LE PRO­JET DE JEU DE GUY NO­VÈS

Après l’échec de la mé­thode Phi­lippe Saint- An­dré qui a cris­tal­li­sé les cri­tiques pour son manque d’am­bi­tion dans le jeu, Guy No­vès a pris les rênes d’une équipe de France en­core trau­ma­ti­sée par la dé­route su­bie face aux All Blacks en Coupe du monde. En­tr

L'Univers du Rugby - - La Une - Par Paul Pé­rié

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est at­ten­du ! Guy No­vès, in­con­tour­nable ma­na­ger tou­lou­sain pen­dant plus de 20 ans, a un poids énorme sur les épaules après avoir pris les rênes de l’équipe de France. Le fias­co de la der­nière Coupe du monde - dé­faite 62- 13 face aux All Blacks en quarts de fi­nale -, as­so­cié à un jeu res­tric­tif, a don­né lieu à de nom­breuses cri­tiques de la part des spé­cia­listes. Si les ins­tances fé­dé­rales n’ont pas été épar­gnées, c’est prin­ci­pa­le­ment Phi­lippe Saint- An­dré qui a su­bi les foudres des mé­dias et des ob­ser­va­teurs. Au­jourd’hui, Guy No­vès a une mis­sion claire. Ré­con­ci­lier le XV de France avec ses sup­por­ters en leur re­don­nant du plai­sir, sans né­gli­ger les ré­sul­tats. Pas vrai­ment un ca­deau, le rugby tri­co­lore ayant été lais­sé dans un état de dé­so­la­tion ex­trême. Pour au­tant, No­vès n’a pas vou­lu ti­rer sur son pré­dé­ces­seur. « Il y a eu des choses très positives sur les­quelles je vais m’ap­puyer. Et il y a aus­si eu du né­ga­tif. Tout le monde l’a vu mais nous ne par­ti­rons pas de zé­ro. »

Un staff ré­duit

Pour re­le­ver ce dé­fi, le nou­veau sé­lec­tion­neur a choi­si de s’en­tou­rer d’hommes de confiance. Par­mi eux, Yan­nick Bru conserve la res­pon­sa­bi­li­té des avants, qu’il avait dé­jà sous « PSA » . Une dé­ci­sion qui n’a pas man­qué de faire ré­agir sa­chant que le pack fran­çais était loin d’être sou­ve­rain lors de la der­nière Coupe du monde. Pour Guy No­vès, ce­pen­dant, c’était presque une évi­dence. « C’est un gar­çon que je connais de­puis long­temps. Nous avons eu la chance de tra­vailler en­semble pen­dant cinq ans, je connais ses qua­li­tés et sa com­pé­tence. Sa pré­sence est im­por­tante. Je vou­lais faire bé­né­fi­cier le groupe de son ex­pé­rience en équipe de France car nous avons très peu de temps pour tra­vailler » , a- t- il ex­pli­qué lors

de sa pre­mière confé­rence de presse, en no­vembre der­nier. Au cré­dit de l’an­cien tech­ni­cien tou­lou­sain, l’émer­gence de jeunes joueurs comme Ed­dy Ben Arous, Ra­bah Sli­ma­ni ou Yoann Maes­tri. Il semble mal­gré tout éton­nant que Yan­nick Bru ne paie pas, comme Phi­lippe Saint- An­dré ou Pa­trice La­gis­quet, les mau­vais ré­sul­tats de l’équipe de France. « Pen­dant 4 ans, j’ai trou­vé que la conquête était au ren­dez- vous. Sauf sur le der­nier match mais il était par­ti­cu­lier » , a ajou­té Guy No­vès pour dé­fendre son an­cien ad­joint chez les Rouges et Noirs. Au ni­veau des trois- quarts, No­vès a, là aus­si, dé­ci­dé de s’ap­puyer sur un homme qu’il connaît : Jeff Dubois. An­cien ou­vreur du Stade Tou­lou­sain, ce der­nier était l’en­traî­neur des ar­rières du Stade Fran­çais de­puis 2013. « Je connais sa phi­lo­so­phie de jeu. Nous avons be­soin de quel­qu’un de com­plé­men­taire avec Yan­nick Bru, sur­tout au ni­veau de l’état d’es­prit. Il a une cer­taine ex­pé­rience. C’est un grand bos­seur qui a su se construire tout seul » , a ex­pli­qué le nou­veau pa­tron des Bleus lors de la pré­sen­ta­tion de son staff. Aux cô­tés de ces deux hommes, Guy No­vès a re­con­duit le pré­pa­ra­teur phy­sique Ju­lien Deloire, qu’il es­time « in­dis­pen­sable » . L’an­cien en­traî­neur des ar­rières de l’équipe de France des moins de 20 ans, Gé­rald Bas­tide, in­tègre cette équipe avec la res­pon­sa­bi­li­té de la dé­fense. « C’est quel­qu’un qui tra­vaille à la Fé­dé­ra­tion, à Mar­cous­sis. C’est im­por­tant d’avoir un ma­riage de gens ve­nant de l’ex­té­rieur, des clubs, et d’autres ve­nant de l’in­té­rieur, de la Fé­dé. Je l’ai re­çu, on a dé­bat­tu. Sa dé­si­gna­tion a ob­te­nu l’ap­pro­ba­tion de Jeff et Yan­nick. Il nous re­joint pour com­plé­ter le trio tech­nique. » Un staff qui « pour­ra évo­luer par la suite. Dans l’im­mé­diat, il est im­por­tant d’avoir un staff ré­duit avec un nombre d’in­ter­ve­nants mi­ni­mum pour avoir un rap­port di­rect avec les joueurs. On ver­ra plus tard s’il est né­ces­saire de prendre plus de monde. »

Un nou­veau pro­jet de jeu

Si Guy No­vès a choi­si ces hommes, c’est qu’ils collent au pro­jet de jeu qu’il veut dé­ve­lop­per. Réa­liste, il as­sure aus­si ne pas être Zorro. Il sou­haite sim­ple­ment « don­ner en­vie aux gosses de prendre un bal­lon et d’al­ler jouer au rugby après avoir vu un match de l’équipe de France. Le rôle d’un joueur de l’équipe de France n’est pas tant de prendre du plai­sir que d’en don­ner. » Pour ce­la, le nou­veau sé­lec­tion­neur sou­haite pro­po­ser un jeu de mou­ve­ment, plus spec­ta­cu­laire. « L’or­ga­ni­sa­tion dé­fen­sive m’a plu. Of­fen­si­ve­ment, on a des édu­ca­tions dif­fé­rentes et on va tra­vailler des­sus, jus­ti­fiait- il, di­plo­mate, au su­jet du bi­lan de Phi­lippe Saint- An­dré. Pour ga­gner, il faut avoir le bal­lon et par­fois dé­fendre. Si on doit rendre le bal­lon à l’ad­ver­saire, il faut sa­voir en ti­rer pro­fit. » Cette am­bi­tion a fait l’ob­jet de plu­sieurs com­men­taires. No­tam­ment ce­lui de l’an­cien sé­lec­tion­neur Marc Liè­vre­mont, fi­na­liste de la Coupe du monde en Nou­velle- Zé­lande en 2011. « On es­père que le jeu à la tou­lou­saine va prendre le re­lais. Rap­pe­lons quand même que le der­nier titre de Tou­louse date de 2012 et qu’il s’était construit au­tour d’une mê­lée sym­bo­li­sée par un pi­lier droit sa­moan, un pi­lier gauche sud- afri­cain et un ar­tilleur néo- zé­lan­dais… Il y a trois ans, l’équipe de Guy No­vès avait rem­por­té la fi­nale du Top 14 face à Tou­lon 18- 12. Six pé­na­li­tés, au­cun es­sai… » Maxime Mer­moz, ou­blié par « PSA » et lais­sé de cô­té, pour l’ins­tant, par Guy No­vès, dé­cla­rait après la Coupe du monde : « Pen­dant quatre ans, le mot « Com­bat » est re­ve­nu en per­ma­nence. Mais c’est sur­tout l’in­tel­li­gence qui te fait dé­blo­quer des si­tua­tions. Parce qu’au­jourd’hui, tout le monde est bien pré­pa­ré phy­si­que­ment. Donc, ce qui compte, c’est la lec­ture du jeu et la réa­li­sa­tion. Ce que les gens ap­pellent le « french flair » , c’est ten­ter des choses, jouer. Alors que là, les Bleus es­sayaient de tout cal­cu­ler. » Une phi­lo­so­phie pas très éloi­gnée de celle que sou­haite ap­pli­quer son an­cien ma­na­ger à Tou­louse.

Des choix forts chez les joueurs

Pour ali­men­ter cette en­vie de pro­duire du jeu, Guy No­vès a dû éga­le­ment re­nou­ve­ler une bonne par­tie du groupe France. Thier­ry Du­sau­toir, ca­pi­taine em­blé­ma­tique et lea­der par l’exemple de­puis de nom­breuses an­nées, a dé­ci­dé de rac­cro­cher les cram­pons, de même que d’autres cadres tels que Ni­co­las Mas et Pas­cal Pa­pé. La succes-

Si Guy No­vès a choi­si ces hommes, c’est qu’ils collent au pro­jet de jeu qu’il veut dé­ve­lop­per. Réa­liste, il as­sure aus­si ne pas être Zorro

sion du « Black Des­troyer » ne se­ra pas une tâche ai­sée. Pour as­su­rer ce rôle, c’est le Tou­lon­nais Guil­hem Gui­ra­do qui a eu les fa­veurs du nou­veau sé­lec­tion­neur, même si le nom de Yoann Maes­tri, son an­cien joueur à Tou­louse, re­ve­nait ré­gu­liè­re­ment comme pos­sible ca­pi­taine. Une an­nonce faite lors du pre­mier ras­sem­ble­ment des in­ter­na­tio­naux à Mar­cous­sis. « J’ai of­fi­cia­li­sé son ca­pi­ta­nat lun­di en fin d’après- mi­di, juste avant de se quit­ter, a ex­pli­qué Guy No­vès à « L’Equipe » . J’avais re­cueilli des in­for­ma­tions sur son in­ves­tis­se­ment à Per­pi­gnan. On l’a choi­si sur des cri­tères ob­jec­tifs. C’est la bonne per­sonne au bon mo­ment. » Lors des deux stages d’avant- Tour­noi, le nou­veau pa­tron du XV de France a pré­sen­té, de ma­nière glo­bale, son pro­jet de jeu avant de s’at­tar­der da­van­tage sur le jeu de ligne et la dé­fense. Il a par ailleurs mul­ti­plié les en­tre­tiens in­di­vi­duels avec plu­sieurs joueurs. Au- de­là du ca­pi­ta­nat, le sé­lec­tion­neur a fait des choix forts. Il a re­te­nu des gar­çons qui peuvent s’adap­ter au pro­gramme an­non­cé, avec da­van­tage de conti­nui­té et de mou­ve­ment. « Je ne me pose pas la ques­tion de sa­voir si nous avons les joueurs pour y ar­ri­ver, com­men­tait No­vès. Si je ne le croyais pas, je n’au­rais pas pos­tu­lé. Nous al­lons choi­sir des gars qui cor­res­pondent au style de jeu que nous vou­lons mettre en place. » De­vant, il a ain­si fait le choix de jeunes joueurs dy­na­miques, ca­pables d’ap­por­ter dans le jeu comme dans le com­bat, à l’image de Jef­fer­son Poi­rot, Ca­mille Chat, Paul Je­dra­siak ou en­core Ya­cou­ba Ca­ma­ra. A l’ou­ver­ture, Fran­çois Trinh- Duc et Jules Plis­son, deux joueurs qui aiment at­ta­quer la ligne et qui pré­fèrent le jeu por­té vers l’of­fen­sive, ont été plé­bis­ci­tés ( le pre­mier était bles­sé). Exit Fré­dé­ric Mi­cha­lak, qui a an­non­cé sa re­traite, et Ré­mi Ta­lès. Le choix de Sé­bas­tien Bé­zy à la mê­lée s’ins­crit dans la même lo­gique. Dans les lignes ar­rières, Bon­ne­val, Fall et Mé­dard illus­trent eux aus­si la vo­lon­té du nou­veau staff. Mais ce qui a mar­qué tous les ob­ser­va­teurs, c’est l’ab­sence de Ma­thieu Bas­ta­reaud dans le pre­mier groupe re­te­nu par Guy No­vès. « C’est un joueur dont on connaît le po­ten­tiel. Sa non- convo­ca­tion ne si­gni­fie pas qu’il est com­plè­te­ment à l’écart, pré­ci­sait le sé­lec­tion­neur. Sim­ple­ment et je dis ça en toute hu­mi­li­té, nous avons l’in­ten­tion de pra­ti­quer un rugby dif­fé­rent de ce­lui vu ces der­nières an­nées. Après, Ma­thieu est aus­si ca­pable de faire évo­luer son jeu. »

Guy No­vès n’a pas pro­mis de mi­racles, conscient des diff icul­tés qui l’at­tendent. Sa seule prio­ri­té semble être de créer une iden­ti­té

Ces dé­cla­ra­tions ont fait bon­dir son en­traî­neur à Tou­lon, Ber­nard La­porte, par ailleurs can­di­dat à la pré­si­dence de la Fé­dé­ra­tion. « Je ne peux pas ac­cep­ter ça… On va jouer et Ma­thieu Bas­ta­reaud ne sau­rait pas jouer ?, s’est em­por­té l’an­cien sé­lec­tion­neur sur la ra­dio RMC, dans le « Mos­ca­to Show » . Marc Liè­vre­mont de­vait lui aus­si ré­vo­lu­tion­ner le jeu quand il a pris l’équipe de France et ils n’ont ja­mais fait trois passes en sui­vant… » Lors­qu’on lui parle de jeu spec­ta­cu laire, il en pro­fite pour ta­cler Guy No­vès. « Spec­ta­cu­laire, je ne sais pas ce que ça veut dire. Un peu comme ces cinq der­nières an­nées au Stade Tou­lou­sain ? » , a- t- il raillé avant d’ap­pe­ler le nou­veau sé­lec­tion­neur à faire preuve de dis­cer­ne­ment.

« Ne pas don­ner de faux espoirs »

Guy No­vès n’a pour­tant pas pro­mis de mi­racles, conscient des dif­fi­cul­tés qui l’at­tendent. Sa seule prio­ri­té semble de créer une iden­ti­té. Sans par­ler d’ob­jec­tifs à long terme, « pour ne pas don­ner de faux espoirs » . Il de­vra dé­jà faire face aux in­co­hé­rences du ca­len­drier qu’il a si sou­vent com­bat­tues en tant que ma­na­ger du Stade Tou­lou­sain. « Nous sa­vons que nous n’au­rons les joueurs que quelques jours avant le pre­mier match. Nous es­sayons de les avoir un peu en avance pour leur ex­pli­quer le pro­jet de jeu. Mais je connais­sais les contraintes avant de prendre le poste. » C’est aus­si pour ce­la que No­vès veut des joueurs com­plè­te­ment im­pli­qués dans l’aven­ture. « Quand ils viennent nous re­joindre et qu’ils mé­ritent de por­ter le maillot de l’équipe de France, ils doivent être en mis­sion. Ils re­pré­sentent un peuple, un pays. Ils doivent avoir un com­por­te­ment irréprochable. » La vi­sion de Guy No­vès pour­rait te­nir dans ces pro­pos te­nus lors de sa pre­mière confé­rence de presse en no­vembre. « Je ne cherche pas des re­mèdes mais à com­men­cer au mieux, dès le pre­mier match. On va prendre les ren­contres une à une et ne pas don­ner un ré­sul­tat à l’avance. Je ne veux pas trom­per les gens. D’abord, le Tour­noi des VI Na­tions. Puis on pren­dra les échéances les unes après les autres. » Ce pre­mier ren­dez- vous se­ra quoi qu’il en soit un test in­té­res­sant. Il per­met­tra de ti­rer un pre­mier bi­lan, aus­si bien en termes de jeu que de per­for­mances.

Image vo­lée du pre­mier stage.

Guy No­vès avec ses ad­joints.

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