Ai­mer à en rire et pleu­rer

L'Yonne Républicaine (L'Yonne mag) - - Livres - Blan­dine Hu­tin-Mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com Les Dé­rai­sons. Odile d’Oul­tre­mont (les Édi­tions de l’Ob­ser­va­toire) ; 220 pages, 18 €.

Ce­la au­rait pu être une his­toire d’amour un peu ba­nale, deux per­sonnes qui se ren­contrent par ha­sard et se re­con­naissent au pre­mier re­gard. Une vie de couple clas­sique, avec ses hauts et ses bas, ses jour­nées lu­mi­neuses et ses heures sombres.

D’heures sombres, il est ques­tion en ef­fet, lorsque, à bout de fa­tigue et se­couée d’af­freuses quintes de toux, Louise consulte les mé­de­cins, qui lui diag­nos­tiquent un can­cer sans ap­pel. La fin d’un monde pour Adrien, son ma­ri.

Car l’his­toire d’amour qui unit ces deux­là n’a rien d’or­di­naire, et leur couple est tout sauf clas­sique. Certes, ils se sont ren­con­trés par ha­sard, sur le pas d’une porte où Adrien ve­nait por­ter la bonne pa­role de son en­ tre­prise. Certes, ils se sont re­con­nus au pre­mier re­gard, mais la ba­na­li­té de leur his­toire s’ar­rête là, comme la lour­deur du drame qu’ils par­tagent.

Éloge de la lé­gè­re­té d’être et de la dou­ceur d’ai­mer, Les Dé­rai­sons est une somme d’émo­tions, un mé­lange de fo­lie et d’illu­sions. Des illu­sions vou­lues, sa­vam­ment construites comme des tours de pres­ti­di­gi­ta­teur, pour trans­for­mer le quo­ti­dien en rêve et le déses­poir en iro­nie.

Car Louise est une ar­tiste, fan­tasque et ir­ré­sis­tible, une en­fant douée pour la vie dans un corps de femme, en­chan­teuse du quo­ti­dien. Et son homme, Adrien, a ap­pris en l’ai­mant fan­tasque à lâ­cher la bride de son ima­gi­na­tion, à re­pous­ser les li­mites de la bien­pen­sance et des cli­chés.

Une li­ber­té in­croyable, et dé­rou­tante, qu’il s’éver­tue à en­tre­te­nir en plein coeur du mal­heur, pour que Louise, ja­mais, ne puisse y suc­com­ber. Que la vie, en­vers et contre tout, l’em­porte, lé­gère et douce, et l’amour, ori­gi­nal et fou.

Un pre­mier ro­man bou­le­ver­sant, d’une âpre­té ren­due plus in­juste par la lé­gè­re­té de ce couple ex­tra­or­di­naire. La dou­leur pèse au­tant que les coeurs s’élèvent. Ins­tants lu­mi­neux d’heures les plus sombres.

AFP

ÉLOGE. La lé­gè­re­té d’être et la dou­ceur d’ai­mer.

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