Pom­piers : il fau­dra payer

Le Dé­par­te­ment du Cal­va­dos veut ins­tau­rer une grille ta­ri­faire pour cer­taines in­ter­ven­tions des pom­piers. Des dé­pla­ce­ments se­ront fac­tu­rés. La gauche et les pom­piers s’in­surgent.

L'Orne Combattante (SN) - - La Une -

Le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion du Ser­vice dé­par­te­men­tal d’in­cen­die et de se­cours du Cal­va­dos a dé­ci­dé de rendre payantes cer­taines in­ter­ven­tions.

« Non, non et non à une so­cié­té qui en­tend mon­nayer l’as­sis­tance à per­sonne en dan­ger ! Nous payons dé­jà des im­pôts pour fi­nan­cer ce ser­vice pu­blic, pour­quoi donc faire payer des taxes sup­plé­men­taires ? » , s’énerve Éric Vève ( PS), conseiller dé­par­te­men­tal du Cal­va­dos et conseiller mu­ni­ci­pal d’op­po­si­tion de Caen (Cal­va­dos) sur sa page Fa­ce­book.

Avec Phi­lippe Du­ron ( PS), dé­pu­té du Cal­va­dos, Ma­rieJeanne Go­bert (PCF), conseillère ré­gio­nale, Gé­rard Le­ne­veu (PCF), maire de Gi­ber­ville, Ru­dy l’Or­phe­lin (EELV) et Pas­cal Blan­che­tier (MRC), tous deux conseillers mu­ni­ci­paux d’op­po­si­tion à Caen, Éric Vève s’in­surge contre la dé­ci­sion prise par Jean-Léonce Du­pont ( Nou­veau centre), le pré­sident du Con­seil dé­par­te­men­tal du Cal­va­dos, lors du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion du Sdis (Ser­vice dé­par­te­men­tal d’in­cen­die et de se­cours), à Caen, lun­di 21 mars. Jean-Léonce Du­pont, qui est aus­si le pré­sident du Sdis, veut ins­tau­rer une grille ta­ri­faire pour cer­taines in­ter­ven­tions des sa­peurs-pom­piers.

Pour le pré­sident du Dé­par­te­ment, Jean-Léonce Du­pont, « cette fac­tu­ra­tion est par­fai­te­ment lé­gale et de nom­breux Sdis la mettent en oeuvre par­tout en France. Ce n’est donc pas une ex­cep­tion cal­va­do­sienne, ex­plique-t-il sur son blog. Le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion du Sdis du Cal­va­dos ne fait rien d’autre qu’ap­pli­quer la loi. » Pour Jean-Léonce Du­pont, la fac­tu­ra­tion de ces « in­ter­ven­tions de confort » est le « moyen de pré­ser­ver le ser­vice pu­blic de se­cours et de lutte contre les in­cen­dies » pour faire face aux di­mi­nu­tions des do­ta­tions de l’État.

Les pom­piers voient rouge

Il n’y a pas que les élus de gauche qui se re­bellent contre cette me­sure. Les syn­di­cats de pom­piers sont fer­me­ment op­po­sés à ces nou­velles dé­ci­sions, sur­tout celles con­cer­nant « la fac­tu­ra­tion du re­le­vage à do­mi­cile sans trans­port à l’hô­pi­tal » et celle de « la le­vée de doute alarme in­cen­die » .

« Nous sommes ter­ri­ble­ment cho­qués par ces nou­velles me­sures qui portent at­teinte à la san­té pu­blique, mar­tèle Wil­fried Van Oost, pom­pier pro­fes­sion­nel à Caen (Cal­va­dos) et dé­lé­gué CGT. Les per­sonnes qui tom­be­ront chez elles n’ose­ront plus nous ap­pe­ler par peur de payer 241 €. Les dé­tec­teurs de fu­mée, qui sont nor­ma­le­ment un ou­til de pré­ven­tion, ne ser­vi­ront plus à rien… Nous sommes un ser­vice pu­blic de se­cours gra­tuit. Nous ne sommes pas là pour faire des fac­tures ! Le Dé­par­te­ment veut faire des éco­no­mies au dé­tri­ment de la san­té de ses ha­bi­tants. »

« Même si par­fois il y a des abus, on ne vise pas du tout les bons pro­blèmes » , ré­agit un pom­pier vo­lon­taire, près de Caen. « Il nous ar­rive par­fois de sor­tir pour une femme en couche avec l’am­bu­lance, alors qu’en fait, elle a juste be­soin d’un trans­port pour al­ler à l’hô­pi­tal. Mais pour les pauvres ma­mies qui tombent en al­lant aux toi­lettes dans la nuit, nous sommes dans notre rôle et nous le fai­sons très souvent. C’est aber­rant, qu’est-ce qu’ils veulent ? Un se­cours to­ta­le­ment pri­va­ti­sé, gé­ré par des en­tre­prises ? »

Wil­fried Van Oost pointe les fi­nances du Dé­par­te­ment. « M. Du­pont parle tou­jours des baisses des do­ta­tions du gou­ver­ne­ment mais d’après les chiffres, le Dé­par­te­ment consa­cre­rait au Sdis 26 € par ha­bi­tant contre 40 € en moyenne dans le pays, il est peut-être là le pro­blème. » Le res­pon­sable CGT évoque aus­si la sup­pres­sion de 15 postes de pom­piers pro­fes­sion­nels en 2016 et la fer­me­ture de six ca­sernes sur le ter­ri­toire.

Le Sdis du Cal­va­dos ré­pond aux élus de gauche et aux pom­piers dans un com­mu­ni­qué de presse du mar­di 29 mars 2016. Il a te­nu à pré­ci­ser les condi­tions d’ap­pli­ca­tion de ces nou­velles me­sures.

Pas les par­ti­cu­liers dans cer­tains cas

S’agis­sant des le­vées de doute in­cen­die, la fac­tu­ra­tion ne s’ap­pli­que­ra pas aux par­ti­cu­liers, mais uni­que­ment aux en­tre­prises et aux éta­blis­se­ments re­ce­vant du pu­blic, ex­plique le Sdis du Cal­va­dos. Con­cer­nant les mis­sions de re­le­vage de per­sonne à do­mi­cile et sans trans­port vers un centre hos­pi­ta­lier, l’ob­jec­tif est de per­mettre la fac­tu­ra­tion de ces in­ter­ven­tions au centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire de Caen (Cal­va­dos), dans le cadre des échanges de la prise en charge par ce der­nier des ca­rences am­bu­lan­cières.

Le SDIS rap­pelle éga­le­ment que ces dé­ci­sions ont été prises car « les moyens en­ga­gés sur des in­ter­ven­tions non ur­gentes se font au dé­tri­ment de la mo­bi­li­sa­tion né­ces­saire pour de vé­ri­tables opé­ra­tions de se­cours ou de lutte contre l’in­cen­die » .

Des me­sures si­mi­laires dans d’autres dé­par­te­ments ?

Le Dé­par­te­ment dé­fend sa po­si­tion en as­su­rant que ces fac­tu­ra­tions sont dé­jà en place dans d’autres dé­par­te­ments comme les Yve­lines, le Val-d’Oise, en Mo­selle, dans le Lot-et-Ga­ronne ou en­core en Haute-Sa­voie.

« De nom­breux Sdis fac­turent la des­truc­tion de nids d’in­sectes, l’ou­ver­ture d’une porte blo­quée, un trans­port à l’hô­pi­tal sauf en si­tua­tion d’ur­gence, l’en­clen­che­ment d’une alarme si le dé­pla­ce­ment pour la le­vée de doute est in­jus­ti­fié, la cap­ture d’ani­maux de com­pa­gnie qui se sont échap­pés » , énu­mère Jean- Léonce Du­pont sur son blog.

« Que cer­taines in­ter­ven­tions comme les portes blo­quées soient fac­tu­rées, c’est nor­mal car c’est le tra­vail d’un ser­ru­rier, ré­pond le pom­pier Wil­fried Van Oost. Mais pour le re­le­vage à do­mi­cile et l’alarme in­cen­die, c’est in­com­pré­hen­sible. Ce n’est pas parce que quatre dé­par­te­ments sur 101 ont mis ces fac­tu­ra­tions en place que c’est une bonne so­lu­tion ».

Les pom­piers du Cal­va­dos de­vraient ap­pli­quer ces nou­velles me­sures dès ven­dre­di 1er avril 2016. Mais ils ne comptent pas en res­ter là. « Nous sou­hai­tons in­for­mer au maxi­mum les ci­toyens, nous al­lons me­ner des opé­ra­tions de com­mu­ni­ca­tion dans les jours à ve­nir » , pro­met le syn­di­ca­liste. Un groupe Fa­ce­book « Contre la fac­tu­ra­tion des pom­piers » a été créé. 65 per­sonnes en sont membres. Une pé­ti­tion est en ligne de­puis lun­di 28 mars.

Mer­cre­di, elle re­cueillait 71 si­gna­tures.

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