Un vent de fraî­cheur sOuFflE sur les Bleus

L'Univers du Rugby - - France - PAR FRED LESMAYOUX

Forte d’une tour­née d’au­tomne en­cou­ra­geante sur le plan du jeu, l’équipe de France es­père va­li­der sa pro­gres­sion en ob­te­nant des ré­sul­tats po­si­tifs dans le Tour­noi. Mal­gré une cas­cade de for­faits et les sé­lec­tions sur­prises de quelques no­vices, les Bleus veulent vo­guer en pro­fi­tant d’un vent de fraî­cheur.

Si vous croyez à la nu­mé­ro­lo­gie, vous pou­vez vous mon­trer pes­si­miste en ap­pli­quant la règle des an­nées im­paires qui veut que l’équipe de France se dé­place trois fois ou, au contraire, je­ter un oeil au pal­ma­rès qui in­dique que de­puis 1967, les an­nées en sept ont vu la vic­toire des Bleus dans le Tour­noi. A vrai dire, là n’est pas le plus im­por­tant. Con­cen­trons- nous plu­tôt sur le jeu, comme tente de le faire Guy No­vès de­puis son ar­ri­vée à la tête de la sé­lec­tion au sor­tir du der­nier Mon­dial en An­gle­terre. Il y a du mieux et la tour­née d’au­tomne l’a prou­vé. Seule­ment, les vic­toires ne viennent pas ré­com­pen­ser l’en­thou­siasme de cette équipe re­nou­ve­lée et c’est bien l’ob­jec­tif du Tour­noi 2017. Ber­nard La­porte, nou­veau pré­sident de la Fé­dé­ra­tion, a fixé pour mis­sion l’ho­ri­zon 2019 ( Coupe du monde) mais il ne veut pas - et le mot est bien gen­til - gal­vau­der les com­pé­ti­tions qui se pré­sen­te­ront avant la grande fête du rug­by au Ja­pon. No­vès est pré­ve­nu, ses joueurs aus­si, d’où l’im­por­tance de ce Tour­noi. « L’ob­jec­tif de l’équipe de France, c’est de ga­gner, ap­puie Ber­nard La­porte. Après, il n’y a pas d’ul­ti­ma­tum pour ce groupe. Si on ne gagne pas le Tour­noi 2017, on ne va pas dire : « C’est ter­mi­né. » Ce que je veux, c’est qu’on conti­nue sur ce qui s’est pas­sé de­puis l’au­tomne. Ef­fec­ti­ve­ment, il faut re­ga­gner des matches. L’équipe de France doit ga­gner. Oui, il faut ga­gner des Tour­nois aus­si. La Coupe du monde étant la fi­na­li­té, l’abou­tis­se­ment d’un cycle. » Mal­gré l’exis­tence d’une liste Elite de trente joueurs et une tour­née de no­vembre plu­tôt en­cou­ra­geante sur le plan du jeu, Guy No­vès conti­nue de pio­cher dans le vi­vier fran­çais. Il l’a tou­jours sou­hai­té et appliqué mais il n’a, par­fois, plus le choix ! Les bles­sures, mal­heu­reu­se­ment ( Flan­quart, Le Roux, Poi­rot, Trinh- Duc, Ol­li­von, Lau­ret puis Ben Arous, Fo­fa­na, Cha­van­cy, La­ka­fia et en­core Chat), l’y obligent. No­vès choi­sit aus­si sur « la forme du mo­ment » . Ba­ro­mètre ô com­bien pré­cieux pour tran­cher les di­lemmes dé­li­cats. Elle a coû­té une place à des membres de la fa­meuse liste Elite ( Bé­zy, Je­dra­siak, Mé­dard, Mer­moz, Plis­son) ou à des ap­pe­lés de no­vembre ( Ric, Du­lin, Gal­le­tier). Et pro­fite donc à un qua­tuor com­po­sé de trois non- ca­pés ( Bou­ghan­mi, San­con­nie, Pa­lis) et un joueur qui n’avait plus por­té le maillot bleu de­puis plus de sept ans ( Da­vid). Guy No­vès et son staff ont in­no­vé en cou­chant sur leur liste les noms du pi­lier Mo­ha­med Bou­ghan­mi et du nu­mé­ro 8 Fa­bien San­con­nie. Le droi­tier de La Ro­chelle vient confir­mer que le club cha­ren­tais est de­ve­nu un four­nis­seur d’in­ter­na­tio­naux de pre­mier plan ( Ato­nio, Gourdon…). Sur­pre­nants 2es du Top 14, les Ma­ri­times pro­posent un jeu d’at­taque flam­boyant et ils sont re­dou­tables de puis­sance de­vant. Bou­ghan­mi, do­té d’un phy­sique mons­trueux, est ar­ri­vé à La Ro­chelle cette an­née, après une sai­son qua­si­ment vierge à Tou­lon ( 6 matches). De son cô­té, Fa­bien San­con­nie, troi­sième ligne centre de Brive, pro­fite de la bles­sure de Charles Ol­li­von pour être convo­qué à seule­ment 21 ans. Ce­lui qui vient ren­for­cer une troi­sième ligne com­po­sée uni­que­ment de nu­mé­ros 8 a dis­pu­té 15 matches avec le CAB cette sai­son, pour 11 ti­tu­la­ri­sa­tions. « 90% de l’ef­fec­tif en place » Une ré­vé­la­tion cler­mon­toise en rem­place une autre. Le deuxième ligne Ar­thur Itur­ria ( 22 ans), très en vue de­puis le dé­but du cham­pion­nat 2016- 17 avec les Jau­nards, a été re­te­nu par Guy No­vès plu­tôt que son co­équi­pier en Au­vergne Paul Je­dra­siak, qui avait été lan­cé dans le grand bain in­ter­na­tio­nal à l’oc­ca­sion du der­nier Tour­noi. A no­ter qu’Itur­ria avait été ap­pe­lé en no­vembre mais n’avait pas fi­gu­ré sur une feuille de match. Son nom re­ve­nait avec in­sis-

tance de­puis plu­sieurs mois. Geof­frey Pa­lis va de­voir convaincre sous le maillot tri­co­lore. Il a été pré­fé­ré à deux ré­fé­rences du poste, in­ter­na­tio­naux confir­més, le Ra­cing­man Brice Du­lin et le Tou­lou­sain Maxime Mé­dard. Pa­lis ar­rive dans un rôle de dou­blure de Scott Sped­ding, choix nu­mé­ro 1 au poste d’ar­rière. Le joueur de Castres n’avait pas pu connaître sa pre­mière sé­lec­tion en Ar­gen­tine en rai­son d’une bles­sure de der­nière mi­nute avant le pre­mier test. « 90% de l’ef­fec­tif est en place. Pour les 10% qui res­tent, il faut ab­so­lu­ment voir des joueurs ca­pables de rendre des ser­vices à l’équipe de France, an­ti­ci­per un peu l’ave­nir, si ja­mais les autres ont des pé­pins, ex­plique Guy No­vès. J’ai eu une dis­cus­sion avec Ber­nard La­porte, il n’y a ab­so­lu­ment au­cun ob­jec­tif de ré­sul­tats. On a dé­ci­dé de tra­vailler en­semble jus­qu’à la Coupe du monde 2019. L’image de l’équipe de France est de nou­veau très po­si­tive. Mon prin­ci­pal ob­jec­tif, c’est de ne pas dé­ce­voir sur le ter­rain. Bien sûr, en point de mire, il y a les meilleurs ré­sul­tats pos­sibles. Du­rant ce Tour­noi des VI Na­tions, on va es­sayer de se rap­pro­cher des meilleurs. D’al­ler les titiller. Et pour­quoi pas de les battre de temps en temps… » , ajoute l’an­cien ma­na­ger du Stade Tou­lou­sain. In­cor­po­rer des jeunes au noyau dur des Bleus Un en­traî­neur fi­dèle à sa ligne de conduite et qui veut des joueurs jeunes pour les in­cor­po­rer très vite au noyau dur des Bleus. L’ex­pé­rience avait été payante lors de la tour­née en Ar­gen­tine l’an pas­sé et si cer­tains ne dis­pu­te­ront pas le Tour­noi, ils au­ront au moins goû­té à Mar­cous­sis. No­vès n’étant pas à un contre- pied près, comme du temps de sa splen­deur en ai­lier, quelques re­ve­nants au­ront la fier­té de por­ter haut le coq sur le coeur. Yann Da­vid et Ma­thieu Bas­ta­reaud, tous deux centres ( le se­cond a été convo­qué en der­nière mi­nute), sont de re­tour, con­trai­re­ment à Mer­moz, Par­ra, Plis­son, Du­lin, Bé­zy et Mé­dard. Sur la forme du mo­ment, Bas­ta­reaud était at­ten­du pour sa pre­mière avec No­vès. Il a fal­lu que Fo­fa­na et Cha­van­cy se blessent pour le re­voir en Bleu, après la lourde dé­faite en quarts de fi­nale de la Coupe du monde 2015 contre les All Blacks. Da­vid, lui- même sur­pris par sa sé­lec­tion, entre beau­coup plus dans le pro­fil « unique » du centre que re­cherche Guy No­vès. « J’ai confiance en lui, no­tam­ment en termes d’état d’es­prit, un cri­tère de sé­lec­tion car on ne veut pas de bre­bis ga­leuse dans le groupe, ex­plique le sé­lec­tion- neur. C’est un su­per mec, un co­équi­pier mo­dèle, très dur sur le ter­rain, où il peut lais­ser la peau. Trans­per­cer des dé­fenses, jouer de­bout après lui, c’est ce qui nous in­té­resse, nous sé­duit. C’est un gar­çon per­cu­tant der­rière le­quel on peut jouer car il est édu­qué comme ça de­puis des an­nées. » Cette équipe de France est plai­sante. Le jeu pro­po­sé as­sure le spec­tacle, à dé­faut d’im­po­ser une ef­fi­ca­ci­té to­tale, et la place est faite aux jeunes. L’image est po­si­tive mais ce vent de fraî­cheur ne peut être ré­con­for­tant que si le so­leil en­tre­vu en au­tomne conti­nue de briller au sor­tir de l’hi­ver. « Ce vent de fraî­cheur, on le fait quand même souf­fler de­puis plu­sieurs mois, conclut No­vès. Ce n’est pas tout à fait nou­veau. On a fait en sorte de don­ner la ca­pa­ci­té à cer­tains joueurs, par­fois in­con­nus, de nous re­joindre, de mon­trer un peu ce qu’ils sont ca­pables de faire. On est plus dans les ajus­te­ments, dans une cer­taine fi­na­li­té d’un pro­jet de jeu qui est main­te­nant ins­tal­lé. »

« L’OB­JEC­TIF, C’EST DE SE RAP­PRO­CHER LE PLUS POS­SIBLE DES MEILLEURS, D’AL­LER LES TITILLER ET POUR­QUOI PAS DE LES BATTRE DE TEMPS EN TEMPS » GUY NO­VÈS

Ui­ni ATO­NIO

Louis PICAMOLES

Vi­ri­mi VA­KA­TA­WA et Ré­mi LA­ME­RAT

Ca­mille LO­PEZ

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