Jus­tin Au­mont, la belle his­toire d’un bleu fé­ru de kayak-po­lo

Le Har­cour­tois, qui au­ra 19 ans le 22 sep­tembre, a par­ti­ci­pé aux cham­pion­nats du monde en Ita­lie à Sy­ra­cuse avec l’équipe de France des moins de 21 ans, 5e place à la clé.

L'Orne Combattante (SN) - - Sports - Jean-Luc PEL­LE­RIN

Jus­tin Au­mont a vé­cu ses pre­miers cham­pion­nats du monde avec l’équipe de France à Sy­ra­cuse dans la ca­té­go­rie des moins de 21 ans. Ils se sont concré­ti­sés par une 5e place. « Il y avait moyen d’at­teindre le der­nier car­ré. Pour la vic­toire fi­nale, ce­la s’avé­rait com­pli­qué car les An­glais qui ont ga­gné la fi­nale au but en or et les Al­le­mands étaient su­pé­rieurs. Ce­la laisse moins de re­grets. Il fau­dra at­teindre ce ni­veau­là pour es­pé­rer rem­por­ter l’Eu­ro 2017 qui se dé­rou­le­ra à Saint-Omer », pour­suit le jeune homme qui au­ra 19 ans le 22 sep­tembre.

Que de che­min par­cou­ru par Jus­tin Au­mont de­puis ses pre­miers pas dans le kayak en 2005 ! Il a na­tu­rel­le­ment dé­bu­té dans cette dis­ci­pline, ap­pris à na­vi­guer avant d’être at­ti­ré par ce beau sport col­lec­tif qu’est le kayak-po­lo. « Il y a eu l’Eu­ro en 2007 et ce­la m’a don­né en­vie de pra­ti­quer cette ac­ti­vi­té. En plus, Mar­tin Le­lièvre et Co­ren­tin Hé­bert fai­saient par­tie de l’équipe de France qui est de­ve­nue cham­pionne d’Eu­rope ». Ce­la fait des émules, comme Jus­tin Au­mont. Pour­quoi pas lui plus tard ?

Le des­tin pré­ci­pi­té

Son aven­ture a dé­bu­té dans la ca­té­go­rie des ca­dets. « La pre­mière an­née, on ter­mine 6e des cham­pion­nats de France et de la Coupe de France ». Lors de la deuxième an­née, Jus­tin Au­mont et ses par­te­naires har­cour­tois ter­minent 3e aux cham­pion­nats de France et rem­portent la Coupe de France.

Une fois ar­ri­vé chez les ju­niors, il évo­lue avec la ré­serve en Na­tio­nale 3 et four­bit ses armes face à des se­niors. La 1B har­cour­toise fi­nit par mon­ter en Na­tio­nale 2 et, au cours de l’exer­cice 2015, Jus­tin Au­mont in­tègre l’équipe fa­nion. Pour sa pre­mière sai­son à ce ni­veau, ce der­nier prend la 7e place avec son club. En re­vanche, en 2016, il ne fait pas par­tie des plans. « De nou­veaux joueurs sont ar­ri­vés et il y a eu une re­dis­tri­bu­tion des cartes », note Jus­tin Au­mont, dé­çu bien en­ten­du.

Jus­tin Au­mont a juste l’idée en tête « de mon­trer au coach qu’il a eu tort dans son choix et de réa­li­ser une belle sai­son en N2 ». C’est le cas, avec une su­perbe 5e place gla­née. Un élé­ment dé­clen­cheur va pré­ci­pi­ter le des­tin de Jus­tin Au­mont sous le maillot bleu, plus vite que pré­vu. Et bien avant l’aven­ture de la N2. « Je dis­pute un tour­noi de pré­pa­ra­tion à Zu­rich le 3e week-end de jan­vier et il se trouve que le coach na­tio­nal Philippe Pfis­ter est pré­sent en Suisse ». Le ha­sard fait bien les choses puisque Jus­tin Au­mont se fait re­mar­quer. Avec deux co­pains du Kayak Club de Thu­ry-Har­court - Ro­main Pol­lenne et Ar­thur Pin­dras - il passe des tests phy­siques au pôle es­poir de Caen.

« Que du bon­heur ! »

En avril, un stage est or­ga­ni­sé à Saint-Omer et Jus­tin Au­mont fait par­tie d’une liste de 12 joueurs tout comme Ro­main Pol­lenne. Fin juin, c’est la par­ti­ci­pa­tion au 2e tour de la coupe d’Eu­rope à Ma­lines, en Bel­gique. « Ce fut une bonne ex­pé­rience avec, à la clé, une 5e place », pour­suit Jus­tin Au­mont qui gra­vit les marches une par une. Con­trai­re­ment à son ca­ma­rade de club, il est du stage à Thu­ry-Har­court avant l’an­nonce des 7 joueurs pour la coupe d’Eu­rope des na­tions par Philippe Pfis­ter. Jus­tin Au­mont y prend part. C’est une pre­mière vic­toire per­son­nelle. La com­pé­ti­tion dé­bouche sur une 4e place.

Jus­tin Au­mont n’a alors qu’une en­vie : dis­pu­ter les cham­pion­nats du monde, le sum­mum pour tout ath­lète. « J’étais dé­jà content de mon par­cours mais si près de l’évé­ne­ment, je me di­sais que ce se­rait dur de ne pas faire par­tie de l’aven­ture ». La très bonne nou­velle ne tarde pas. Deux jours après la coupe d’Eu­rope, le Har­cour­tois ap­prend sa sé­lec­tion. Re­van­chard ? « Il y a des mo­ments où je me di­sais que si j’avais évo­lué en N1, est-ce que j’au­rais eu cette chance ? Je n’en sais rien ». En tout cas, c’est le grand sou­la­ge­ment. « Tu re­pré­sentes ton pays, à l’étran­ger. Que du bon­heur en somme ! »

La com­pé­ti­tion mon­diale dé­bute par un 5 à 5 contre les Por­tu­gais. « On perd 4 à 1 à la mi-temps. On prend une souf­flante de notre coach à la pause et on sauve fi­na­le­ment les meubles. On peut ga­gner à la fin mais ce­la au­rait été vo­lé pour les Por­tu­gais qui ont bien joué. On se re­lance en­suite en bat­tant la Russie, la Na­mi­bie et la Po­logne ». Lors des phases de la deuxième poule, la France bat la Suisse et la Po­logne. Vient le match de la Hon­grie au cours du­quel le dé­rou­le­ment est in­verse par rap­port au match du Por­tu­gal. « On mène 4 à 1 à la pause et on fait 4 à 4. En bat­tant les Hon­grois, on fai­sait une bonne opé­ra­tion pour fi­nir dans les 2 pre­miers et in­té­grer le der­nier car­ré ».

L’Eu­ro à Saint-Omer l’an pro­chain

Ce­la a pour ef­fet de re­lan­cer les ad­ver­saires di­rects des Tri­co­lores. Ceux-ci perdent face à l’Ita­lie 1 - 3 puis l’Es­pagne 5 -6. « Il y avait obli­ga­tion de ga­gner contre les Es­pa­gnols pour se qua­li­fier », pré­cise notre in­ter­lo­cu­teur. Pour le match de la 5e place, la France af­fronte la Nou­velle-Zé­lande. « Il s’agis­sait d’ou­blier la dé­cep­tion de ne pas al­ler en de­mi-fi­nale, de bien fi­nir la com­pé­ti­tion ». C’est au bout du sus­pense que les Fran­çais s’oc­troient la 5e place : 4 - 4 à la fin du temps ré­gle­men­taire, 5 à 4 sur le but en or alors qu’ils évo­luent en in­fé­rio­ri­té nu­mé­rique. « On gagne grâce à une grosse dé­fense et une contreat­taque de notre ca­pi­taine Guillaume Mo­rin ».

À l’heure du bi­lan, les chiffres et les images s’en­tre­choquent. « Il y a de la sa­tis­fac­tion mais aus­si de la dé­cep­tion pour les co­équi­piers qui vont prendre 22 ans et n’ont pu ter­mi­ner sur un titre. On était là pour ga­gner car, dans cette ca­té­go­rie, la France res­tait sur 5 titres consé­cu­tifs. Elle vou­lait gar­der son titre conser­vé à Thu­ry-Har­court ». Trois d’entre eux se­ront se­niors et « un re­nou­vel­le­ment va s’opé­rer », sou­ligne un Jus­tin Au­mont content de son par­cours. Il a goû­té au très haut ni­veau, il a en­vie d’y re­tour­ner. « Tous les ans, les cartes sont re­dis­tri­buées. Un beau chal­lenge est of­fert à la France avec l’or­ga­ni­sa­tion de l’Eu­ro à Saint-Omer l’an pro­chain ».

De­ve­nir ki­né­si­thé­ra­peute

Jus­tin Au­mont veut s’ins­crire dans la du­rée et faire en sorte qu’il ne s’agisse pas d’un feu de paille. Ce­lui que Philippe Pfis­ter pré­sente comme « trop gen­til » compte bien s’af­fir­mer. « Ce n’est ja­mais évident d’in­té­grer un groupe. Je suis ar­ri­vé sur la pointe des pieds. J’ai le sen­ti­ment d’avoir pro­gres­sé lors des mon­diaux mais je dois en­core m’amé­lio­rer dans tous les do­maines. Il fau­dra être prêts phy­si­que­ment et men­ta­le­ment en 2017, sa­voir gé­rer la pres­sion d’une com­pé­ti­tion à la mai­son et évo­luer de­vant les gens que l’on connaît. L’am­bi­tion à SaintO­mer se­ra de conqué­rir à nou­veau le titre eu­ro­péen ».

Jus­tin Au­mont en­tend donc s’ins­tal­ler chez les bleus et re­trou­ver, par la même oc­ca­sion, la Na­tio­nale 1 avec son club de coeur. S’il veut as­sou­vir plei­ne­ment sa pas­sion pour le kayak­po­lo et se montre vo­lon­tiers am­bi­tieux, Jus­tin Au­mont garde la tête sur les épaules et pense aus­si à ses études. « Ce n’est que du kayak-po­lo. On n’en vit pas ». Le po­loïste as­pire à être ki­né­si­thé­ra­peute. Sa voie est tra­cée. D’ici à trois ans, il es­père dé­cro­cher le di­plôme eu­ro­péen et exer­cer en France, en Bel­gique ou ailleurs.

Jus­tin Au­mont vit un rêve éveillé au sein de l’équipe de France des moins de 21 ans.

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