Frênes : Ju­gé pour un feu de ga­rage

L'Orne Combattante (SN) - - La Une -

Un ha­bi­tant de Frênes d’une tren­taine d’an­nées com­pa­rais­sait de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’Ar­gen­tan, ce mar­di 5 avril. Les faits qui lui étaient re­pro­chés re­montent à sep­tembre 2015.

Dans la nuit du 20 au 21, un in­cen­die se dé­clare dans un ga­rage joux­tant une ha­bi­ta­tion à Frênes. La mai­son est oc­cu­pée par un couple, leur fille et deux en­fants. C’est la femme qui, se ré­veillant vers 4 h 30, ap­pelle les se­cours.

La gen­dar­me­rie in­ter­vient. Les consta­ta­tions ef­fec­tuées éta­blissent ra­pi­de­ment l’ori­gine in­ten­tion­nelle du feu. Tout le ga­rage est brû­lé ain­si que son conte­nu : vé­hi­cule, ou­tillage di­vers, bal­lon d’eau chaude.

« J’étais dé­pres­sif »

ve­nu, dé­te­nu de­puis 3 se­maines pour d’autres faits, re­nou­velle ses aveux.

« Je n’étais pas bien, j’étais dé­pres­sif » , ex­plique- t- il. Il ajoute que, de­puis la sé­pa­ra­tion, il a fait une ten­ta­tive de sui­cide et qu’il est sui­vi par un psy­chiatre. La pré­si­dente lui fait re­mar­quer qu’il avait de l’al­cool dans le sang.

Quant à la mo­ti­va­tion de son acte, il pré­cise : « j’avais la haine contre elle » . A ses dires, il a vou­lu faire voir à son ex-com­pagne qu’il n’était pas bien, qu’il était ma­lade. Le pré­ve­nu men­tionne qu’il avait le sen­ti­ment d’être hu­mi­lié par cer­taines per­sonnes de son ex-belle fa­mille et que c’est ce sen­ti­ment qui l’a pous­sé à agir ain­si. Il pré­cise qu’il ne vou­lait pas faire de mal, juste se ven­ger sur la voi­ture.

Ques­tion­né par la pré­si­dente qui lui si­gni­fie que tout le monde au­rait pu mou­rir dans l’his­toire, il ré­pond avoir conscience de la gra­vi­té de ses actes, se dit dé­so­lé.

Il re­late que pour com­mettre son geste, il a pris une bou­teille vide, l’a rem­plie en par­tie d’es­sence avant d’y in­tro­duire de l’es­suie- tout en guise de mèche. Il se ren­dait en­suite sur les lieux, bri­sait une vitre du ga­rage et je­tait la bou­teille sous la voi­ture après avoir al­lu­mé la mèche. Puis, en­ten­dant cré­pi­ter, il re­tour­nait en cou­rant à son vé­hi­cule et ren­trait chez lui, où il s’as­sou­pis­sait.

Il est re­ve­nu sur place alors que les sa­peurs- pom­piers oeu­vraient.

L’avo­cate de la par­tie ci­vile sou­ligne que le mis en cause sa­vait qu’il y avait une bou­teille de gaz dans le ga­rage. Elle fait état d’une fa­mille trau­ma­ti­sée et pré­cise qu’on ne peut ac­cep­ter la mise en dan­ger de cinq per­sonnes.

Pour Yves Cou­roux, pro­cu­reur, cette pro­cé­dure est à la li­mite du cri­mi­nel. Il pré­cise que si l’oc­cu­pante de la mai­son ne s’était pas ré­veillée, on ne se­rait pas de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel mais de­vant la cour d’as­sises. Il in­siste sur le sen­ti­ment de haine du pré­ve­nu qui s’est sen­ti sou­la­gé après son acte et sou­ligne que la chambre de ses ex-beaux-pa­rents joux­tait le ga­rage.

« C’est quel­qu’un qui a chu­té »

Une peine de 36 mois d’em­pri­son­ne­ment as­sor­tie d’un man­dat de dé­pôt est re­quise ain­si qu’une in­jonc­tion de soins. Il est éga­le­ment de­man­dé une in­ter­dic­tion de ren­con­trer son ex-com­pagne et un sui­vi so­cio­ju­di­ciaire de 3 ans et, en cas de non- res­pect de ce sui­vi, une peine d’un an d’em­pri­son­ne­ment. Il est par ailleurs de­man­dé à titre de peine com­plé­men­taire l’in­ter­dic­tion de dé­te­nir une arme pen­dant 3 ans.

Me Des­doits sou­ligne, pour la dé­fense, que les faits ne sont pas contes­tés et qu’ils sont dé­plo­rés. Se­lon lui, il faut prendre la me­sure des choses, le dos­sier n’est pas cri­mi­nel. Il rap­pelle que son client était en déses­poir com­plet lors des faits qui s’ins­crivent dans le contexte de dif­fi­cul­tés que connais­sait alors le couple. Il pré­cise que le pré­ve­nu n’est pas un dé­lin­quant d’ha­bi­tude, « c’est quel­qu’un qui a chu­té et qui s’est re­trou­vé au fond du ra­vin » . Pour lui, la sanc­tion doit te­nir compte des faits et de la per­son­na­li­té réelle du pré­ve­nu. Il de­mande que la peine soit as­sor­tie de sur­sis avec mise et l’épreuve et d’obli­ga­tions de soins.

Dé­cla­ré cou­pable, le pré­ve­nu est condam­né à 24 mois d’em­pri­son­ne­ment et un man­dat de dé­pôt est dé­li­vré à son en­contre. Il a été re­con­duit par l’es­corte à la mai­son d’ar­rêt de Cou­laines. Il doit par ailleurs ver­ser une somme de 7 500 € aux par­ties ci­viles.

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