La vie ca­chée de Vi­vian Maier sur­ex­po­sée au théâtre

L'Orne Combattante (SN) - - Loisirs - Le jeu­di 13 oc­tobre, à 20 h 30, salle du mar­ché cou­vert à Con­dé-en-Nor­man­die. « Tout En­tière » de Guillaume Poix, avec Au­ré­lie Ede­line.

Le théâtre du Préau, Centre dra­ma­tique ré­gio­nal de Vire, pré­sente une pièce écrite et mise en scène par Guillaume Poix, avec Au­ré­lie Ede­line. « Tout En­tière », ou le des­tin in­croyable d’une femme or­di­naire pro­dui­sant une oeuvre su­blime, mais ca­chée.

Voi­ci l’his­toire ex­tra­or­di­naire de la pho­to­graphe Vi­vian Maier. Elle est née en 1926 à New York et meurt en 2009 à Chi­ca­go. Sa mère étant fran­çaise, une par­tie de son en­fance se passe en France. Puis elle rentre dé­fi­ni­ti­ve­ment aux Etats-Unis, en 1933. Jeune femme, elle de­vient nour­rice, tout en ayant une pas­sion : la pho­to­gra­phie de rue. Et chose in­croyable : en 2008, 120 000 pho­to­gra­phies sont dé­cou­vertes to­ta­le­ment par ha­sard ! Elle a ain­si pas­sé son exis­tence à prendre de su­perbes pho­tos dans le se­cret le plus to­tal.

Ce ré­cit n’a pas lais­sé in­dif­fé­rente Au­ré­lie Ede­line, co­mé­dienne per­ma­nente du théâtre du Préau. « C’est un rôle que je dé­si­rais jouer », avoue-t-elle. Une com­mande d’écri­ture a donc été pas­sée au jeune au­teur et met­teur en scène Guillaume Poix.

L’éclat de l’ano­ny­mat

Si la ma­tière du ré­cit est riche, il n’en de­meure pas moins que le su­jet né­ces­site le re­cours à un cer­tain type d’écri­ture pre­nant en compte le jeu scé­nique. « Jus­te­ment, l’écri­ture de Guillaume est très phy­sique. C’est une écri­ture théâ­trale, née du pla­teau », sou­tient Au­ré­lie Ede­line. « Le ré­cit est ef­fec­ti­ve­ment très fort, d’au­tant plus que le per­son­nage de­meure très énig­ma­tique », ajoute l’au­teur.

L’image est om­ni­pré­sente, au­tour de nous, par la té­lé­vi­sion, le ci­né­ma, la pu­bli­ci­té, les ré­seaux so­ciaux, etc. Nous bai­gnons dans une so­cié­té de l’image. Or, Vi­vian Maier dis­si­mule son tra­vail. Elle n’en a ja­mais fait pu­bli­ci­té. Elle est res­tée anonyme. Et l’ano­ny­mat, ce­la dé­range le siècle de la com­mu­ni­ca­tion. Comme un trou noir ab­sor­bant la lu­mière !

Mais, il ne faut pas se trom­per d’ob­jec­tif, la pièce n’est pas une bio­gra­phie théâ­trale de Vi­vian Maier. Le vé­ri­table en­jeu se si­tue ailleurs. Il s’agit bien da­van­tage de la ten­ta­tive d’in­car­na­tion d’un per­son­nage au théâtre. Ré­flexion qui ob­sède de­puis tou­jours l’art dra­ma­tique.

Ex­plo­sante-fixe

Le dé­fi du spec­tacle re­pose aus­si sur la confron­ta­tion entre la pho­to­gra­phie, un art qui fige le su­jet, et le spec­tacle vi­vant, un art éphé­mère. Com­ment par­ler de la pho­to­gra­phie par les moyens du théâtre ? « En convo­quant le lan­gage et le corps », ré­pond Au­ré­lie. D’où l’in­ter­ven­tion d’un cho­ré­graphe : Thier­ry Thieû Niang. Qui fa­vo­rise une mise en évi­dence du corps même de la co­mé­dienne, comme s’il était tra­ver­sé par toutes les images prises par la pho­to­graphe. Le tra­vail sur le son, réa­li­sé par Guillaume Ve­sin, dé­montre éga­le­ment la pos­si­bi­li­té de réa­li­ser la pho­to­gra­phie so­nore d’un lieu.

Toute la scé­no­gra­phie par­ti­cipe donc de la ten­ta­tive d’in­car­na­tion d’un per­son­nage. Mais, sup­po­sons que la vé­ri­table Vi­vian Maier re­vienne han­ter le pla­teau de théâtre. Pour in­ter­ro­ger la co­mé­dienne sur la lé­gi­ti­mi­té de son in­ter­pré­ta­tion… Quel ren­ver­se­ment du point de vue ! Le spec­ta­teur n’est pas au bout de ses sur­prises !

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