Halte aux dons de sti­let­tos pour les si­nis­trés des cy­clones.

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2 — Halte aux dons de sti­let­tos pour les si­nis­trés des cy­clones.

EX­PÉ­DIER DES ES­CAR­PINS À TA­LON AI­GUILLE POUR AI­DER LES VIC­TIMES D’UN OU­RA­GAN. L’IDÉE SEMBLE SAU­GRE­NUE. ET POUR­TANT… Alors que les or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires ont cou­tume de sol­li­ci­ter les dons, un rap­port de la Croix-Rouge en Aus­tra­lie de­mande de stop­per les en­vois in­adap­tés aux len­de­mains des ca­tas­trophes na­tu­relles. Car ces dons em­bar­ras­sants re­tardent la dis­tri­bu­tion de l’aide hu­ma­ni­taire et coûtent de l’ar­gent tant aux ONG qu’aux pays si­nis­trés. La Croix-Rouge prend l’exemple du Va­nua­tu, ar­chi­pel à l’est de l’Aus­tra­lie, ba­layé par le cy­clone Pam en mars 2015, qui a fait une di­zaine de morts et lais­sé 75 000 per­sonnes sans abri. Le pays a re­çu 70 conte­neurs char­gés de biens en­voyés di­rec­te­ment par des Aus­tra­liens, sans pas­ser par le filtre des ONG. Outre les chaus­sures à ta­lon, se trou­vaient des sacs à main, des pulls d’hiver et des cou­ver­tures chaudes alors que la tem­pé­ra­ture moyenne est de 28 de­grés, en mars, au Va­nua­tu. Dix mois après le pas­sage du cy­clone, 18 conte­neurs n’avaient tou­jours pas été dis­tri­bués. La moi­tié des boîtes de conserve était pé­ri­mée et a dû être dé­truite aux frais du gou­ver­ne­ment et par­fois au dé­tri­ment de l’en­vi­ron­ne­ment. Le sto­ckage a coû­té en­vi­ron 2 mil­lions de dollars aus­tra­liens (1,4 mil­lion d’eu­ros). Dans son rap­port sur les pro­blèmes po­sés par ces dons spon­ta­nés, la Croix-Rouge évoque éga­le­ment les len­de­mains du cy­clone Wins­ton, en 2016, aux Fid­ji. Des équi­pe­ments spor­tifs, des scies et des ta­pis ont été re­trou­vés dans des co­lis, conte­nant aus­si pour cer­tains de la nour­ri­ture. « Les gens qui font des dons en­voient sou­vent ce qu’ils ont sous la main », dé­plore Steve Ray, de la Croix-Rouge aus­tra­lienne. « Les tra­vailleurs hu­ma­ni­taires doivent alors trier et faire l’in­ven­taire de ces biens, au lieu de s’oc­cu­per des per­sonnes les plus af­fec­tées par la ca­tas­trophe. Quand on ad­di­tionne les frais d’en­voi, le sto­ckage et la dis­tri­bu­tion, les coûts sont lar­ge­ment su­pé­rieurs à la va­leur des ob­jets en­voyés », pour­suit-il. « Ce­la ajoute une pres­sion fi­nan­cière aux gou­ver­ne­ments et aux or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires », ren­ché­rit Joan­na Pra­de­la, du Conseil aus­tra­lien pour le dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal. Elle re­mer­cie ses conci­toyens pour leur gé­né­ro­si­té (se­lon l’or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale Cha­ri­ties Aid Foun­da­tion, ils fi­gurent par­mi les do­na­teurs les plus gé­né­reux dans le monde), mais leur sug­gère de pas­ser par les ONG qui savent de quoi ont be­soin les si­nis­trés. Ou mieux en­core : d’en­voyer de l’ar­gent. C’est « le moyen le plus sûr d’ai­der les gens dans une crise hu­ma­ni­taire. C’est ra­pide, flexible », vante-t-elle. Pour ceux qui veulent se dé­bar­ras­ser de leurs vieux ta­lons ou des ou­tils de bri­co­lage, elle a une sug­ges­tion : « Ven­dez-les sur In­ter­net ou dans des vide-gre­niers, et re­ver­sez l’ar­gent. » Ca­ro­line Taïx

La Croix-Rouge vient de rap­pe­ler aux Aus­tra­liens les ef­fets dont les vic­times de ca­tas­trophes na­tu­relles ont réel­le­ment be­soin. Ici, dis­tri­bu­tion de gé­né­ra­teurs élec­triques après le pas­sage du cy­clone Pam au Va­nua­tu, en 2015.

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