va­shem. Is­raël, le fils de Sz­prin­ca, né en 1926, a té­moi­gné au­près de ce Mé­mo­rial et rem­pli des for­mu­laires con­cer­nant ses grands-pa­rents Ber­ko et Pes­sah Wo­da, dé­cé­dés dans le ghet­to de Var­so­vie. « Nous avons pu mettre un vi­sage sur ces noms » .

Des­tin com­mun

Les élèves ont dé­cou­vert le livre Mille jours de la vie d’un dé­por­té qui a eu de la chance de Théo­dore Wo­da, ne­veu de Sz­prin­ca. « Il est dis­po­nible au CDI du ly­cée et nous a per­mis de com­plé­ter tout une par­tie de l’arbre gé­néa­lo­gique » . Autre ou­vrage, Shoah en Nor­man­die d’Yves Le­cou­tu­rier où une page est consa­crée à l’un des en­fants Kruc­zyk, Charles né en 1938. « Conscients de la me­nace qui pe­sait sur eux, ses pa­rents l’ont mis à l’abri en 1942 à Cha­nu. Ar­rê­tés lors de la rafle du Vél d’Hiv en juillet 42, ils ne re­vien­dront ja­mais cher­cher leur fils, car ils ont été tués à Au­sch­witz » . Le tra­vail a consis­té en­suite à re­tra­cer le par­cours des membres de la fa­mille. « Nous in­di­quons sur la carte les camps d’in­ter­ne­ment par un point rouge, et les lieux de dé­cès par un point noir. Chaque par­cours est tra­cé avec des ru­bans de cou­leur » .

Le 11 dé­cembre, Phi­lippe Auf­fret, élu à Ba­gnoles, a ren­con­tré le groupe. « Il nous a ex­pli­qué que notre tra­vail avait une im­por­tance dans l’ac­tua­li­té, mais aus­si pour la mai­rie de Ba­gnoles. Il pour­rait se concré­ti­ser par l’ap­po­si­tion d’une plaque ou même par une rue re­bap­ti­sée Sz­prin­ca Kruc­zyk-Wo­da » . Peu de temps après avait lieu une sor­tie au Mé­mo­rial pour la Paix à Caen. « Une grande par­tie de la vi­site a été consa­crée à la Shoah ce qui nous a per­mis de prendre conscience de l’hor­reur de la pé­riode » . Les ly­céens ont ren­con­tré Gi­nette Kolinka avec les classes du pro­jet Voyage à Au­sch­witz. « Sans co­lère, ni haine, elle a ra­con­té son his­toire, ce qu’elle a su­bi au camp de Bir­ke­nau. Sans les té­moi­gnages comme le sien, les le­çons de l’His­toire se­raient per­dues et les jeunes gé­né­ra­tions ou­blie­raient toutes ces an­nées sombres » .

Une mine d’in­fos

Aux ar­chives dé­par­te­men­tales, les ly­céens ont ren­con­tré Mat­thieu Le­goïc, ar­chi­viste.

« Après avoir re­pé­ré les do­cu­ments né­ces­saires, nous avons feuille­té ces dos­siers vieux de plus de 70 ans, pour trou­ver les in­for­ma­tions que nous re­cher­chions sur Sz­prin­ca et les siens » . Cette vi­site leur a per­mis de glâ­ner de nom­breuses in­fos sur : Zel­man Sh­lo­mo, le ma­ri de Sz­prin­ca ; Is­raël, le fils ai­né. Mais aus­si son 2e fils Si­mon, né le 8 mai 1929, qui ha­bi­tait avec elle à Tes­sé- la- Ma­de­leine. « Ar­rê­té avec son frère le 9 oc­tobre 1942, il a été in­ter­né avec lui à Dran­cy. Nous sa­vons qu’ils ont été li­bé­rés par leur père et qu’ils ont sur­vé­cu » . Les ly­céens ont aus­si re­trou­vé l’adresse exacte de Sz­prin­ca : Vil­la des coc­ci­nelles, rue de la Mai­rie. « Le pro­blème est que cette rue n’existe plus : Tes­sé

Por­teurs de mé­moire

Le 23 mars, les Fer­tois sont donc al­lés à Au­sch­witz avec leurs pro­fes­seurs Mme De­cosse (lettres-his­toire) et Mme De­nis (do­cu­men­ta­liste). « Après avoir tra­vaillé sur l’his­toire de Sz­prin­ca et sa fa­mille, nous avons dé­cou­vert les lieux de sa mise à mort. Les mots de Gi­nette Kolinka an­cienne dé­por­tée, pré­sente lors de la vi­site, étaient dans toutes les têtes » .

Deux des­tins de femmes : l’une morte à Au­sch­witz ; l’autre, qui a sur­vé­cu. « At­ten­tifs, in­té­res­sés et res­pec­tueux, nous avons pu me­su­rer l’am­pleur du gé­no­cide, son ca­rac­tère or­ga­ni­sé, sys­té­ma­tique. Nous sommes dé­sor­mais nous aus­si por­teurs d’une mé­moire à trans­mettre » . Pro­chaine étape : la res­ti­tu­tion du tra­vail le 25 mai au Mé­mo­rial de Caen.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.