Bio : l’Orne, meilleur élève de Nor­man­die

1 257 ex­ploi­ta­tions bio­lo­giques sont re­cen­sées en Nor­man­die. L’Orne est le meilleur élève, sui­vi de la Manche et du Cal­va­dos. Des ef­forts sont à four­nir dans l’ex Haute-Nor­man­die.

L'Orne Combattante (SN) - - Bocage et Suisse Normande - Ma­non Lou­bet

La Nor­man­die est la ré­gion fran­çaise qui pos­sède le plus de terres agri­coles, soit 70 % de son ter­ri­toire. L’agri­cul­ture, ce sa­voir-faire an­ces­tral est an­cré dans les tra­di­tions nor­mandes, dans un pay­sage en­core na­tu­rel.

« C’est une ré­gion qui n’est pas en­core très ur­ba­ni­sée, où il n’y a pas de grosses in­fra­struc­tures rou­tières » , pré­sente à So­phie Chau­vin, chef de pro­jet Éco­no­mie et ter­ri­toire à la Chambre d’agri­cul­ture de Nor­man­die. Sur ces 70 % de terres agri­coles, 2,9 % seule­ment sont culti­vées en agri­cul­ture bio­lo­gique. Mais ce chiffre ne fait qu’aug­men­ter d’an­nées en an­nées (+3 % d’ex­ploi­ta­tions bio­lo­giques conver­sion et créa­tion confon­dues de­puis 2012*).

Des dis­pa­ri­tés entre l’ex-Haute et ex-Basse-Nor­man­die

« En 10 ans, nous avons dou­blé le nombre de fermes bio­lo­giques en Nor­man­die » , as­sure So­phie Chau­vain. « Nous par­tions de très loin avec moins de 500 fermes en 2006, pour ar­ri­ver à 1 257 fermes cette an­née. Et le nombre d’ex­ploi­tants bios aug­mente de jours en jours. Quand il y a une crise dans l’agri­cul­ture conven­tion­nelle, ce­la pro­voque im­mé­dia­te­ment un ap­pel d’air vers le bio­lo­gique, les agri­cul­teurs ré­flé­chissent à faire va­lo­ri­ser leurs pro­duits au­tre­ment. »

La Nor­man­die se classe au 9e rang des 13 ré­gions mé­tro­po­li­taines fran­çaises en nombre de sur­faces agri­coles bio­lo­giques (2,9 %). Sur les cinq dé­par­te­ments nor­mands, des dis­pa­ri­tés sont ob­ser­vées. L’ex Basse-Nor­man­die est plu­tôt bon élève en pro­por­tion de terres agri­coles bio­lo­giques (4,6 % pour l’Orne, 3,8 % pour le Cal­va­dos, 3,5 % pour la Manche*). Dans l’an­cienne Haute-Nor­man­die, seule­ment 2 % des sur­faces agri­coles de l’Eure et de la Seine-Ma­ri­time sont bio­lo­giques. À no­ter que l’Orne est le 13e dé­par­te­ment fran­çais (sur 101) de par ses sur- faces conduites en bio.

« Si c’est dans la Manche que l’on en­re­gistre le plus d’ex­ploi­ta­tions bio­lo­giques, avec 398 fermes, c’est dans l’Orne qu’on ob­serve le plus de sur­faces agri­coles bio­lo­giques, avec 19 200 hec­tares » , ex­pose So­phie Chau­vin. « Il y a une très grosse dif­fé­rence entre l’an­cienne Basse- Nor­man­die et l’exHaute- Nor­man­die, qui est très en re­tard sur le bio. Ce­la s’ex­plique par la na­ture de la pro­duc­tion agri­cole de l’Eure et de la Seine-Ma­ri­time, cé­réa­lière et ex­por­ta­trice avec beau­coup moins d’ani­maux qu’en ex-Basse-Nor­man­die. Ce qui est beau­coup moins pro­pice au dé­ve­lop­pe­ment de l’agri­cul­ture bio­lo­gique. »

Car, pour faire du bio, les fermes doivent ap­prendre à vivre en au­tar­cie et trou­ver un équi­libre entre la pro­duc­tion vé­gé­tale et ani­male.

Est-ce plus cher de pro­duire bio ?

« Tout doit fonc­tion­ner en cir­cuit fer­mé, les ani­maux mangent de l’herbe, avec leurs dé­jec­tions, on réa­lise du fu­mier qui per­met de culti­ver en­suite, ex­plique la spé­cia­liste, So­phie Chau­vin. Quand les ex­ploi­ta­tions sont sans ani­maux, le pas­sage au bio est dé­jà plus com­pli­qué… »

L’orien­ta­tion des ex­ploi­ta­tions nor­mandes re­flètent les pro­duc­tions tra­di­tion­nelles de la ré­gion : éle­vage bo­vin (lait et viande) en pre­mier, puis cé­réales, ma­raî­chage et fruits (dont pommes et cidre). Viennent en­suite quelques ate­liers di­ver­si­fiés : bre­bis ( qua­si­ment ex­clu­si­ve­ment pour la viande), poules pon­deuses, vo­lailles de chair, plantes à par­fum, aro­ma­tiques et mé­di­ci­nales, chèvres, porcs, api­cul­ture, fruits à coques…

Le bio, plus cher à pro­duire ? Se­lon So­phie Chau­vin de la Chambre d’agri­cul­ture de Nor­man­die, « pas du tout » :

« Ce­la ne coûte rien de conver­tir une ex­ploi­ta­tion en bio, il faut juste chan­ger ses pra­tiques » , as­sure-t-elle. « Comme l’agri­cul­teur doit être au­to­suf­fi­sant, il n’achète plus d’en­grais, ni de pro­duits chi­miques de syn­thèse, ni de nour­ri­ture pour ses ani­maux, puisque c’est lui qui les pro­duit. Même si l’ex­ploi­tant su­bit un contrôle par un or­ga­nisme cer­ti­fi­ca­teur, une à deux fois par an, qu’il doit lui-même payer, soit en­vi­ron 800 eu­ros, il s’y re­trouve for­cé­ment car les pro­duits bios sont ven­dus plus chers, dans des cir­cuits de dis­tri­bu­tions plus courts (vente di­recte à la ferme, mar­chés, co­opé­ra­tives, as­so­cia­tion pour le main­tien de l’agri­cul­ture pay­sanne (AMAP)…). »

Mul­ti­plier par deux les sur­faces bio­lo­giques avant 2017

Le mi­nis­tère de l’agri­cul­ture a lan­cé, en 2012, le pro­gramme na­tio­nal Am­bi­tion bio 2017, pour mul­ti­plier par deux le nombre de sur­faces agri­coles bio­lo­giques en France d’ici à la fin 2017. « En Nor­man­die, on n’y se­ra pas, c’est sûr » , ob­serve So­phie Chau­vin. « Mais la crise ac­tuelle de l’agri­cul­ture conven­tion­nelle ouvre des portes, le nombre de sur­faces agri­coles bio­lo­giques nor­mandes ne de­vrait faire qu’aug­men­ter… »

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