FAMILLE LE BÉ­BÉ : UN OB­JET DE JA­LOU­SIE ................... 4

Ma Grossesse - - Sommaire -

Toute la famille vibre dans l’at­tente de cette nou­velle : un bé­bé va bien­tôt ar­ri­ver. Pour­tant, juste avant la nais­sance – ou juste après – on constate as­sez sou­vent des ré­ac­tions de pos­ses­si­vi­té ou de ja­lou­sie de la part de l’en­tou­rage proche, le par­te­naire et les autres en­fants no­tam­ment. Et il n’est pas rare que s’ins­tallent de vé­ri­tables luttes de pou­voir. Loin de se dou­ter de ce qui se trame au­tour de lui, le nou­veau-né, lui, dort du som­meil de l’in­nocent.

Les at­tentes liées à la nais­sance d’un en­fant sont énormes, sur­tout lors­qu’il s’agit d’un pre­mier en­fant. Père, mère, grands-pa­rents ma­ter­nels et pa­ter­nels, tantes, oncles, cou­sins, amis proches… l’eu­pho­rie gagne tout le monde. Et si la famille n’a pas connu de nais­sances de­puis un cer­tain temps, l’at­tente n’en est que plus grande, fai­sant taire pen­dant quelque temps les pe­tites « guerres » in­tes­tines. Mais at­ten­tion : s’il existe des ten­sions ou des ja­lou­sies dans la cel­lule fa­mi­liale, elles ne sont qu’en som­meil… Le sen­ti­ment de ja­lou­sie cache sou­vent toute une sé­rie de res­sen­ti­ments, cer­tains ponc­tuels et pro­ba­ble­ment sur le point de se ré­soudre, mais aus­si d’autres, plus com­pli­qués, plus en­fouis, plus com­plexes, qui ne se so­lu­tion­ne­ront peu­têtre ja­mais. Il faut ap­prendre à gé­rer de telles si­tua­tions pour évi­ter qu’elles ne ter­nissent une pé­riode aus­si ma­gique.

LES RÊVES DO­RÉS DE L’AT­TENTE

Avec la nais­sance du pre­mier en­fant, la vie de Fré­dé­ric s’est trans­for­mée d’une ma­nière in­croyable. Cette longue mu­ta­tion s’est opé­rée au long de 2 phases dis­tinctes et com­plé­men­taires : l’une com­pre­nant les 9 mois de gros­sesse de Ma­ri­na, sa com­pagne ; l’autre dé­mar­rant le jour de l’ac­cou­che­ment. Au cours de la pre­mière phase, im­ma­té­rielle, abs­traite pour le fu­tur pa­pa, le couple mul­ti­pliait les ins­tants ro­man­tiques, les mo­ments pas­sés en­semble sur le ca­na­pé du sa­lon à rê­ver de ce fu­tur en­fant que la na­ture leur ap­por­tait en ca­deau. Ils goû­taient ces mo­ments avec dé­lice, ne ma­ni­fes­taient au­cune im­pa­tience, pri­vi­lé­giaient le calme

et la tranquillité ; ils an­ti­ci­paient sim­ple­ment le bon­heur qu’al­lait leur pro­cu­rer l’ar­ri­vée de ce bé­bé tant sou­hai­té. Si l’on avait in­ter­ro­gé Fré­dé­ric sur les rai­sons d’un si fort dé­sir de pa­ter­ni­té, il n’au­rait peut-être pas su le for­mu­ler exac­te­ment : jus­qu’ici, il ne s’était pas mon­tré par­ti­cu­liè­re­ment at­ten­tif aux en­fants de ses amis ou de ses proches ; il ne se sou­ve­nait même pas de la der­nière fois où il avait te­nu un bé­bé dans ses bras, ni d’un long re­gard échan­gé avec un nou­veau-né dont les yeux éba­his s’ouvrent tout juste sur le monde. En règle gé­né­rale, la femme éprouve plus na­tu­rel­le­ment ce dé­sir de ma­ter­ni­té ; pour­tant, Fré­dé­ric a très vite eu le sen­ti­ment – et même, la pro­fonde convic­tion – que sa vie n’au­rait vrai­ment de sens qu’au mo­ment où il au­rait un en­fant. La gros­sesse de Ma­ri­na l’a ame­né à da­van­tage prê­ter at­ten­tion aux nou­veaux-nés, au ma­té­riel dont ils ont be­soin, à l’ex­trême at­ten­tion qu’ils né­ces­sitent. Tout-à-coup, Fré­dé­ric s’ima­gi­nait en train de pous­ser son pe­tit en­fant dans un lan­dau der­nier mo­dèle, de le re­gar­der évo­luer, au parc ou à la crèche au mi­lieu d’autres bam­bins… et se gon­fler d’or­gueil ! Bien sûr, c’était pour l’ins­tant une idéa­li­sa­tion de la pa­ter­ni­té, et le som­meil de Fré­dé­ric était ber­cé de songes idyl­liques.

PUIS VINT LA NAIS­SANCE

Comme de nom­breux pa­pas mo­dernes, il sou­hai­ta as­sis­ter à l’ac­cou­che­ment. Mais lors­qu’il s’aper­çut de qu’était vrai­ment un ac­cou­che­ment – l’at­tente, les com­pli­ca­tions éven­tuelles, la dou­leur de la com­pagne… au­tant de si­tua­tions pour­tant nor­males et in­hé­rentes au pro­ces­sus de nais­sance –, il vou­lut re­cu­ler. Mais il était trop tard, il se sen­tait main­te­nant « pri­son­nier » de sa dé­ci­sion… et de la salle d’ac­cou­che­ment. Voi­là que l’équipe mé­di­cale lui de­man­dait même de se pla­cer « face à Ma­ri­na, pour mieux voir sor­tir le bé­bé » !

Quand, fi­na­le­ment, il a pu ser­rer l’en­fant dans ses bras, il trem­blait de tout son être. Joies, larmes, cette jour­née fut ex­trê­me­ment forte sur le plan émo­tion­nel, pour Ma­ri­na bien sûr, mais pour Fré­dé­ric aus­si à un autre ni­veau : il se sen­tait épui­sé, à fleur de peau, au bord de la crise de nerfs.

LES ILLU­SIONS PER­DUES

Avec le temps, Fré­dé­ric n’a eu d’autre choix que d’« ap­prendre pro­gres­si­ve­ment ce que de­vait être un pa­pa ». Dé­sor­mais, il ne voyait plus du tout de la même ma­nière ces bé­bés qu’il croi­sait au jar­din d’en­fant ; d’ailleurs, il n’ar­ri­vait plus à dé­fi­nir ce sen­ti­ment étrange qui l’ha­bi­tait. Il avait l’im­pres­sion de pé­né­trer un monde nou­veau, comme s’il per­çait un se­cret des mieux gar­dés : être pa­rent, ce­la ne se ra­conte pas : ce­la se vit. Et tout n’est pas aus­si rose que dans ses rêves : on dot faire preuve d’une at­ten­tion constante, to­tale, ab­so­lue : on adopte le rythme du nou­veau­né, on veille à cha­cun de ses be­soins, on le dorlote, on le pro­tège, on le nour­rit, on le soigne… et, chan­ge­ment ma­jeur : on n’est plus un couple mais une famille, au­tre­ment dit le par­te­naire n’est plus une prio­ri­té.

Tout-à-coup, Fré­dé­ric ne se sen­tait plus à la hau­teur de ces autres pa­pas croi­sés lors des pro­me­nades : il avait le plus grand mal à sup­por­ter ce chan­ge­ment de vie et no­tam­ment les contraintes qu’une nais­sance peut im­pli­quer (manque de som­meil, vie so­ciale et sor­ties moins évi­dentes, etc…).

Mais le pire était que Ma­ri­na, « sa » Ma­ri­na, lui sem­blait se trans­for­mer en une par­faite in­con­nue : de temps en temps, elle de­ve­nait su­bi­te­ment sombre et hos­tile à tout et à tout le monde, elle lui adres­sait des re­gards bi­zarres, le dé­vi­sa­geant comme s’il lui était étran­ger. Fré­dé­ric cher­chait en vain ce re­gard doux et tendre qu’il lui connais­sait ha­bi­tuel­le­ment. Dans les pre­miers temps – et très mal­adroi­te­ment, c’est vrai – il lui de­man­dait pour­quoi ses af­faires n’étaient pas re­pas­sées, pour­quoi le re­pas n’était pas prêt, pour­quoi elle ne se mon­trait plus dis­po­nible ou à l’écoute de ses plaintes, de ses contra­rié­tés pro­fes­sion­nelles, de ses at­tentes…

Fi­nies les marques d’at­ten­tion, l’écoute ha­bi­tuelle ; les dî­ners ro­man­tiques lui pa­rais­saient da­ter d’une éter­ni­té.

Sans comp­ter que Ma­ri­na était tou­jours fa­ti­guée, ja­mais dis­po­nible pour quoi que ce soit qui ne concerne pas di­rec­te­ment le bé­bé, seul su­jet sus­cep­tible de cap­ter son at­ten­tion : les bruits qui éma­naient du ber­ceau, les couches, les crèmes, les vi­ta­mines, les bi­be­rons, la tem­pé­ra­ture de la pièce… Le bé­bé, le bé­bé, et en­core le bé­bé ! Pire, elle sem­blait n’avoir que des cri­tiques à la bouche, re­fu­sait que trop de « mains étran­gères » ne le touchent. Le soir après le tra­vail, Fré­dé­ric en ve­nait à ren­trer à la mai­son – chez eux – sur la pointe des pieds, à s’ins­tal­ler de­vant la té­lé­vi­sion en si­lence et à… at­tendre que la si­tua­tion s’amé­liore. Était-ce sa faute à lui ? Se mon­trait-il trop égoïste, trop cen­tré sur lui-même ou bien l’ex­cès ve­nait-il d’elle et ne se­rait que pas­sa­ger ? Cette pre­mière an­née de pa­ter­ni­té res­te­rait dans sa mé­moire comme une pé­riode vrai­ment dif­fi­cile et so­li­taire, une ex­pé­rience qu’il ver­rait comme un aban­don in­juste et cruel de la part de sa com­pagne. Pour­tant, en y re­pen­sant quelques an­nées plus tard, alors qu’il se­rait pa­pa pour la se­conde fois, il s’en sou­vien­drait comme d’une ex­pé­rience très sa­lu­taire. Cette pé­riode avait fait de lui un autre homme, plus ma­ture, plus ac­com­pli. In­con­tes­ta­ble­ment, une crise de couple comme celle-ci l’avait fait gran­dir.

« C’EST TOUT LE POR­TRAIT DE SA MÈRE NON, DE SON PÈRE ! »

Qui­conque a dé­jà ob­ser­vé des grands-pa­rents heu­reux, com­plices, en train de s’af­fai­rer au­tour du ber­ceau du nou­veau-né alors qu’il se trouve en­core à la ma­ter­ni­té et dis­ser­ter sur les res­sem­blances entre la pe­tite mer­veille et ses pa­rents, ne se doute pas une se­conde que « la guerre du siècle » est peut-être sur le point de naître : « ce bé­bé ma­gni­fique a vrai­ment les traits de sa mère » disent les uns, tan­dis que les autres ré­pondent avec le même pe­tit sou­rire « qu’il est tout le por­trait de son père à sa nais­sance, c’est in­con­tes­table »…

Bref, dis­crè­te­ment – mais sû­re­ment – une lé­gère ten­sion s’ins­talle dans la pièce, à peine di­luée lorsque l’in­fir­mière vient ré­cu­pé­rer l’en­fant « parce qu’il est temps qu’il se re­pose. D’ailleurs, les ho­raires de vi­sites sont dé­pas­sés. S’il vous plaît… ».

Mais cette trêve n’est que tem­po­raire. En ef­fet, dès le re­tour à la mai­son le bé­bé va conti­nuer d’être au centre de toutes les at­ten­tions, de toutes les conver­sa­tions. Et évi­dem­ment, les pro­po­si­tions de « coups de main » se suc­cèdent de la part des deux ver­sants de la famille… mais ces offres de ser­vice ne sont pas ano­dines.

C’est le mo­ment choi­si par les deux paires de grands-pa­rents pour « conqué­rir » une por­tion de ter­ri­toire, len­te­ment, in­si­dieu­se­ment. Les voi­là in­fa­ti­gables, se pré­ci­pi­tant sur l’en­fant dès le pre­mier pleur, pro­fi­tant de la moindre oc­ca­sion pour se rendre in­dis­pen­sables. Et il faut bien avouer qu’à ce stade, leur aide est vrai­ment la bien­ve­nue.

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