Une agri­cul­trice et ses en­fants pri­vés d’eau po­table de­puis 4 mois

L'Orne Combattante (SN) - - Bocage Suisse Normande Entre Et - L.L.

Non, il ne s’agis­sait pas d’un pri­son­nier éva­dé qui se­rait ve­nu d’un pé­ni­ten­cier des États-Unis rien que pour par­ti­ci­per au Trail de la vallée de la Vère. Ce concur­rent, cou­tu­mier du fait, s’était dé­gui­sé pour l’oc­ca­sion. Es­pé­rons qu’il n’a pas été pour­sui­vi par les forces de l’ordre au cours de la course.

Char­lotte Paio­la est une agri­cul­trice bio­lo­gique, ins­tal­lée de­puis 5 ans, à la ferme du Ron­fil à La Lande-Saint-Si­méon. Mais de­puis dé­cembre, le puits qui l’ali­men­tait en eau po­table est pol­lué. Pri­vée d’eau, elle at­tend tou­jours une ré­ponse de son as­su­rance.

L’ex­ploi­ta­tion bio­lo­gique de Char­lotte Paio­la sur­plombe la Suisse nor­mande sur les hau­teurs de la Lande-Saint-Si­méon. Re­cu­lé à plus d’un ki­lo­mètre d’une route, l’en­droit est pai­sible et ses 45 hec­tares lui offrent l’en­droit idéal pour pro­duire son pain bio, vendre ses oeufs, fa­bri­quer ses pro­duits ci­dri­coles ou bien en­core s’oc­cu­per de ses bo­vins. Mais de­puis dé­cembre der­nier, la carte pos­tale se trans­forme est cau­che­mar pour l’agri­cul­trice et ses deux en­fants de 4 et 7 ans. Le puits, seul point d’eau po­table qui ali­mente la mai­son est pol­lué. « En dé­cembre, l’eau a su­bi­te­ment chan­gé de cou­leur. Je ne me suis pas in­quié­tée car ce­la peut se pro­duire lors de fortes pluies. Mais ce­la a du­ré plus de 24 h, on n’a ar­rê­té de la consom­mer et puis les bêtes ont éga­le­ment re­fu­sé de s’abreu­ver » ex­plique l’ex­ploi­tante.

Po­lice de l’eau et Agence ré­gio­nale de san­té

Ra­pi­de­ment, les mau­vaises odeurs sont ar­ri­vées. « C’était in­te­nable ». L’agri­cul­trice contacte alors son as­su­rance pour sa­voir que faire. Sur ses conseils, elle ap­pelle en­suite la Di­rec­tion Dé­par­te­men­tale des Ter­ri­toires qui di­li­gente l’ONEMA, la po­lice de l’eau et l’agence ré­gio­nale de la San­té.

Les rap­ports des deux ad­mi­nis­tra­tions laissent peu de doutes sur l’ori­gine de la pol­lu­tion : à 200 mètres en amont s’ef­fec­tue le sto­ckage du fu­mier d’un agri­cul­teur voi­sin. « L’ori­gine pro­vient iné­luc­ta­ble­ment d’un tas de fu­mier sto­cké de­puis plu­sieurs an­nées » in­dique no­tam­ment l’ONEMA dans un cour­rier en­voyé au voi­sin qui tou­jours se­lon l’ONEMA « a ad­mis sa res­pon­sa­bi­li­té ».

Pas la preuve de lien de cau­sa­li­té

Compte te­nu de l’éloi­gne­ment de l’ex­ploi­ta­tion au ré­seau d’eau, le mon­tant du rac­cor­de­ment - plus de 65 000 €- est trop im­por­tant à sup­por­ter. L’autre so­lu­tion consiste à réa­li­ser un nou­veau fo­rage, coût 15 000 €. L’agri­cul­trice at­ten­dait donc que l’as­su­rance prenne en charge les frais. Mais au­jourd’hui son dos­sier est tou­jours dans l’impasse. Pour­tant, son as­su­rance Grou­pa­ma est la même que celle de l’ex­ploi­tant voi­sin. Alors ? « Les rap­ports des ex­perts man­da­tés n’ont pas ap­por­té la preuve d’un lien de cau­sa­li­té » ex­plique Guy Mo­ri­ceau de Grou­pa­ma qui dit at­tendre en­core « le ré­sul­tat d’une ana­lyse de l’ARS que je n’ai pas ».

So­li­da­ri­té

Si la fa­bri­ca­tion des pains bio­lo­giques s’ef­fec­tue, de­puis tou­jours, à par­tir de bou­teilles d’eau em­bou­teillées, l’ab­sence d’eau po­table com­plique sé­rieu­se­ment la vie de l’agri­cul­trice et de ses deux en­fants. « Beau­coup de gens de La Lan­deSaint-Si­méon et de Sé­grie Fon­taine sont sen­sibles à mon pro­blème et m’aident, ce­la fait plai­sir de voir cette so­li­da­ri­té ».

À l’été, l’ex­ploi­ta­tion de­vait de­ve­nir un site de cam­ping à la ferme : im­pos­sible au­jourd’hui.

Des as­so­cia­tions bio­lo­giques et de consom­ma­teurs ain­si qu’un syn­di­cat agri­cole doivent ra­pi­de­ment ap­por­ter leur concours à Char­lotte Paio­la, au­jourd’hui dans une impasse.

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