FINN RUS­SELL

LE MAÇON DE­VE­NU RUG­BY­MAN

L'Univers du Rugby - - Écosse -

Il n’a pas en­core 25 ans. Et pour­tant, Finn Rus­sell va dis­pu­ter son troi­sième Tour­noi des VI Na­tions. A chaque fois, il a été ti­tu­laire à l’ou­ver­ture du XV du Char­don. Un constat qui n’avait rien d’une évi­dence en 2014, l’an­née de sa pre­mière cape contre les Etats- Unis, à Hous­ton. Le ga­min de Stir­ling n’était alors pas ( en­core) in­dis­cu­table dans son club, les Glas­gow War­riors, mais ses per­for­mances avaient con­vain­cu le nou­veau sé­lec­tion­neur, Vern Cot­ter, de faire ap­pel à lui. De­puis, il n’a plus quit­té l’équipe d’Ecosse. Rus­sell compte à pré­sent 22 sé­lec­tions et il forme avec Greig Laid­law une char­nière so­lide et ins­pi­rée. Finn sa­voure cette réus­site, lui qui, à la sor­tie du ly­cée, ne se consa­crait pas en­tiè­re­ment au rug­by. Dans une in­ter­view en 2015, il se sou­ve­nait de cette pé­riode : « J’ai été maçon pen­dant trois ans. Les jours de pluie, c’était as­sez ef­froyable. Il ar­ri­vait que ce soit dur mais j’ai ap­pré­cié tout ça. Après, com­pa­ré au fait de jouer au rug­by, c’est le jour et la nuit. Lorsque j’ai eu une mau­vaise jour­née à l’en- traî­ne­ment, je re­pense à ce que c’était de tra­vailler dans cette re­mise gla­ciale. » La pro­po­si­tion de contrat de l’aca­dé­mie de Glas­gow est ar­ri­vée comme une bé­né­dic­tion, même si le choix n’a pas été si fa­cile. « Je n’étais pas sûr de de­voir ac­cep­ter, se rap­pelle- t- il. Mais j’ai re­gar­dé au­tour de moi et je me suis dit : « Est- ce que je veux res­ter ici toute ma vie ou ten­ter ma chance dans le rug­by ? » » Loin des passes de maçon Joueur élé­gant, Finn Rus­sell est éga­le­ment un gaillard so­lide phy­si­que­ment, ce qui lui per­met d’at­ta­quer ré­gu­liè­re­ment la ligne pour pro­fi­ter de sa vi­tesse de course une fois le ri­deau ad­verse fran­chi. Do­té d’une très bonne vi­sion du jeu et ca­pable d’évo­luer au centre, le joueur de Glas­gow pos­sède une ex­cel­lente qua­li­té de passe et un jeu au pied pré­cieux. Il l’uti­lise ré­gu­liè­re­ment par- des­sus la dé­fense ou pour cher­cher ses ai­liers. Cet au­tomne, il a per­mis à l’Ecosse de battre l’Ar­gen­tine. Son équipe a échoué d’un point dans les der­nières mi­nutes contre l’Aus­tra­lie, dans la re­vanche du quart de fi­nale de la der­nière Coupe du monde. Mal­gré son faible vé­cu au ni­veau in­ter­na­tio­nal, Finn Rus­sell aborde tous les matches avec une sé­ré­ni­té et un re­lâ­che­ment im­pres­sion­nants. « Il s’est pas­sé beau­coup de choses en deux ans et de­mi avec Glas­gow et l’Ecosse, re­con­nais­sait l’ou­vreur lors des tests de no­vembre. Deux fi­nales de Pro 12 dont une vic­toire, une Coupe du monde, deux VI Na­tions… Tout ce­la était nou­veau pour moi. J’ai es­sayé d’en pro­fi­ter. Je conti­nue à le faire. » Tou­jours sou­riant, Finn re­fuse de se prendre trop au sé­rieux et de se lais­ser im­pres­sion­ner par ce qui lui ar­rive. Et son style de jeu s’en res­sent. Rus­sell aime ten­ter des choses, comme s’il n’y avait pas de plai­sir ou de gloire sans prise de risques. « Si je vois quelque chose, je vais le ten­ter plu­tôt que de re­te­nir l’op­tion la plus sûre. C’est peut- être un peu ris­qué mais c’est l’une des choses que Vern Cot­ter nous a ap­por­tées. Il fait confiance aux joueurs pour ten­ter des choses. » S’il af­firme n’avoir ja­mais eu de mo­dèle ou d’idole, le nom de Car­los Spen­cer est le pre­mier qui lui vient à l’es­prit lors­qu’on lui de­mande quel joueur l’a ins­pi­ré. « Car­los était un nu­mé­ro 10 qui ten­tait énor­mé­ment de choses. Le ré­sul­tat était in­croyable quand elles étaient réus­sies. Quand ce n’était pas le cas, les gens se de­man­daient pour­quoi il avait fait ça… »

« J’ai beau­coup ap­pris de Gre­gor Town­send » Finn Rus­sell sou­ligne aus­si l’ap­port de son coach aux War­riors, qui suc­cé­de­ra à Vern Cot­ter à la tête de la sé­lec­tion en juin pro­chain. An­cien nu­mé­ro 10 ca­pable d’évo­luer au centre comme lui, Gre­gor Town­send compte 82 sé­lec­tions avec le XV du Char­don. « Il m’a beau­coup ai­dé en tant que jeune nu­mé­ro 10. Pas seule­ment sur mon jeu de course mais aus­si d’un point de vue tac­tique, as­sure Rus­sell. J’ai dû com­prendre qu’il ne s’agit pas sim­ple­ment de cou­rir avec le bal­lon et de ten­ter des coups de n’im­porte où. Il faut jouer tac­tique. » La no­tion de plai­sir est ce­pen­dant cen­trale dans son ap­proche du rug­by. Son his­toire y est sans doute pour beau­coup. « Je pense que beau­coup de joueurs sont meilleurs s’ils prennent du plai­sir en jouant. Et moi, j’aime m’amu­ser sur le ter­rain. » Un cô­té « tête brû­lée » qui met sou­vent le feu aux dé­fenses. Si Finn Rus­sell a le sou­rire en fin de match, c’est qu’il vous a joué un mau­vais tour !

L’ou­vreur écos­sais Finn Rus­sell a connu une as­cen­sion ful­gu­rante, au point d’être au­jourd’hui un ti­tu­laire in­dis­cu­table en sé­lec­tion. Sa pre­mière car­rière est loin, il brille avec les Glas­gow War­riors comme avec le XV du Char­don. Ce joueur ins­tinc­tif ap­porte de l’in­cer­ti­tude au jeu et donne du plai­sir à tous les ama­teurs de rug­by.

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