KE­VIN GOURDON ARDÉCHOIS COEUR FI­DÈLE

A chaque match de l’équipe de France, il s’af­firme un peu plus comme l’un des joueurs sur les­quels Guy No­vès peut s’ap­puyer. So­lide à l’im­pact, mo­bile, adroit, in­tel­li­gent, Ke­vin Gourdon s’est im­po­sé au sein d’une troi­sième ligne tri­co­lore aty­pique com­pos

L'Univers du Rugby - - France -

Il fait par­tie de la gé­né­ra­tion do­rée des es­poirs cler­mon­tois. Sous les cou­leurs de l’ASM, Ke­vin Gourdon avait été sa­cré cham­pion de France en 2011 et 2012 avec des joueurs comme Lu­do­vic Ra­do­savl­je­vic, Ra­phaël Chaume, Noa Na­kai­ta­ci, Jean- Mar­cel­lin But­tin, Loann Gou­jon ou en­core William De­motte. Comme beau­coup d’entre eux, il avait choi­si de quit­ter l’Au­vergne, faute de temps de jeu. Et au­jourd’hui, c’est avec le maillot du Stade Ro­che­lais qu’il écla­bousse le Top 14 de son ta­lent. L’an der­nier, à la même époque, Ke­vin fai­sait ré­gu­liè­re­ment par­tie du groupe des 30 pour pré­pa­rer le Tour­noi mais il n’avait pas eu droit à la moindre mi­nute. Une dé­cep­tion, sans doute, pour le joueur de La Ro­chelle qui mé­ri­tait, pour de nom­breux ob­ser­va­teurs, d’être tes­té au ni­veau in­ter­na­tio­nal. Sa chance, il l’a fi­na­le­ment eue quelques mois plus tard. C’était face à l’Ar­gen­tine, lors de la tour­née de juin. Avec un groupe ra­jeu­ni, l’équipe de France a si­gné des per­for­mances en­cou­ra­geantes et la troi­sième ligne tes­tée par Guy No­vès s’est ré­vé­lée convain­cante. Aux cô­tés de Louis Picamoles et de son pote Loann Gou­jon, Gourdon dé­montre que sa sé­lec­tion ne doit rien au ha­sard. « Quand on m’a don­né ma chance en Ar­gen­tine, j’ai es­sayé de la sai­sir, confiait- il au « Fi­ga­ro » avant les tests de no­vembre. J’ai dé­cou­vert, là- bas, ce qu’était un match in­ter­na­tio­nal. Ça va plus vite, ça tape plus fort. On se rend compte qu’il y a un pa­lier à fran­chir pour être per­for­mant à ce ni­veau- là. »

Col­la­zo : « Un joueur hy­bride, entre avants et trois- quarts »

Un pa­lier qu’il a fran­chi al­lè­gre­ment, fai­sant taire, au pas­sage, cer­tains de ses dé­trac­teurs qui poin­taient un phy­sique trop lé­ger ( 1,85 m, 105 kg) pour briller dans un tel contexte. Le pro­fil de l’Ardéchois est en ef­fet aty­pique. Il n’est pas vrai­ment grat­teur et pas vrai­ment sau­teur. Il se­rait éga­le­ment ré­duc­teur de le clas­ser dans la ca­té­go­rie des troi­sièmes lignes cou­reurs. Ce­lui qui confie ai­mer « se po­si­tion­ner dans la ligne pour créer le sur­nombre » est en fait un joueur ex­trê­me­ment com­plet. Ex­cellent bal­lon en main, il pos­sède une ca­pa­ci­té à cas­ser les pla­quages qui consti­tue un atout in­dé­niable pour faire avan­cer une équipe. Son at­ti­tude au contact, sa pro­pen­sion à jouer d’abord l’évi­te­ment, plu­tôt que l’af­fron­te­ment, et ses qua­li­tés tech­niques en font un rug­by­man rare, par­fai­te­ment en phase avec la vo­lon­té de Guy No­vès de pro­duire du jeu. Pour Pa­trice Col­la­zo, qui lui a fait confiance en le fai­sant si­gner à La Ro­chelle, « Gourdon fait par­tie de ces joueurs un peu hy­brides, entre avants et trois- quarts » . Un pro­fil per­met­tant d’as­su­rer une cer­taine conti­nui­té, en termes de jeu, au sein du XV de France. Mais Ke­vin, ini­tié au rug­by à La Voulte, ne se dis­tingue pas qu’en at­taque. Le troi­sième ligne centre, ca­pable d’évo­luer en 7, comme chez les Bleus, est éga­le­ment un re­dou­table pla­queur. Au­jourd’hui, c’est lui qui porte haut les cou­leurs de ce club my­thique, cham­pion de France en 1970 contre Cler­mont ( 3- 0) avec les frères Cam­be­ra­be­ro no­tam­ment.

La pres­sion ? Connaît pas !

L’un des as­pects qui étonnent le plus lors­qu’on écoute Ke­vin Gourdon, c’est l’as­su­rance qu’il dé­gage. Une sorte de sé­ré­ni­té ul­time chez ce­lui qui a dé­jà connu pas mal de choses et que rien ne semble at­teindre. Avant les tests de no­vembre, il dé­cla­rait ain­si : « La pres­sion, ça n’ap­porte pas grand- chose. En tout cas, moi, je ne fonc­tionne pas comme ça. Je ne suis pas très fan. Je consi­dère qu’on m’offre une op­por­tu­ni­té et que c’est à moi de l’ex­ploi­ter. » A 27 ans, le Ro­che­lais n’est plus un pe­tit jeune et ces dif­fé­rentes ex­pé­riences l’ont for­gé. Mal­gré son sta­tut de grand es­poir du rug­by cler­mon­tois, il n’avait pas eu sa chance à l’étage su­pé­rieur. Il avait donc choi­si La Ro­chelle en 2012, alors que le club évo­luait en Pro D2. Cet ap­pren­tis­sage dans un cham­pion­nat rude l’a ai­dé à gran­dir et il est au­jourd’hui l’une des pièces maî­tresses des Ma­ri­times. Trois fois ti­tu­laire lors des tests de no­vembre, face aux Sa­moa, à l’Aus­tra­lie et à La Nou­velle- Zé­lande, Gourdon s’est fait une place en équipe de France. La for­mule avec trois nu­mé­ros 8 de for­ma­tion plaît à Guy No­vès qui n’a pas ca­ché, à l’is­sue de la tour­née, que le Ro­che­lais avait mar­qué des points. Beau­coup de points. « Je suis en ad­mi­ra­tion de­vant sa ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion et son in­tel­li­gence de jeu. Je sais que les joueurs les moins cos­tauds sont les plus in­tel­li­gents sur le ter­rain. C’est lo­gique, ils se sont dé­ve­lop­pés en s’ap­puyant sur leur ca­pa­ci­té à com­prendre ce qui se passe. Le muscle le plus im­por­tant chez eux, c’est la tête. Je sa­vais Ke­vin brillant dans cer­tains sec­teurs mais pour ré­pondre aux contraintes du ni­veau in­ter­na­tio­nal, il fal­lait qu’il af­fiche aus­si des ca­pa­ci­tés de joueur de rug­by ba­sique, de com­bat­tant. Qu’il ex­prime un peu plus ce tem­pé­ra­ment, qui n’est pas sa pre­mière qua­li­té. Je vou­lais qu’il re­lève le dé­fi phy­sique im­po­sé par les All Blacks. Il l’a fait tout en conser­vant cette dose d’in­tel­li­gence, de fi­nesse tech­nique. C’est quel­qu’un qui se construit un bel ave­nir avec nous. » Tout est dit !

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