Ga­briel-Kane Day-Le­wis

Un air de fa­mille

Magazine M - - La Une - RÉA­LI­SA­TION ALEK­SAN­DRA WO­RO­NIE­CKA — PHO­TOS CEDRIC BU­CHET — TEXTE STÉ­PHA­NIE CHAYET

Com­ment fait-on sa crise d’ado­les­cence quand on s’ap­pelle Ga­briel-Kane Day-Le­wis? Un peu comme tout le monde, ap­pa­rem­ment : on met sa cas­quette à l’en­vers et on ar­rête d’écou­ter ses pa­rents. De­puis son en­fance, le fils d’Isa­belle Ad­ja­ni et Da­niel Day-Le­wis s’en­tend dire qu’il doit se mé­fier des mé­dias. Ne pas prê­ter le flanc, ne ja­mais s’ex­po­ser. Alors, l’an­née de ses 18 ans, il a trou­vé op­por­tun de dif­fu­ser une vi­déo où il rappe, un énorme joint à la main, sur les vi­cis­si­tudes de sa condi­tion d’en­fant de monstres sa­crés ( « Ap­pe­lez moi Gabe Day, pas Gabe Day-Le­wis [...]. Ju­ger quel­qu’un pour son père c’est aus­si nul qu’être ra­ciste » ). C’était en no­vembre 2013. Fil­mé sur le cam­pus pro­pret de son uni­ver­si­té des en­vi­rons de New York, le clip fut ri­di­cu­li­sé par la presse et la blo­go­sphère. La bles­sure n’est pas ci­ca­tri­sée. « Je vou­lais être nor­mal, je ne sa­vais pas à quel point j’étais ob­ser­vé, ex­plique-t-il, en fran­çais. Mon père m’a tou­jours mis en garde, mais j’étais im­ma­ture, j’avais be­soin de me re­bel­ler. C’était une erreur. On a dit beau­coup de mal de moi. »

Dix-huit mois ont pas­sé. Ta­toué et po­li, le jeune homme af­firme, au comp­toir d’un bar d’hô­tel à Man­hat­tan, que « beau­coup de choses ont chan­gé » . Pre­miè­re­ment, il a lais­sé tom­ber ses études pour se consa­crer à sa mu­sique – pas du rap, non, mais de la soul acous­tique, dans la veine de John Le­gend. Il ne vit plus chez son père et sa belle-mère, la ci­néaste Re­bec­ca Miller, mais seul avec son chat, dans un stu­dio de l’Up­per West Side. Il a 8000 abon­nés sur Ins­ta­gram et 700 sur Twit­ter. L’été der­nier, ce beau gosse au re­gard triste a par ailleurs si­gné un contrat avec l’agence de man­ne­quins IMG [cette sé­rie pour M marque ses dé­buts, NDLR], non par pas­sion pour la mode, mais pour « ga­gner un peu d’ar­gent » : « Mon père n’a ja­mais contri­bué pour un cen­time à mon pro­jet mu­si­cal.

C’est moi qui ai trou­vé mon pro­duc­teur, mon ma­na­ger. C’est moi qui paye. » Af­fli­gé d’un pa­tro­nyme « écra­sant » qui ouvre des portes mais jette le soup­çon, Ga­briel-Kane Day-Le­wis tient à son in­dé­pen­dance fi­nan­cière.

Un temps, il est al­lé consul­ter les ar­ticles pa­rus à l’époque de sa nais­sance– une époque qui fut aus­si celle de la rup­ture de ses pa­rents, sur fond de tra­hi­sons et de rè­gle­ments de comptes. « Ils avaient tou­jours été vagues, je cher­chais des ré­ponses » , jus­ti­fie-t-il. « Je le re­grette. » Le jeune musicien, qui a quit­té Pa­ris et sa mère à 14 ans pour al­ler vivre avec son père, d’abord dans l’iso­le­ment d’une ferme ir­lan­daise, puis à New York, ville où il s’est « trou­vé » , constate que la presse fran­çaise a par­don­né la pre­mière ses mal­adresses pas­sées. En jan­vier, son ap­pa­ri­tion sur un ta­pis rouge à cô­té d’Anne Ha­tha­way, pour la sor­tie du film Song One, lui a va­lu des ar­ticles « très gen­tils » dans les ma­ga­zines people de l’Hexa­gone. Quand il a ap­pe­lé Isa­belle Ad­ja­ni pour s’en van­ter, elle a ré­pon­du : « Mé­fie-toi, ils t’en­censent au­jourd’hui pour mieux te dé­mo­lir de­main. » On le sent un peu in­quiet. « Elle dit ça par amour, pour me pro­té­ger. J’ai choi­si un mé­tier où on est ex­po­sé. Je sais que je n’ai pas droit à l’erreur. »

Bom­Ber en faille Bro­dée pé­tales, veste zip­pée en co­ton et pan­ta­lon en crêpe de laine, Carven. cein­ture en va­chette et chaîne en mé­tal ni­ckel, Lan­vin.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.