Après le drame, le ké­bab « Le Tur­kuaz » dans le vi­seur

De­puis le mer­cre­di 20 avril, le gé­rant et les em­ployés du Tur­kuaz sont dans le stress : ils ont ap­pris que leur éta­blis­se­ment fai­sait l’ob­jet d’une fer­me­ture ad­mi­nis­tra­tive de 6 mois suite à l’accident de Magny qui a fait 4 morts le 19 fé­vrier der­nier.

L'Orne Combattante (SN) - - La Ferté Et Son Pays - Mi­chel Mo­ri­ceau

Tout est par­ti d’une in­for­ma­tion à la ra­dio, mer­cre­di 20 avril en fin d’après-mi­di, comme quoi « après l’accident qui avait fait 4 morts à Magny-le-Dé­sert, le 19 fé­vrier der­nier, le pré­fet de l’Orne avait or­don­né une fer­me­ture ad­mi­nis­tra­tive de 6 mois du ké­bab qui leur avait ser­vi de l’al­cool ». En l’oc­cur­rence, le Tur­kuaz, ins­tal­lé de­puis 2009 au 45, rue d’Haut­vie et te­nu par la fa­mille Sen­turk, père et fils.

« Nous l’avons ap­pris par un client qui ve­nait de l’en­tendre, ex­pli­quaient le len­de­main les deux em­ployés, fils du gé­rant, mais en fait nous n’avons pas re­çu de cour­rier de la Pré­fec­ture qui of­fi­cia­lise cette fer­me­ture. De­puis, on stresse, on s’at­ten­dait à voir les gen­darmes ce jeu­di ma­tin ».

Dans l’at­tente

Le soir du 19 fé­vrier der­nier, le Tur­kuaz avait ac­cueilli les 4 jeunes qui al­laient dé­cé­der peu de temps après dans ce ter­rible accident à Magny. « Ils ont man­gé et pris quelques verres et ils sont re­par­tis. A au­cun mo­ment, nous nous sommes dit qu’ils étaient dé­jà al­coo­li­sés. Ils étaient joyeux, c’était le dé­but du week-end, voi­là tout. Nous les connais­sions très bien et on a été très tou­chés par leur dis­pa­ri­tion. Après cet accident, c’est vrai que l’on a culpa­bi­li­sé sur le mo­ment. Nous avons fer­mé notre éta­blis­se­ment pour pou­voir as­sis­ter à leurs in­hu­ma­tions ».

Dans le cadre de l’en­quête, le gé­rant et les em­ployés ont été au­di­tion­nés par la gen­dar­me­rie. « On se dou­tait bien qu’il al­lait se pas­ser quelque chose en­suite ». Et c’est dé­but avril qu’un cour­rier de la pré­fec­ture est ar­ri­vé. « Ce qui nous a éton­nés, c’est qu’il n’était pas adres­sé au gé­rant, mais à l’un de nous deux. Il nous était re­pro­ché d’avoir ser­vi de l’al­cool sans avoir la li­cence 3, alors que nous l’avons. Mais, à au­cun mo­ment, ce cour­rier fai­sait le lien avec l’accident ». Le cour­rier don­nait alors 15 jours à l’éta­blis­se­ment pour prou­ver sa bonne foi.

Une pro­cé­dure à re­lan­cer

N’ayant pas eu de ré­ponse au cour­rier, la pré­fète de l’Orne, Isa­belle Da­vid ré­di­geait le 14 avril un ar­rê­té pré­fec­to­ral or­don­nant la fer­me­ture ad­mi­nis­tra­tive du res­tau­rant pour 6 mois. Mo­tif : « au­cune de­mande d’au­to­ri­sa­tion de li­cence pour la vente d’al­cool n’au­rait été dé­po­sée par l’éta­blis­se­ment au­près de la mai­rie de La Fer­té-Ma­cé ».

Jeu­di 21 avril alors que l’exis­tence de cet ar­rê­té pré­fec­to­ral a donc été ré­vé­lée avant qu’il ne soit no­ti­fié aux in­té­res­sés, la pré­fec­ture a sou­hai­té re­lan­cer son en­quête. « Le gé­rant avait 15 jours pour émettre ses ob­ser­va­tions écrites et orales suite au cour­rier. Il n’a pas don­né suite. Il re­proche à la pré­fec­ture de ne pas avoir été en­ten­du dans cette en­quête. Nous ren­trons dans un vice de pro­cé­dure qui peut re­mettre en cause l’ar­rê­té, nous al­lons donc re­prendre la pro­cé­dure de A à Z », in­dique un porte-pa­role de la pré­fec­ture. Le res­tau­rant res­te­ra donc ou­vert, jus­qu’à nou­vel ordre.

Vé­ri­fi­ca­tion faite (voir ci­contre), le mo­tif de « non dé­ten­tion de li­cence 3 » ne pour­ra être re­te­nu contre le ké­bab qui en pos­sède une, en re­vanche, la nou­velle pro­cé­dure de fer­me­ture s’ap­puie­ra sur le fait que le ké­bab ait ser­vi de l’al­cool à des per­sonnes dé­jà al­coo­li­sées ». « C’est plus fa­cile de ta­per sur un ké­bab que sur un res­tau­rant de luxe, constatent les em­ployés, ir­ri­tés par ce qui leur ar­rive. Dans ce cas-là, si on veut trou­ver des res­pon­sables, il faut s’at­ta­quer aus­si aux grandes sur­faces qui vendent de l’al­cool. Ici, il n’y a au­cune plainte dé­po­sée contre nous : cette fer­me­ture de 6 mois, c’est notre mise à mort et trois chô­meurs de plus ».

Sur les ré­seaux so­ciaux, les in­ter­nautes se mo­bi­lisent pour ap­por­ter leur sou­tien aux com­mer­çants et em­pê­cher la fer­me­ture du ké­bab pour 6 mois, y com­pris des membres des fa­milles des vic­times. Ori­gi­naire de Lou­gé-sur-Maire, Ste­ven Cos­tard a même lan­cé une pé­ti­tion sur Fa­ce­book.

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