Un mé­de­cin ur­gen­tiste sus­pen­du après le dé­cès d’un bé­bé

Ven­dre­di 30 sep­tembre , un mé­de­cin ur­gen­tiste de La Fer­té-Ma­cé (Orne) a été sus­pen­du de ses fonc­tions : une sur­dose de Do­li­prane avait en­traî­né la mort d’un bé­bé.

L'Orne Combattante (SN) - - Bocage Suisse Normande Entre Et -

La bri­gade de gen­dar­me­rie de Mor­tain a dé­cou­vert le 9 sep­tembre 2016, dans une ré­si­dence se­con­daire du Fresne-Po­ret, de nom­breux ob­jets ayant été dé­ro­bés dans le Sud-Manche, sec­teur de Mor­tain, Saint-Hi­lai­re­du-Har­couët et dans l’Orne, à Beauchêne.

L’au­teur pré­su­mé des vols a été iden­ti­fié. Il s’agit d’un homme de 26 ans, do­mi­ci­lié à Ville­dieu-les-Poëles.

Avis de re­cherche

Les en­quê­teurs ont dres­sé une liste des dif­fé­rents ma­té­riels re­trou­vés : une ca­ra­vane an­glaise Club­man Lu­na (avec auvent à l’in­té­rieur et vê­te­ments), vê­te­ment Paul Boye, gen­dar­me­rie po­lo, manche longue, avec grade de bri­ga­dier, deux tron­çon­neuses, une dé­brous­sailleuse, des ac­ces­soires de deux roues, des rou­leaux de laine de verre, deux ton­deuses à gazon. Ils veulent vé­ri­fier la pro­ve­nance de ces ob­jets et in­vitent les vic­times (une di­zaine) à se pré­sen­ter à la bri­gade de gen­dar­me­rie de Mor­tain ou à les contac­ter au 02.33.91.37.19.

Ré­vé­lée par l’heb­do­ma­daire le Point, et re­layée par nos confrères de Nor­man­die Actu, cette af­faire re­monte à la nuit du 4 au 5 mai 2015. Pra­ti­cien hos­pi­ta­lier à temps par­tiel à l’hô­pi­tal des An­daines de La Fer­té-Ma­cé, le mé­de­cin gé­né­ra­liste en ques­tion as­sure à son do­mi­cile une garde de ré­gu­la­tion du centre d’ap­pel 15 d’Alen­çon.

Au mi­lieu de la nuit, un as­sis­tant de ré­gu­la­tion lui trans­met l’ap­pel d’une femme dont le bé­bé de 5 mois pré­sente une forte fièvre et une res­pi­ra­tion ra­pide. Après que l’as­sis­tant s’est as­su­ré que l’en­fant n’avait pas dé­jà pris du Do­li­prane et qu’il ne souf­frait pas de convul­sions, le mé­de­cin prend alors le re­lais et pré­co­nise à la mère « de don­ner du Do­li­prane et un bain tiède à l’en­fant, et de l’em­me­ner aux ur­gences si les symp­tômes per­sistent ».

Dans le co­ma

Mais, c’est lors­qu’il a fal­lu pré­ci­ser à la mère la dose de Do­li­prane à ad­mi­nis­trer, que le mé­de­cin au­rait été hé­si­tant, par­lant d’une cuillère à soupe, puis à ca­fé, puis deux… Des consignes par­ti­cu­liè­re­ment confuses. Outre son hé­si­ta­tion, le mé­de­cin va éga­le­ment omettre de de­man­der des dé­tails im­por­tants à la mère. En ef­fet, l’en­fant était né pré­ma­tu­ré­ment à 35 se­maines et un rap­pel de vac­ci­na­tion réa­li­sé la veille avait ré­vé­lé un souffle au coeur. Le pra­ti­cien ne s’est pas as­su­ré non plus de la suite de la prise en charge mé­di­cale.

Dès le len­de­main, le 5 mai 2015, le cas s’est ag­gra­vé : l’en­fant est hos­pi­ta­li­sé dans un état co­ma­teux. Il dé­cé­de­ra quelques se­maines plus tard fin juin.

Sui­vi mé­di­cal

Les pa­rents ont dé­ci­dé de por­ter plainte pé­na­le­ment, mais la pro­cé­dure a abou­ti à un clas­se­ment sans suite par la jus­tice.

En re­vanche, la plainte de l’ARS (Agence ré­gio­nale de san­té) de Nor­man­die de­vant l’Ordre des mé­de­cins, a abou­ti à des pour­suites. Le mé­de­cin ur­gen­tiste a com­pa­ru, le 17 sep­tembre der­nier, de­vant la chambre de dis­ci­pline du con­seil ré­gio­nal de l’ordre des mé­de­cins de Bas­seNor­man­die. « L’in­ter­ro­ga­toire de la mère par le mé­de­cin a été très in­suf­fi­sant », a ju­gé la chambre de dis­ci­pline. « Il n’a, de ce fait, pas été à même de por­ter un diag­nos­tic per­ti­nent de l’ur­gence ». De même la pres­crip­tion ap­proxi­ma­tive de mé­di­ca­ments et « l’omission de toute di­li­gence ten­dant à ga­ran­tir un sui­vi mé­di­cal, éven­tuel­le­ment hos­pi­ta­lier », consti­tuent des man­que­ments graves aux obli­ga­tions du mé­de­cin ré­gu­la­teur du SA­MU dans l’éla­bo­ra­tion du diag­nos­tic, les soins et la pres­crip­tion.

6 mois de sus­pen­sion

Ven­dre­di 30 sep­tembre, le ver­dict a été ren­du. Le mé­de­cin ur­gen­tiste écope d’une in­ter­dic­tion d’exer­cer d’un an, dont six mois avec sur­sis. Cette condam­na­tion pou­vant faire l’ob­jet d’un ap­pel, elle ne pren­dra ef­fet qu’au 1er jan­vier 2017. Elle est éga­le­ment as­sor­tie d’une « in­jonc­tion de for­ma­tion dans le do­maine de la ré­gu­la­tion mé­di­cale ».

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