Le pou­voir dans ses meubles

De Georges Pom­pi­dou à Fran­çois Hol­lande

Magazine M - - La Une - va­nes­sa schneider — cy­rille Wei­ner par pho­tos

La ré­fec­tion du bu­reau de Ma­thieu Gal­let, qui a mis le feu à Ra­dio France, vient de le prou­ver: le choix des puis­sants en ma­tière de dé­co­ra­tion in­té­rieure n’a rien d’ano­din. Et se ré­vèle bien plus qu’une his­toire de goût. De Georges Pom­pi­dou à Fran­çois Hol­lande, en pas­sant par Jack Lang ou Fran­çois Mit­ter­rand, le de­si­gn a per­mis aux hommes d’Etat d’af­fi­cher une conti­nui­té ou de mar­quer une rup­ture. Plon­gée au coeur du Mo­bi­lier na­tio­nal, l’ins­ti­tu­tion qui équipe les pa­lais de la Ré­pu­blique.

Les em­ployés du mo­bi­lier na­tio­nal se sont amu­sés du chan­ge­ment : et si Fran­çois Hol­lande com­men­çait à se sou­cier de son in­té­rieur ? Jus­qu’à pré­sent, il n’avait guère sol­li­ci­té l’ins­ti­tu­tion. Lors de son ar­ri­vée à l’Ely­sée, il avait conser­vé les amé­na­ge­ments de son pré­dé­ces­seur, no­tam­ment le bu­reau du gé­né­ral de Gaulle, et n’avait ma­ni­fes­té qu’une exi­gence : l’ajout d’une pe­tite table de réu­nion dans son bu­reau. Le pré­sident fait par­tie de ceux pour qui la fa­çon de s’ha­biller ou la dé­co­ra­tion de leur ap­par­te­ment re­lève de l’ac­ces­soire. Il n’avait d’ailleurs pas l’in­ten­tion de vivre au pa­lais. De­puis sa sé­pa­ra­tion avec Valérie Trier­wei­ler, pour­tant, il s’y est installé à plein temps. Et com­mence à pro­fi­ter des ser­vices du Mo­bi­lier pour amé­lio­rer le confort de l’aile pri­vée. « On voit qu’il n’est plus seul », sou­rit un em­ployé de la mai­son. On n’en sau­ra pas plus. Les 350 fonc­tion­naires du Mo­bi­lier, ex­perts ul­tras­pé­cia­li­sés, his­to­riens de l’art, ar­ti­sans ou ma­nu­ten­tion­naires, sont sou­mis au plus strict de­voir de ré­serve. Montre-moi tes meubles, je te di­rai qui tu es. Fran­çois Hol­lande fait plu­tôt fi­gure d’ex­cep­tion dans un monde po­li­tique où cha­cun a com­pris de­puis long­temps l’im­por­tance de l’ap­pa­rence et de l’image. Un bu­reau, ce n’est pas seule­ment un ou­til de tra­vail, c’est éga­le­ment un mes­sage que l’on dif­fuse. Choi­sir un bu­reau « collégial », dont les angles ar­ron­dis per­mettent aux col­la­bo­ra­teurs de se joindre au mi­nistre pour dia­lo­guer, n’a pas la même si­gni­fi­ca­tion que le bu­reau « d’au­to­ri­té » avec ses deux chaises, pla­cées de­vant. Re­ce­voir dans un cadre Res­tau­ra­tion, c’est vou­loir s’ins­crire dans une cer­taine tra­di­tion, dans un temps long. Choi­sir du de­si­gn contem­po­rain té­moigne, au contraire, d’une vo­lon­té d’af­fi­cher mo­der­ni­té et dy­na­misme. Lors­qu’elle s’est ins­tal­lée au mi­nis­tère de la culture en 2012, Au­ré­lie Fi­lip­pet­ti avait une idée très pré­cise du sym­bole qu’elle vou­lait en­voyer à tra­vers son mo­bi­lier: elle sou­hai­tait une oeuvre ré­cente, réa­li­sée par un de­si­gner fran­çais, une femme de sur­croît. Le Mo­bi­lier lui a pro­po­sé un bu­reau de Ma­ta­li Cras­set réa­li­sé quelques an­nées plus tôt par les ar­ti­sans de l’ins­ti­tu­tion, qui créent ré­gu­liè­re­ment des pièces uniques pour agran­dir les col­lec­tions. A son ar­ri­vée à Ma­ti­gnon, Ma­nuel Valls, consi­dé­ré comme trop à droite par beau­coup au Par­ti so­cia­liste, a de­man­dé le bu­reau de Léon Blum, chef du gou­ver­ne­ment du Front po­pu­laire. Le meuble sert sou­vent à s’ins­crire dans les pas d’un homme ou d’une fa­mille po­li­tique. Eli­za­beth Gui­gou a ain­si ré­cu­pé­ré le bu­reau si­gné Pau­lin que Fran­çois Mit­ter­rand avait uti­li­sé lors de son se­cond sep­ten­nat. Elle y est si at­ta­chée qu’il l’a sui­vie de la Chan­cel­le­rie à l’As­sem­blée na­tio­nale. L’an­cien mi­nistre de la culture Re­naud Don­ne­dieu de Vabres avait, lui, ex­pres­sé­ment de­man­dé à ré­cu­pé­rer un bu­reau en bois com­man­dé par Jacques Chi­rac. Choi­sir son bu­reau, c’est aus­si sou­vent se dé­mar­quer de son pré­dé­ces­seur. Im­pri­mer sa si­gna­ture à tra­vers son mo­bi­lier re­lève, •••

••• chez cer­tains, de l’idée fixe, même entre per­son­na­li­tés du même camp. Fleur Pel­le­rin a exi­gé d’em­blée, lors de son ar­ri­vée au mi­nis­tère de la culture, que l’on en­lève la dé­co­ra­tion choi­sie par sa ri­vale Au­ré­lie Fi­lip­pet­ti. Elle a sou­hai­té re­nouer avec l’époque où les mi­nistres de la culture pas­saient com­mande aux ate­liers du Mo­bi­lier pour créer une oeuvre ori­gi­nale qui leur est des­ti­née, comme Jack Lang et son bu­reau en de­mi-cercle des­si­né par Syl­vain Du­buis­son. Elle a je­té son dé­vo­lu sur un bu­reau re­cou­vert d’une coque en lin blanc ima­gi­né par le jeune Noé Du­chau­four-La­wrance. Mais elle l’at­tend tou­jours : le lin est na­tu­rel­le­ment beige et les ar­ti­sans du Mo­bi­lier ne sont tou­jours pas par­ve­nus à trou­ver le pro­cé­dé tech­nique sa­tis­fai­sant pour ob­te­nir la cou­leur exacte sou­hai­tée par le de­si­gner. Pour pa­tien­ter, la mi­nistre a pris des meubles si­gnés Le Cor­bu­sier, ceux de Fré­dé­ric Mit­ter­rand, mi­nistre de Ni­co­las Sar­ko­zy… Le Mo­bi­lier na­tio­nal équipe les ré­si­dences d’Etat, l’Ely­sée, Ma­ti­gnon, les mi­nis­tères, les mu­sées, les châ­teaux, les am­bas­sades et les pré­fec­tures: 658 adresses au to­tal. Dans son ca­ta­logue, quelque 100000 pièces, ta­pis, meubles, bronzes, lustres et la plus im­por­tante col­lec­tion de pen­dules au monde. Un vé­ri­table tré­sor, dont le quart seule­ment est uti­li­sé. Le reste est en­tre­po­sé dans d’im­menses ré­serves, dont la prin­ci­pale est si­tuée en ban­lieue pa­ri­sienne: 8500 m2 de rayon­nages où chaque ob­jet a sa place, son éti­que­tage, son nu­mé­ro. A l’oc­ca­sion des chan­ge­ments de gou­ver­ne­ment, l’ins­ti­tu­tion et ses 350 agents sont sur les dents. Pour ré­pondre aux de­mandes, ils ont éta­bli des prio­ri­tés: les choix du pré­sident et du pre­mier mi­nistre sont trai­tés en ur­gence. Pour les mi­nistres, c’est pre­mier ar­ri­vé, pre­mier ser­vi. Viennent en­suite les conseillers. Les per­son­na­li­tés font part de leurs sou­haits au Mo­bi­lier: ils sont sou­vent très vagues (de l’an­cien, du contem­po­rain, un bu­reau, un fau­teuil, etc). L’ins­ti­tu­tion leur pro­pose alors une sé­lec­tion de pho­tos d’ob­jets réunies dans un dos­sier pa­pier. Le nu­mé­rique s’est ar­rê­té aux portes de l’ins­ti­tu­tion créée sous l’im­pul­sion d’Hen­ri IV, puis de Louis XIV sous le nom de Garde-meuble de la Cou­ronne – il pren­dra le nom de Mo­bi­lier na­tio­nal en 1870. S’il ne peut pas ré­pondre à la de­mande d’un po­li­tique, no­tam­ment pour des meubles contem­po­rains, il les achète à des créa­teurs fran­çais ou étran­gers. Ou, beau­coup plus ra­re­ment, les fa­brique lui-même dans ses ate­liers après ap­pel d’offres à des de­si­gners.

L’ameu­ble­ment des puis­sants est ré­gi par une somme de règles im­pli­cites. « Il existe une di­plo­ma­tie du meuble, ex­plique Marc Bayard, his­to­rien de l’art et conseiller pour le dé­ve­loppe

ment cultu­rel et scien­ti­fique du Mo­bi­lier. Nous sommes en­core dans un pays mo­nar­chique, il faut faire at­ten­tion aux pré­séances, on reste à che­val sur l’éti­quette. On ne pro­pose pas des ob­jets de même va­leur à un pré­sident ou à un membre du gou­ver­ne­ment et il n’est pas ques­tion qu’un conseiller ait un plus beau bu­reau que son mi­nistre. » Or, il ar­rive qu’un haut fonc­tion­naire exige des meubles hors de prix que le Mo­bi­lier lui re­fuse avec di­plo­ma­tie. Sauf quand il oc­cupe un poste stra­té­gique au sein de l’exé­cu­tif. Aqui­li­no Mo­relle, l’an­cien conseiller de Fran­çois Hol­lande, ado­rait voir ses vi­si­teurs s’es­bau­dir de­vant la ma­gni­fi­cence de son bu­reau. Il avait de­man­dé et ob­te­nu un en­semble de plu­sieurs pièces en mé­tal et bois réa­li­sé par Fré­dé­ric Ruyant. « Il est dif­fi­cile de dire non au conseiller spé­cial du pré­sident », mur­mure un agent du Mo­bi­lier. La sé­lec­tion des pièces d’ameu­ble­ment est mi­nu­tieuse et obéit à di­vers cri­tères. Chaque ob­jet pro­po­sé est d’abord exa­mi­né par un tech­ni­cien, qui juge s’il né­ces­site une res­tau­ra­tion avant d’être « dé­po­sé » se­lon la ter­mi­no­lo­gie en vi­gueur. Le per­son­nel du Mo­bi­lier se rend éga­le­ment sur place pour éva­luer les sur­faces, la lu­mière des pièces, la lar­geur des portes pour évi­ter de se re­trou­ver avec un meuble qui ne passe pas. Chaque ob­jet est lo­ca­li­sé à un en­droit •••

••• pré­cis : l’hôte des lieux n’a pas le droit de le bouger. Le Mo­bi­lier veille éga­le­ment à évi­ter les fautes de goût. La plu­part des bâ­tisses qui hé­bergent les pré­fets et les mi­nistres ont une his­toire qu’il convient de respecter. « Nous fai­sons of­fice d’ar­chi­tecte d’in­té­rieur, concède Marc Bayard. On ne met pas n’im­porte quoi sous des lam­bris ou dans un sa­lon Em­pire. » Il s’agit juste de le faire com­prendre avec dé­li­ca­tesse aux ré­ci­pien­daires. Une fois le meuble ou la ta­pis­se­rie choi­sis, ce sont les agents du Mo­bi­lier qui viennent l’ins­tal­ler. Là en­core, de nom­breuses pré­cau­tions sont prises pour pré­ser­ver un pa­tri­moine à la va­leur in­es­ti­mable. Pas ques­tion de mettre un fau­teuil de trop grande va­leur dans une salle d’at­tente. Ou un ta­pis an­cien dans un lieu de pas­sage où il risque d’être dé­gra­dé. La Cour des comptes s’est in­quié­tée en 2014 de la dis­pa­ri­tion d’un cer­tain nombre de meubles et d’oeuvres d’art mis à dis­po­si­tion des bâ­ti­ments pré­si­den­tiels. Sur la base d’un re­cen­se­ment ef­fec­tué en 2007, 625 meubles prê­tés par le Mo­bi­lier na­tio­nal ont été no­tés comme « non vus ». Un chiffre stu­pé­fiant. Des « dis­pa­ri­tions » pures et simples se­lon la Cour. Cer­tains mi­nistres ou hauts fonc­tion­naires in­dé­li­cats ne se sont pas gê­nés pour em­por­ter chaises, mi­roirs, hor­loges ou ta­bleaux en quit­tant leurs fonc­tions. Une an­cienne pré­fète a d’ailleurs été condam­née à un an de pri­son en 2012 pour s’être ap­pro­prié cer­tains ob­jets. Ces « em­prunts » ne sont pas si nom­breux, nuance Ch­ris­tiane Naf­fah-Bayle, di­rec­trice des col­lec­tions du Mo­bi­lier : « Il y a peu de vols, as­sure-t-elle. Les dé­po­si­taires ont conscience que ce que nous leur confions ap­par­tient au pa­tri­moine des Fran­çais. » Beau

coup de « non vus » se sont en fait vo­la­ti­li­sés pen­dant la se­conde guerre mon­diale, ont été dé­truits, per­dus ou sub­ti­li­sés et ja­mais re­trou­vés. Ce n’est, en ef­fet, qu’en 1996 qu’a été créée une « com­mis­sion de ré­co­le­ment » char­gée de re­cen­ser les pièces dis­per­sées dans les bâ­ti­ments pu­blics. Et cer­tains ob­jets que l’on croyait dis­pa­rus pour tou­jours res­sur­gissent par­fois quelques an­nées plus tard dans des jar­dins ou des caves, dans des gre­niers ou des fon­taines où un per­son­nel peu au fait de leur va­leur les avait aban­don­nées. Ain­si cette pe­tite sculp­ture de bronze nom­mée La Femme ac­crou­pie à la dra­pe­rie, dé­po­sée au mi­nis­tère de l’édu­ca­tion na­tio­nale en 1940 et re­trou­vée dans un pla­card du mi­nis­tère soixante-douze ans plus tard. De­puis la créa­tion de la com­mis­sion scien­ti­fique na­tio­nale des col­lec­tions par la loi de 2010, il est de­ve­nu qua­si­ment im­pos­sible aux hôtes de pas­sage de glis­ser dans leurs ba­gages des oeuvres de va­leur. Dé­sor­mais, un état des lieux est réa­li­sé à l’ar­ri­vée et au dé­part de chaque lo­ca­taire. Les ins­pec­teurs exa­minent une par une les pièces prê­tées en com­pa­rant le nu­mé­ro ins­crit sous le pla­teau des tables ou les pieds des chaises à la liste qu’ils ont entre les mains.

si le vol est rare, les dé­gra­da­tions sont, en re­vanche, as­sez cou­rantes. La ru­meur avait at­tri­bué, à tort, le sac­cage de plu­sieurs ob­jets rares à Valérie Trier­wei­ler lors d’une dis­pute avec son an­cien com­pa­gnon. Le Mo­bi­lier avait dé­men­ti. Il avait, en re­vanche, confir­mé le car­nage com­mis par les chiens de Ni­co­las Sar­ko­zy qui s’étaient fait les crocs sur les meubles du sa­lon ar­gent de l’Ely­sée, des pièces in­es­ti­mables do­rées à l’or blanc et ten­dues d’étoffes de grande va­leur. Plu­sieurs corps de mé­tier avaient dû in­ter­ve­nir pour ré­pa­rer les dé­gâts. La seule ré­fec­tion des do­rures a coû­té 6600 eu­ros. Les agents du Mo­bi­lier se rendent ré­gu­liè­re­ment dans les lieux de dé­pôt pour chan­ger un lustre, ré­pa­rer une hor­loge, faire re­ta­pis­ser un ca­na­pé. De nom­breux meubles sont abî­més lorsque le Mo­bi­lier les ré­cu­père. « Les po­li­tiques connaissent la va­leur des choses, mais pas for­cé­ment leur usage, ana­lyse l’his­to­rien de l’art Marc Bayard. Ils ne savent pas qu’on ne pose pas une tasse à ca­fé ou un ci­gare sur un re­vê­te­ment de bu­reau en cuir. Nous sommes dans une so­cié­té du je­table où l’on ne fait pas for­cé­ment at­ten­tion aux meubles. Tout le monde ou presque est lo­gé dans du Ikea et on a l’ha­bi­tude de se dé­bar­ras­ser de ce qui est cas­sé. » As­siettes bri­sées, sou­pières ébré­chées, vases fen­dus: par pru­dence, le Mo­bi­lier évite de confier la por­ce­laine de Sèvres. De toute fa­çon, les po­li­tiques en de­mandent peu. Leurs exi­gences ra­content les évo­lu­tions de l’his­toire du goût. Pen­dant long­temps, les per­son­na­li­tés de droite avaient une in­cli­na­tion pour l’an­cien, à l’image d’un Edouard Bal­la­dur qui ne ju­rait que par le mo­bi­lier des rois de France, quand celles de gauche op­taient pour le contem­po­rain. Au­jourd’hui, le goût s’est uni­for­mi­sé et rares sont ceux qui ne se dam­ne­raient pas pour du de­si­gn ju­gé plus mo­derne. Ni­co­las Sar­ko­zy avait ain­si op­té pour un en­semble des créa­teurs Philippe Chaix et Jean-Paul Mo­rel pour son deuxième bu­reau à l’Ely­sée. Il l’a gar­dé pour ses lo­caux rue de Mi­ro­mes­nil, que la Ré­pu­blique met à sa dis­po­si­tion. La plu­part des oeuvres réa­li­sées par les ate­liers du Mo­bi­lier sont des pièces uniques, mais le bu­reau Chaix et Mo­rel a été con­çu en trois exem­plaires tant il est ap­pré­cié. Christine Al­ba­nel, mi­nistre de la culture sous Ni­co­las Sar­ko­zy, en avait un aus­si. Re­naud Don­ne­dieu de Vabres sou­hai­tait re­ce­voir dans du mo­bi­lier en bé­ton, mais l’ins­ti­tu­tion n’avait rien de tel en stock. Un ap­pel d’offres a été sou­mis à deux de­si­gners et Sa­lo­mé de Fon­tai­nieu a été choi­sie. Les meubles ont été li­vrés neuf mois plus tard par l’ate­lier du Mo­bi­lier. Na­tha­lie Kos­cius­ko-Mo­ri­zet les a ré­cu­pé­rés lors­qu’elle a été nom­mée au mi­nis­tère de l’écologie. Sé­go­lène Royal, qui lui a suc­cé­dé, les a ren­dus, pré­fé­rant se do­ter d’un bu­reau Olivier Ga­gnère. Ain­si va l’alternance des mi­nistres comme des meubles. Cer­tains meubles sont plus de­man­dés que d’autres, comme ceux de Pierre Pau­lin ou d’An­drée Put­man. « Les pièces mi­ni­ma­listes aux lignes pures, pas dé­ran­geantes, sont très pri­sées », constate Jé­rôme Bes­cond, responsable de l’ate­lier re­cherche et créa­tion qui réunit dix ar­ti­sans au sein de trois ate­liers consa­crés au bois, au mé­tal et aux ma­té­riaux com­po­sites. D’autres ne trouvent pas pre­neurs. Ju­gé trop fé­mi­nin, le bu­reau si­gné Ma­ta­li Cras­set fi­na­le­ment choi­si par Au­ré­lie Fi­lip­pet­ti était res­té cinq ans sans af­fec­ta­tion. « Avec l’ar­ri­vée des femmes au gou­ver­ne­ment, on constate un chan­ge­ment, se fé­li­cite Jé­rôme Bes­cond, elles osent da­van­tage des formes ori­gi­nales. » Les oeuvres les plus coû­teuses res­tent sou­vent au pla­card. En pé­riode de crise, la plu­part des hommes et des femmes po­li­tiques craignent de se voir épin­gler s’ils donnent à voir une quel­conque appétence pour le luxe. Dif­fi­cile éga­le­ment d’as­su­mer des pièces trop voyantes comme ce bu­reau de trois mètres quinze de long en fibre de car­bone noir brillant réa­li­sé par Chris­tian Ghion que per­sonne n’a en­core osé de­man­der ou cette mé­ri­dienne mo­nu­men­tale orange si­gnée Cé­sar qui est ré­gu­liè­re­ment ex­po­sée dans des mu­sées, mais ja­mais uti­li­sée. « Au dé­but, on tes­tait tout, on fai­sait ap­pel à des ar­tistes qui créaient des ob­jets in­croyables comme des sièges à res­sorts, de vé­ri­tables oeuvres d’art. Au­jourd’hui, il faut que ce soit utile, pro­to­co­laire, on s’ac­corde moins de fan­tai­sie », re­grette Jé­rôme Bes­cond. De­puis de longues an­nées, les com­mandes pu­bliques sont en panne et le Mo­bi­lier na­tio­nal semble s’être as­sou­pi à force de n’être pas sol­li­ci­té. Comme toutes les autres ins­ti­tu­tions pu­bliques, il voit son bud­get (5 mil­lions d’eu­ros pour l’an­née 2014) fondre an­née après an­née (une baisse de 8 % est pré­vue pour le pro­chain exer­cice). Il est loin le temps où Pierre Pau­lin se voyait confier l’amé­na­ge­ment de trois pièces du pa­lais de l’Ely­sée (lire page sui­vante) et An­drée Put­man la dé­co­ra­tion du nou­veau mi­nis­tère des fi­nances à Ber­cy. « La der­nière fois que nos ate­liers ont tra­vaillé pour un lieu spé­ci­fique, c’était pour la ré­no­va­tion de l’ambassade de France à Ber­lin, se sou­vient Ch­ris­tiane Naf­fah-Bayle. Nous sommes te­nus à l’écart des grands pro­jets. Ce n’est pas nor­mal qu’on ne fasse pas ap­pel à nous pour le nou­veau mi­nis­tère de la dé­fense ou le tri­bu­nal de grande ins­tance de Ba­ti­gnolles. » Peu après sa prise de fonc­tion, Fleur Pel­le­rin est ve­nue vi­si­ter le siège du Mo­bi­lier, les ate­liers et les ré­serves. Elle a écou­té avec at­ten­tion ces pas­sion­nés du pa­tri­moine ar­tis­tique fran­çais lui de­man­der de re­vi­ta­li­ser l’ins­ti­tu­tion en re­la­çant les com­mandes pu­bliques. Pour l’ins­tant, ces der­niers ne savent pas s’ils ont été en­ten­dus.

Au sud de Pa­ris, le Mo­bi­lier na­tio­nal

en­tre­pose dans sa ré­serve ex­té­rieure des di­zaines de mil­liers de pièces sus­cep­tibles de meu­bler les 658 adresses

of­fi­cielles de la Ré­pu­blique (ici, un ca­na­pé Em­pire).

Pré­si­dents et mi­nistres sont cen­sés prendre soin du mo­bi­lier prê­té, ce qui n’a pas em­pê­ché les chiens de Ni­co­las Sar­ko­zy (1) d’abî­mer les meubles du sa­lon ar­gent de l’Ely­sée. Les mi­nistres de la culture

ont sou­vent pas­sé com­mande d’oeuvres ori­gi­nales aux ate­liers du Mo­bi­lier na­tio­nal. Jack Lang avait ob­te­nu un bu­reau des­si­né par Syl­vain Du­buis­son (4), Au­ré­lie Fi­lip­pet­ti une oeuvre de Ma­ta­li Cras­set (2).

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