Ma vie de Nord-Co­réen sous vos ap­plau­dis­se­ments.

De­puis cinq ans, un talk-show d’un genre nou­veau pas­sionne les té­lé­spec­ta­teurs sud-co­réens. De­vant les ca­mé­ras, des ré­fu­giés ve­nus du Nord ra­content leur quo­ti­dien sous le joug de la fa­mille Kim : la mi­sère, l’en­doc­tri­ne­ment, les frasques du dic­ta­teur, ma

Magazine M - - Le Sommaire - Ha­rold tHi­bault — Jean CHung par pho­tos

En Co­rée du Sud, des trans­fuges du Nord té­moignent de leur vie pas­sée dans un talk-show. Une fe­nêtre sur ces voi­sins qui fas­cine.

Rien ne pré­des­ti­nait ryang Jin-hui à être re­con­nue dans la rue. À être in­ter­pel­lée par des pas­sants qui lui confient com­bien son his­toire les a tou­chés, com­bien ils sont heu­reux de la sa­voir ici. Ré­fu­giée nord­co­réenne, la jeune femme vit au­jourd’hui à Séoul. Si des in­con­nus s’ar­rêtent de­vant son vi­sage, c’est qu’elle est de­ve­nue l’une des « stars » de l’émis­sion « Iman­gap » – abré­via­tion en co­réen de « je viens à ta ren­contre » –, un talk-show heb­do­ma­daire don­nant la pa­role à des trans­fuges du Nord. Alors que, de la K-pop aux soap ope­ras, la Co­rée du Sud s’est fait un nom comme pays du di­ver­tis­se­ment, son frère en­ne­mi conti­nue de s’illus­trer par son ré­gime ré­pres­sif et iso­la­tion­niste. Deux mondes sé­pa­rés par les bar­be­lés, mines et ra­dars de l’in­fran­chis­sable DMZ (zone dé­mi­li­ta­ri­sée)… sauf sur le pla­teau d’« Iman­gap ». En 2011, à son lancement, le pro­gramme était un ov­ni dans le pay­sage mé­dia­tique sud-co­réen : des hommes et des femmes y ra­content leur vie quo­ti­dienne en Co­rée du Nord, de­vant un pu­blic qui os­cille entre rires et larmes, au gré des ré­cits. Cinq ans plus tard, l’au­dience n’a pas fai­bli. Pour la scripte Yi Jin-hyun, le suc­cès tient à ce mé­lange de proxi­mi­té et d’éloi­gne­ment qu’en­tre­tiennent les deux États, une même na­tion meur­trie par la di­vi­sion : «Nous sommes le même peuple, mais il ya­pour­tant quelque chose d’étran­ger qui nous sé­pare. Nos vies sont dif­fé­rentes.» Le vi­vier d’« Iman­gap », c’est la com­mu­nau­té de ré­fu­giés. Cer­tains pré­fèrent res­ter dis­crets, •••

La trans­fuge Ryang Jin-hui (en robe jaune) par­ti­cipe ré­gu­liè­re­ment à « Iman­gap ». Au cours de l’émis­sion, elle peut aus­si bien évo­quer les mises en garde du ré­gime nord-co­réen contre les can­di­dats à l’exil que se lan­cer dans une cho­ré­gra­phie digne d’un girls band.

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