JON­NY MAY

L’INTERMITTENT DU SPEC­TACLE

L'Univers du Rugby - - Angleterre -

Dans la ligne ar­rière an­glaise, il est peut- être le joueur le moins mé­dia­tique. Der­rière Ben Youngs, George Ford, Owen Far­rell, Mike Brown ou en­core Jo­na­than Jo­seph, l’ai­lier de Glou­ces­ter Jon­ny May peine à se faire un nom. Il n’en est pas moins l’un des élé­ments in­con­tour­nables du XV de la Rose. Sans sa grave bles­sure au ge­nou fin 2015, ce gar­çon au­jourd’hui âgé de 26 ans comp­te­rait bien plus que 22 sé­lec­tions. Lan­cé dans le grand bain par Stuart Lan­cas­ter en 2013, à l’oc­ca­sion d’une tour­née d’été en Ar­gen­tine, Jon­ny May est rap­pe­lé pour le Tour­noi 2014. Il est ti­tu­laire lors des cinq ren­contres. Ab­sent pour la tour­née d’été, il signe son re­tour lors des tests de no­vembre la même an­née et ins­crit un ma­gni­fique es­sai contre les All Blacks. Un ex­ploit qui fait le tour des ré­seaux so­ciaux et dé­montre les qua­li­tés de vi­tesse et de per­cus­sion du joueur des Cher­ry and white. Mais un ex­ploit trop rare pour un ai­lier au phy­sique so­lide ( 1,88 m, 90 kg) à qui l’on re­proche sou­vent de jouer de ma­nière trop la­té­rale et de ne pas as­sez mordre la ligne d’avan­tage. Mis à l’écart du­rant le Tour­noi 2015, Jon­ny May se re­met en ques­tion pour re­ga­gner sa place de ti­tu­laire à l’aile, pour le Mon­dial or­ga­ni­sé par l’An­gle­terre. « J’étais très, très dé­çu d’être écar­té. J’ai été très dur en­vers moi- même. Et là, tu as deux op­tions : soit tu t’api­toies sur ton sort, soit tu te bouges et tu es­saies de re­ve­nir. » L’ai­lier choi­sit la deuxième op­tion et tra­vaille d’ar­rache- pied avec l’an­cien sprin­teur Mar­lon De­vo­nish. Cham­pion olym­pique du 4x100 m, avec le re­lais bri­tan­nique, en 2004 à Athènes, l’ath­lète est en charge de la vi­tesse pour le club de Glou­ces­ter. « Jon­ny a une men­ta­li­té de ga­gnant. Il peut sans au­cun doute être une arme im­por­tante pour l’An­gle­terre dans la com­pé­ti­tion » , dé­clare l’an­cien cham­pion à quelques se­maines de la Coupe du monde. Le sé­lec­tion­neur Stuart Lan­cas­ter est con­vain­cu par ses per­for­mances face à l’Ir­lande et la France en pré­pa­ra­tion du Mon­dial et par ses ré­sul­tats lors du camp d’en­traî­ne­ment. May est donc de la dé­bâcle à do­mi­cile en Coupe du monde. Maigres conso­la­tions : un titre d’homme du match lors de la pre­mière ren­contre face aux Fid­ji et un es­sai dans la dé­faite face au pays de Galles.

Sa bles­sure ? Un mal pour un bien Cette ter­rible dés­illu­sion est sui­vie d’une grosse bles­sure, alors que l’ai­lier de Glou­ces­ter était en grande forme. Une rup­ture des li­ga­ments croi­sés du ge­nou gauche l’oblige à mettre un terme à sa sai­son. Pour Da­vid Hum­preys, di­rec­teur du rug­by des Cher­ry and white, c’est « un coup dur » mais il se montre op­ti­miste : « Jon­ny a mon­tré par le pas­sé que lors­qu’il était bles­sé, il tra­vaillait dur et je n’ai au­cun doute sur le fait qu’il re­vien­dra en forme et qu’il brille­ra à nou­veau sous les cou­leurs de Glou­ces­ter. » S’il est pri­vé du Grand Che­lem et de la tour­née vic­to­rieuse en Aus­tra­lie, Jon­ny May est sui­vi de près par le nou­veau sé­lec­tion­neur, Ed­die Jones, qui compte sur lui. « Je n’avais ja­mais tra­vaillé avec Ed­die ni par­lé avec lui mais au cours de ma ré­édu­ca­tion, il m’a ap­pe­lé ou m’a en­voyé un mes­sage pour sa­voir comment j’al­lais. » Un sé­rieux boost pour la confiance du joueur qui met tout en oeuvre afin de prou­ver qu’on a rai­son de comp­ter sur lui. Au point de tra­ver­ser l’At­lan­tique pour suivre une ré­édu­ca­tion spé­cia­li­sée dans le centre de per­for­mance de Mi­chael John­son, à Hous­ton. « Avant ma bles­sure, l’état de mon ge­nou s’ag­gra­vait mais j’es­sayais de l’igno­rer. Main­te­nant, au moins, j’ai un ge­nou en bon état. C’est dé­fi­ni­ti­ve­ment une bonne chose d’avoir su­bi cette opé­ra­tion pour le reste de ma car­rière » , dé­cla­rait- il cet au­tomne. Des ef­forts qui ont payé puisque Jon­ny May a été ap­pe­lé pour la pre­mière fois par le coach aus­tra­lien pour les tests de no­vembre. Il a mar­qué dès le pre­mier test et la vic­toire contre l’Afrique du Sud avant de ré­ci­di­ver contre l’Ar­gen­tine deux se­maines plus tard. De quoi confor­ter Ed­die Jones dans son choix de ti­tu­la­ri­ser May ( il a dé­bu­té pour trois des quatre ren­contres). Joueur po­ly­va­lent ca­pable d’évo­luer à l’ar­rière, à l’aile et au centre, Jon­ny a mis du temps à s’im­po­ser au plus haut ni­veau mal­gré des qua­li­tés évi­dentes. Au­jourd’hui fixé à l’aile, il semble faire par­tie des pre­miers choix d’Ed­die Jones. Et il compte bien pour­suivre sur cette voie.

Dès son re­tour de bles­sure cet au­tomne, Jon­ny May a été re­te­nu dans le XV de la Rose par Ed­die Jones. Preuve de l’im­por­tance prise par l’ai­lier de Glou­ces­ter et de l’es­time dans la­quelle le sé­lec­tion­neur aus­tra­lien le tient. Son par­cours n’a pas été li­néaire mais son men­tal lui a per­mis de tou­jours re­ve­nir au plus haut ni­veau, où il es­père s’ins­tal­ler pour de bon.

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