“Une mau­vaise mous­son, un conflit po­li­tique ou un séisme, et c’est la ca­tas­trophe. En Egypte, le prix du jas­min au ki­lo a été mul­ti­plié par cinq après les évé­ne­ments.”

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planche dé­jà sur de nou­velles joint-ven­tures à tra­vers le monde. Quant à Fran­çois De­ma­chy chez Dior, il s’est en­ga­gé à ai­der le Do­maine de Ma­non, à Grasse, à re­plan­ter du­ra­ble­ment du jas­min. Im­pos­sible de faire l’im­passe sur ce que l’on ap­pelle le « sour­cing ver­tueux ». IFF, qui a ac­quis en 2000 les La­bo­ra­toires Mo­nique Ré­my, pousse dé­sor­mais sa ré­flexion bien plus loin en pro­po­sant aux pay­sans avec les­quels il col­la­bore une sé­lec­tion va­rié­tale qui leur per­met­tra de bé­né­fi­cier d’un meilleur ren­de­ment et de dis­po­si­tifs d’ex­trac­tion plus per­for­mants. Gi­vau­dan, qui s’était dé­bar­ras­sé d’une so­cié­té de pro­duc­tion de ma­tières pre­mières dans les an­nées 1990, com­mu­nique à pré­sent sur toutes ses fi­lières, qu’il s’agisse du ben­join au Laos, de l’ylang-ylang aux Co­mores ou de la fève ton­ka au Ve­ne­zue­la. Quant à Sym­rise, il vient juste d’or­ga­ni­ser une confé­rence de presse à propos de ses ac­tions sur le ter­rain: « En 2012, la so­cié­té mal­gache Aro­ma­tics SAS, que nous avons ra­che­tée, fai­sait tra­vailler 1 000 fer­miers, ex­plique Anne Ca­bo­tin, vice-pré­si­dente char­gée de la stra­té­gie développement du­rable pour la di­vi­sion Scent and Care de Sym­rise. Au­jourd’hui, ils sont 7000 et bé­né­fi­cient en plus d’une as­su­rance san­té. » De quoi sé­duire les marques, qui pour­ront se van­ter de cet im­pact positif lors­qu’elles pré­sen­te­ront leurs nou­veau­tés. « Il ne faut ce­pen­dant pas ou­blier que, mal­gré tout ce que nous en­tre­pre­nons, les in­gré­dients na­tu­rels nous obligent à res­ter humbles, dit Oli­vier Fal­let, char­gé des ma­tières pre­mières na­tu­relles chez Gi­vau­dan. Je com­mence cha­cune de mes jour­nées en li­sant les in­for­ma­tions in­ter­na­tio­nales. Une mau­vaise mous­son, un conflit po­li­tique ou un séisme, et c’est la ca­tas­trophe. Après les évé­ne­ments en Egypte, le prix du jas­min au ki­lo a été mul­ti­plié par cinq. »

Du cô­té Des par­fu­meurs, qui créent les for­mules, on se ré­jouit d’avoir dé­sor­mais ac­cès à ces ma­tières ir­ré­pro­chables. D’au­tant que tous l’avouent sans vou­loir être ci­tés : le bud­get ac­cor­dé par les marques à la com­po­si­tion de leurs par­fums a en­fin été re­vu à la hausse. « Pen­dant des an­nées, on nous a don­né des bud­gets mi­sé­rables pour créer, confie l’un d’entre eux, et les fra­grances ven­dues 80 eu­ros les 50 ml ne va­laient pas du tout ce prix. Mais les for­mules qui marchent ac­tuel­le­ment sont celles dans les­quels les marques ont ac­cep­té de mettre le prix. » Ce­pen­dant, cer­tains craignent que ces opé­ra­tions de com­mu­ni­ca­tion au su­jet des champs de fleurs fi­nissent par prendre trop d’im­por­tance. « Maî­tri­ser les qua­li­tés, on le fait de­puis tou­jours chez Guer­lain, mais on n’a ja­mais com­mu­ni­qué des­sus. Si on se met à le faire au­jourd’hui, alors tout le monde pen­se­ra qu’on s’aligne sur les autres », dit Thier­ry Was­ser, aga­cé. D’autres, sou­hai­tant gar­der l’ano­ny­mat, se de­mandent com­ment les par­fu­meurs, dont le mé­tier est de com­po­ser, ont le temps de jouer à l’autre bout du monde les « El Grin­go ». « C’est for­mi­dable de par­ler des in­gré­dients de qua­li­té, mais la par­fu­me­rie n’est-elle pas en train de se trou­ver une nou­velle dan­seuse pour ca­mou­fler le manque d’ori­gi­na­li­té des for­mules? », de­mande un nez en chu­cho­tant. « Quand un ta­bleau nous plaît, ce n’est pas tel pig­ment jaune uti­li­sé qui fait de lui un chef-d’oeuvre, ajoute Ch­ris­to­pher Shel­drake. Chez Cha­nel, on at­tache au­tant d’im­por­tance aux na­tu­rels qu’aux syn­thé­tiques. Le No 5 dé­pend au­tant de la qua­li­té du jas­min que des al­dé­hydes [mo­lé­cules de syn­thèse né­ces­saires à la for­mule, NDLR]. C’est l’équi­libre qui compte. » Dans les champs du Ta­mil Na­du, en re­vanche, on ne se pose pas toutes ces ques­tions. On conti­nue à pré­le­ver in­las­sa­ble­ment les cen­taines de pé­tales de tu­bé­reuse qui fi­ni­ront po­sés der­rière la nuque d’une Fran­çaise ou d’une Amé­ri­caine, en es­pé­rant que l’an­née pro­chaine en­core la ré­colte soit bonne.

Oli­vier Fal­let, char­gé des ma­tières pre­mières na­tu­relles chez Gi­vau­dan

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