Un an­cien mé­de­cin obli­gé à re­prendre du ser­vice

L'Orne Combattante (SN) - - Entre Bocage Et Suisse Normande - L.L. T.G.

Mar­di, des in­fir­miers et ai­des­soi­gnants de l’éta­blis­se­ment d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées de Cha­nu étaient en grève pour dé­non­cer leurs condi­tions de tra­vail et les condi­tions de vie des ré­si­dents. « Nous sommes constam­ment en ser­vice mi­ni­mum, nous sommes ré­gu­liè­re­ment rap­pe­lés sur nos jour­nées de re­pos pour pal­lier aux nom­breux ar­rêts de tra­vail » ex­plique Co­rinne, in­fir­mière. « Le per­son­nel est épui­sé, nous avons des se­maines à ral­longe de 45 - 47 heures ». Un flux ten­du per­ma­nent qui em­pêche les soi­gnants de ré­cu­pé­rer ces heures sup­plé­men­taires. Des condi­tions de tra­vail dif­fi­ciles qui ont aus­si des in­ci­dences sur les condi­tions de vie des ré­si­dents. « Il faut tout faire vite, nous avons moins de temps pour les toi­lettes par exemple, le rythme est in­fer­nal ». Manque de moyens hu­mains mais aus­si de ma­té­riel : « on n’a pas suf­fi­sam­ment de fau­teuils rou­lants par exemple ».

De­vant ces condi­tions de tra­vail dif­fi­cile, le per­son­nel soi­gnant a sou­hai­té faire en­tendre sa voix au­près de l’agence ré­gio­nale de san­té. « On es­père être en­ten­dus, on es­père aus­si que les gens vont se mo­bi­li­ser, car ce­la nous touche nous, mais aus­si les fa­milles de ma­lades et des ré­si­dents ».

L’ac­cès aux soins dans le bo­cage, ren­du par­fois dif­fi­cile par une démographie mé­di­cale in­adap­tée aux be­soins, a obli­gé un mé­de­cin en re­traite à re­prendre du ser­vice. Pour Gé­rard Meunier, c’est la goutte d’eau qui fait dé­bor­der le vase.

Il y a quelque chose qui ne va pas dans l’ac­cès aux soins des ha­bi­tants de l’Orne. C’est, en tout cas, le pro­pos avan­cé par Gé­rard Meunier, mé­de­cin gé­né­ra­liste à la re­traite, qui a sou­hai­té dé­non­cer une si­tua­tion qu’il es­time in­to­lé­rable.

Ce mé­de­cin, qui a fait toute sa car­rière à Flers avant de tra­vailler dans un Éta­blis­se­ment d’hé­ber­ge­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes (EH­PAD), a vé­cu une si­tua­tion qui l’a pous­sé à por­ter cette ques­tion au grand jour. L’an­cien mé­de­cin ra­conte avoir été contraint de re­prendre du ser­vice pour un pa­tient en dé­tresse : « ven­dre­di 28 oc­tobre, j’étais chez moi dans la Creuse. J’ai re­çu un coup de fil de quel­qu’un qui était en dé­tresse. De­puis un mois, cette per­sonne qui vit à Sainte-Ho­no­rine-laC­har­donne était au lit, avec de la fièvre. Mal­gré un an­ti­bio­tique, il m’a dit avoir été deux fois aux ur­gences, y être res­té trois heures et ne pas avoir été hos­pi­ta­li­sé. J’ai dû re­prendre ma sa­coche de mé­de­cin pour al­ler le voir à son do­mi­cile, di­manche 30 oc­tobre. Je lui ai fait une lettre. Il y est re­tour­né le lun­di. Un in­terne s’est bien oc­cu­pé de lui mais on lui a ré­pon­du qu’il n’y avait pas de lit ».

Par­lant de la si­tua­tion dif­fi­cile des ai­dants fa­mi­liaux, l’an­cien mé­de­cin ex­plique : « C’est un mon­sieur qui ne peut pas mar­cher. On lui dit de ren­trer chez lui. Sa femme est épui­sée de l’ai­der. Il est ren­tré chez lui avec de la fièvre, des an­ti­bio­tiques. Sa femme m’a té­lé­pho­né ».

Pour ce pro­fes­sion­nel, cette anec­dote illustre les pro­blèmes de démographie mé­di­cale que la Nor­man­die et l’Orne ren­contrent. Ce der­nier avance sa propre ex­pli­ca­tion du phé­no­mène : « Cette pé­nu­rie mé­di­cale a été pré­pa­rée de­puis 40 ans. En 1976, un ami mé­de­cin m’a ra­con­té qu’à l’école de san­té de Rennes on lui avait en­sei­gné que la mor­bi­di­té d’une po­pu­la­tion aug­mente avec le nombre de mé­de­cin ». Au­tre­ment dit, ce­la si­gni­fie­rait que « plus il y a de mé­de­cins, plus les gens sont ma­lades ». En somme : plus il y a de ther­mo­mètres, plus il y a de fièvre consta­tée.

À titre plus per­son­nel, Gé­rard Meunier se sou­vient d’un autre exemple : « Avec la baisse du nu­me­rus clau­sus, c’est nor­mal que les mé­de­cins qui partent en re­traite ne trouvent pas de rem­pla­çants. Moi, en 2006, je cher­chais un rem­pla­çant pour m’ab­sen­ter du­rant 4 mois. J’ai trou­vé per­sonne et j’ai donc fer­mé mon ca­bi­net pour conti­nuer à exer­cer à l’hô­pi­tal »

Alors que la ré­gion Nor­man­die parle de ré­or­ga­ni­ser les écoles d’in­fir­miers et d’aides soi­gnants, l’an­cien mé­de­cin se risque à un com­men­taire : « Sous le pré­texte fal­la­cieux qu’il y au­rait trop d’in­fir­miers au chômage, on parle de fer­mer cer­tains centres de for­ma­tion. Mais on ou­blie de dire que les services dans les hô­pi­taux sont en sous-ef­fec­tif ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.