Opé­ra­tion sous hyp­nose : une pre­mière à l’hô­pi­tal de Flers

Mer­cre­di 5 oc­tobre, les mé­de­cins du centre hos­pi­ta­lier de Flers ont réa­li­sé une pre­mière opé­ra­tion sous hyp­nose. Une pro­cé­dure qui est ap­pe­lée à se dé­ve­lop­per.

L'Orne Combattante (SN) - - Bocage Suisse Normande Entre Et - Lu­do­vic Lemoine

C’est la se­maine du goût et pour les sé­na­teurs, elle rime avec Nor­man­die. À l’ini­tia­tive du sé­na­teur de l’Orne, Jean-Claude Le­noir (à gauche sur la pho­to), les sé­na­teurs nor­mands ont dé­ci­dé de va­lo­ri­ser les pro­duits de notre ré­gion. Avec le concours de Jean-Ch­ris­tophe Tru­bert (à droite sur la pho­to), éga­le­ment Nor­mand, qui di­rige le res­tau­rant du Sé­nat, les pro­duits nor­mands sont à l’hon­neur du mar­di 11 au jeu­di 13 oc­tobre. Les me­nus pro­po­sés, dé­co­ré d’af­fiches de la Nor­man­die, sont ain­si es­sen­tiel­le­ment com­po­sés de mets nor­mands : huîtres de Saint-Vaast-la-Hougue, beurre et crème d’Isi­gny, tripes à la mode de Caen, pommes de terre, ca­rottes de Créances, lé­gumes qui ac­com­pa­gne­ront dau­rades et mer­lans, an­douille de Vire, bou­din de Mor­tagne. Sans ou­blier les fro­mages, les des­serts à base de pommes, de poires, du Cal­va­dos, mais aus­si le poi­ré, le cidre et même du vin nor­mand…

« Nous avons ad­mi­nis­tré seu­le­ment 1 tiers des an­ti­dou­leur ». Mer­cre­di 5 oc­tobre, Nas­ser Ket­ta­ni, mé­de­cin anes­thé­siste-ré­ani­ma­teur au centre hos­pi­ta­lier de Flers a un grand sou­rire à l’heure de rendre vi­site à Lau­rence (*), dans sa chambre. Quelques mi­nutes plus tôt, il a uti­li­sé l’hyp­nose pour anes­thé­sier la jeune femme qui a su­bi une hys­té­ro­sco­pie.

« C’est une de­mande de ma part » sou­rit la jeune femme com­plè­te­ment re­mise de l’in­ter­ven­tion et se­reine. Du­rant trois quarts d’heure, elle était en état d’hyp­nose au bloc opé­ra­toire. « Je sen­tais les choses mais sans au­cune dou­leur. J’étais consciente d’être au bloc mais j’étais aus­si ailleurs, dans mon sou­ve­nir. Ce­la n’a pas de­man­dé d’ef­fort par­ti­cu­lier, sim­ple­ment de la concen­tra­tion. »

Lors du ren­dez-vous avec le mé­de­cin anes­thé­siste, la jeune femme avait évo­qué un peu par ha­sard cette tech­nique. « J’ai po­sé la ques­tion car j’ai dé­jà vu des re­por­tages sur l’hyp­nose mais je pen­sais que ce n’était ré­ser­vé qu’à cer­tains hô­pi­taux. J’ai dé­jà su­bi beau­coup d’opé­ra­tions avec des anes­thé­sies lo­cales ou gé­né­rales, j’avais en­vie d’es­sayer une autre tech­nique pour évi­ter les en­dor­mis­se­ments, le phé­no­mène de ré­veil… ».

For­mé du­rant un an

Le Dr Ket­ta­ni vient jus­te­ment d’ache­ver une for­ma­tion d’hyp­nose mé­di­cale d’un an. « Il y a un an et de­mi, j’ai en­ten­du par­ler de la pra­tique de l’hyp­nose mé­di­cale. Je de­vais faire une for­ma­tion de chi­rur­gie in­fan­tile et j’ai fi­na­le­ment dé­ci­dé de réa­li­ser une for­ma­tion d’hyp­nose mé­di­cale. » L’hyp­nose est un état dis­so­cié, sen­tir son corps ici et ailleurs. Cet état de dis­so­cia­tion per­met d’ou­blier la dou­leur. « On ne s’en oc­cupe plus, on sent mais on n’a pas mal » pour­suit l’anes­thé­siste.

Le Dr An­dré, chi­rur­gien, ac­cepte de pra­ti­quer l’opé­ra­tion sous hyp­nose.

Fa­vo­ri­ser une par­tie du cer­veau

Lors du ren­dez-vous post opé­ra­toire, Nas­ser Ket­ta­ni a de­man­dé à la jeune femme de se re­mé­mo­rer un sou­ve­nir heu­reux, sym­bole de bien-être. Pour la jeune femme, il s’agis­sait d’un voyage. « Une par­tie du cer­veau hu­main est très struc­tu­rée, ne laisse rien au ha­sard. Et une autre par­tie est plus ar­tis­tique, ins­tinc­tive, per­met l’ima­gi­naire : il s’agit de fa­vo­ri­ser ce cô­té plu­tôt que l’autre » ex­plique le mé­de­cin. Mer­cre­di, ar­ri­vée au bloc, l’anes­thé­siste a de­man­dé à la jeune femme de se plon­ger dans son sou­ve­nir, la gui­dant au son de sa voix. « Je me suis concen­trée sur sa voix et mon sou­ve­nir » ex­plique la pa­tiente.

Au terme de trois quarts d’heure d’opé­ra­tion, le Dr Ket­ta­ni l’a fait re­ve­nir de son voyage très ra­pi­de­ment. « En temps nor­mal, il faut plu­sieurs heures avant de lais­ser sor­tir le ma­lade, là, c’est beau­coup plus ra­pide ». Au fi­nal, Lau­rence au­ra été ac­trice de son opé­ra­tion. « Le chi­rur­gien m’a de­man­dé de prendre une autre po­si­tion, ce que j’ai fait ».

Mul­tiples in­té­rêts

Outre l’avan­tage d’un ré­veil très ra­pide, sans phase de lé­thar­gie, cette tech­nique per­met de di­mi­nuer consi­dé­ra­ble­ment l’usage d’an­ti­dou­leur et d’anes­thé­sique. « Sur une opé­ra­tion de ce type, il au­rait fal­lu re­faire une in­jec­tion en cours d’in­ter­ven­tion, ce­la n’a pas été le cas ». Bien­faits pour le pa­tient, mais aus­si bien­faits éco­no­miques en rai­son du moindre usage de pro­duits mé­di­ca­men­teux et d’hos­pi­ta­li­sa­tion.

L’hyp­nose a de beaux jours de­vant elle. « Mais on ne peut pas pra­ti­quer l’hyp­nose pour toutes opé­ra­tions » pour­suit Nas­ser Ket­ta­ni pour qui la maî­trise de l’anes­thé­sie tra­di­tion­nelle reste im­por­tante. « En ma­tière d’anes­thé­sie, nous sommes ca­pables de réa­li­ser des per­for­mances ex­tra­or­di­naires. C’est un peu comme ap­puyer sur un bou­ton on/ off, on peut ré­veiller ou en­dor­mir la per­sonne à la mi­nute prêt. » L’hyp­nose, c’est une tout autre ap­proche. Le mé­de­cin se­ra bien­tôt épau­lé dans sa tâche à l’hô­pi­tal de Flers par une in­fir­mière anes­thé­siste qui achève sa for­ma­tion d’hyp­nose mé­di­cale. « Tout le monde peut le vivre, c’est le pa­tient qui fait lui-même le tra­vail, je le guide vers ses sen­sa­tions agréables ».

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