Ce n’est pas hier qui lui manque, c’est le mil­lé­naire qui s’an­nonce. Lanz­mann ne dit ja­mais “de mon temps” et fuit les psy­cha­na­lystes.

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Il y a quelques jours, il fut l’un des in­vi­tés, avec Yann Moix, de la re­pré­sen­ta­tion de Co­rée du Nord à l’Unes­co : il rêve de tour­ner son pro­chain film dans la der­nière dic­ta­ture com­mu­niste, mais une nou­velle fois tout est « très com­pli­qué ». Pierre an­gu­laire du scé­na­rio, sa fur­tive rencontre, lors d’un voyage of­fi­ciel à Pyon­gyang, en 1958, avec une jeune in­fir­mière co­réenne, Kim Kum-sun : son seul amour fan­tas­mé. Pour te­nir le rôle de ce­lui qu’il était alors, il a choi­si Char­lie Cox, jeune acteur an­glais de­ve­nu le hé­ros d’une sé­rie qu’il adore « Board­walk Em­pire ». « Il ne vous res­semble pas du tout… – Non, mais il me plaît. – Qu’en dit-il? – Il ne sait pas en­core qu’il se­ra moi. Il faut que je me dé­pêche, bien­tôt il se­ra très cher. » Il y a cin­quante ans, le jeune Lanz­mann avait em­me­né Kim Kum-sun sur le fleuve Tae­dong-gang. Sur­veillés de­puis le che­min de ha­lage par les bri­ga­distes du ré­gime, seuls leurs or­teils s’étaient amou­reu­se­ment « en­tre­la­cés » au fond du ca­not. Les mains ro­bustes de Lanz­mann n’avaient pas osé tou­cher la jeune Co­réenne. Comme si elles n’étaient fi­na­le­ment faites que pour fil­mer, écrire, sculp­ter l’His­toire et sa propre sta­tue.

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