En­tre­tien : Mé­la­nie Laurent.

Madame Figaro - - Sommaire - 1) « Plon­ger », de Mé­la­nie Laurent. Sor­tie le 29 no­vembre. 2) « Le Re­tour du hé­ros », de Laurent Ti­rard. Sor­tie le 14 fé­vrier.

IL Y A QUELQUE CHOSE D’ÉTON­NANT À VOIR ÉVO­LUER, au fil des an­nées, une ac­trice au ta­lent pré­coce, de­ve­nue une réa­li­sa­trice re­con­nue. À 34 ans, Mé­la­nie Laurent a dé­jà pas­sé la moi­tié de sa vie de­vant la ca­mé­ra et de­puis six ans elle s’ac­com­plit der­rière elle. Elle a tou­jours cette al­lure presque ado­les­cente de fille al­lu­mette à la blon­deur solaire, le même dé­bit de mi­traillette et tou­jours cette fan­tai­sie sin­gu­lière, mais elle semble plus po­sée, af­fi­chant une pru­dence cour­toise en in­ter­view, elle qui a dé­jà ex­pé­ri­men­té les dan­gers de la sur­ex­po­si­tion mé­dia­tique. Mé­la­nie Laurent pré­sente son qua­trième film, « Plon­ger » (1). Dans cette adap­ta­tion très libre du ro­man de Ch­ris­tophe Ono-dit-Biot, la réa­li­sa­trice met en scène l’amour fou mais aus­si le dé­li­te­ment des sen­ti­ments d’un couple dé­jà usé. Cé­sar, joué par Gilles Lel­louche, est un ex-re­por­ter de guerre qui n’as­pire qu’au ré­pit d’un quo­ti­dien tran­quille, tan­dis que Paz, in­ter­pré­tée par l’ac­trice es­pa­gnole María Val­verde, pho­to­graphe, ne rêve que de par­cou­rir le monde. « C’est mon film le plus per­son­nel », sou­ligne Mé­la­nie Laurent. Avant d’ajou­ter : « Mais il n’est pas au­to­bio­gra­phique. » Ce qu’elle par­tage avec son hé­roïne ? « Son be­soin de li­ber­té. » Sa car­rière, d’ailleurs, ne res­semble à au­cune autre, hors sys­tème et hors codes. Chan­ter, réa­li­ser, jouer, Mé­la­nie Laurent ose tout, al­ter­nant les pro- jets, in­sa­tiable. « Elle a l’au­dace de sa jeu­nesse et de ses en­vies, elle s’as­sume », té­moigne avec ad­mi­ra­tion Gilles Lel­louche.

Bien­tôt à l’af­fiche du film de Laurent Ti­rard « le Re­tour du hé­ros » (2), cette mère fu­sion­nelle d’un pe­tit gar­çon de 4 ans tourne avec l’Amé­ri­cain Ch­ris Weitz avant de par­tir pour l’Afrique du Sud jouer les der­nières scènes de « Mia et le lion blanc », de Gilles de Maistre, et de dé­voi­ler l’an pro­chain son pre­mier film tour­né aux États-Unis, « Ga­vel­ston », avec Elle Fan­ning. »

LE COUPLE

« J’ai com­men­cé à tra­vailler sur l’adap­ta­tion du livre de Ch­ris­tophe Ono-dit-Biot juste après la nais­sance de mon fils. Plus j’avan­çais dans l’écri­ture du scé­na­rio, plus cette his­toire ré­son­nait en moi. J’ai vou­lu faire un film d’amour, un film sur le couple, ra­con­ter le coup de foudre, la fu­sion mais aus­si l’usure du quo­ti­dien qui peut faire va­ciller l’équi­libre, et cette dif­fi­cul­té à par­fois trou­ver l’es­pace pour soi, à ex­pri­mer ce be­soin d’exis­ter sans l’autre. Du jour au len­de­main, l’hé­roïne du film quitte tout – son com­pa­gnon et son en­fant – pour exer­cer son mé­tier de pho­to­graphe, sa pas­sion. C’est un com­bat d’être libre lors­qu’on est ar­tiste, mais plus en­core lors­qu’on est une femme ar­tiste. »

LA MA­TER­NI­TÉ

« L’ar­ri­vée d’un en­fant, ça cham­boule tout, la vie comme le couple. En mieux ! Je trouve ma vie dix fois plus in­té­res­sante et plus belle de­puis la nais­sance de mon fils. Avec son père (NDRL : un tech­ni­cien de ci­né­ma), nous avons la chance d’être très com­plé­men­taires dans la fa­çon de l’édu­quer. Lui ap­porte un cadre struc­tu­rant à Léo, et moi… peu de règles et beau­coup de fan­tai­sie. C’est un pe­tit gar­çon de 4 ans épa­noui, avec une vie de va­ga­bond, puis­qu’il voyage beau­coup avec moi. Nous sommes très fu­sion­nels tous les deux. Je ne cherche pas à être une mère par­faite – cette in­jonc­tion de per­fec­tion me fait même peur. Mon fils

Je n’écris ja­mais de rôles

de femme faible ou de femme

ob­jet

m’ap­prend tous les jours à être une mère. C’est l’homme qu’il de­vien­dra qui me confir­me­ra si j’ai bien “tra­vaillé”. »

LA RÉA­LI­SA­TION

« On a beau­coup de chance en France d’avoir des femmes ci­néastes aus­si ta­len­tueuses que Maï­wenn, Em­ma­nuelle Ber­cot, Ju­lie Del­py ou Jus­tine Triet. J’aime leur ci­né­ma, j’ad­mire leur tra­vail. Pour moi, les termes “ci­néaste” et “fé­mi­niste” vont de pair. Dans tous mes films, les femmes oc­cupent une place pré­pon­dé­rante. Peu­têtre est-ce un su­jet que je maî­trise mieux, for­cé­ment, mais elles m’in­triguent et me fas­cinent à la fois. Dans son livre, Ch­ris­tophe Ono-dit-Bio fait par­ler l’homme, le père. Moi, j’ai vou­lu re­don­ner une voix à la femme, m’at­ta­cher à ra­con­ter l’his­toire de ce couple à tra­vers son point de vue. Je n’écris ja­mais de rôles de femme faible ou de femme ob­jet. D’ailleurs, celles avec qui je tourne ont toutes en com­mun d’être fortes et sin­gu­lières. Ma vie a chan­gé de­puis que je suis pas­sée à la réa­li­sa­tion. Je me sens vrai­ment à ma place der­rière la ca­mé­ra. Faire un film me rem­plit, me ras­sé­rène. Sur un pla­teau, mon équipe – tou­jours la même me sur­nomme “Big Mam­ma”, ce qui en dit long sur mon cô­té ma­ter­nel, sur­tout avec mes ac­teurs… Pour avoir dé­jà eu af­faire à des réa­li­sa­teurs qui tra­vaillaient dans la ty­ran­nie, ma règle d’or, c’est le res­pect. Ce qui me pas­sionne dans ce mé­tier, c’est d’ac­com­pa­gner les co­mé­diens dans la dou­ceur pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes et soient heu­reux de jouer. Je suis in­ca­pable de tra­vailler dans la ten­sion. »

LA CO­MÉ­DIE

« Quand j’ai lu le scé­na­rio du film de Laurent Ti­rard “le Re­tour du hé­ros” (2), j’ai tout de suite eu en­vie de me lan­cer dans cette aven­ture. Je rê­vais de tour­ner une co­mé­die de­puis long­temps. Et jouer avec Jean Du­jar­din, mon par­te­naire du film, a été un tel bon­heur ! C’est un ac­teur très gé­né­reux, et c’est un vrai confort pour une ac­trice. La co­mé­die est un exer­cice très ad­dic­tif, on est dans le dé­pas­se­ment de soi. J’ai pris un plai­sir fou à faire ce film. Si j’écris des drames au ci­né­ma, dans la vie je passe mon temps à ri­go­ler, je ne suis pas dé­pres­sive. » (Elle rit.)

LA MA­TU­RI­TÉ

« “Plon­ger” est mon film le plus ma­ture. J’ai été au bout de mes idées et de mes en­vies ar­tis­tiques. Jus­qu’ici, le fond l’em­por­tait par­fois sur la forme. Cette fois, je n’ai tran­si­gé sur rien, ni sur l’his­toire ni sur le soin ap­por­té à l’image. Je vou­lais faire un beau film. Ces deux der­nières an­nées, j’ai moins tour­né. À une époque, j’ai mul­ti­plié les projets, tout se té­les­co­pait, et j’ai peut-être don­né l’im­pres­sion de vou­loir oc­cu­per l’es­pace à tout prix. J’ai eu en­vie de dis­pa­raître très loin. Cette pé­riode a été ins­truc­tive. De­puis, je me sens plus se­reine, j’ai trou­vé mon équi­libre. »

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