La cou­ture se pique de re­cy­clage.

Le prêt-à-por­ter s’y était mis iL y a queLques an­nées, voi­ci Le tour de La haute cou­ture. une dé­marche qui sti­muLe La créa­ti­vi­té et sé­duit une cLien­tèLe pour La­queLLe écoLo­gie rime avec mo­der­ni­té.

Magazine M - - Le Sommaire - Vi­cky cha­hine par

Le point de dé­part de la col­lec­tion haute cou­ture au­tomne/ hiver 2016 de Vik­tor & Rolf ? Non pas une page blanche, mais les archives de la marque, dans les­quelles les fon­da­teurs néer­lan­dais Vik­tor Hors­ting et Rolf Snoe­ren sont al­lés cher­cher des se­quins, de l’or­gan­za, du tulle, des bou­tons et même des pièces is­sues des pré­cé­dentes col­lec­tions – dont celle qui leur va­lut le Grand Prix d’Hyères, en 1993. Les créa­teurs les ont re­tra­vaillés, dé­chi­rés, mé­lan­gés et tis­sés à la main pour don­ner nais­sance à des patch­works ar­ti­sa­naux et poé­tiques, ins­pi­rés de l’image du va­ga­bond de l’oeuvre de Charles Di­ckens. Même l’in­vi­ta­tion au dé­fi­lé dé­but juillet était en fibre re­cy­clée. En sep­tembre, dans le cadre du Po­si­tive Eco­no­my Fo­rum, Ch­ris­tian La­croix, Dé d’or de la haute cou­ture qu’il a quit­tée en 2009, pré­sen­tait une tren­taine de robes réa­li­sées à par­tir de vê­te­ments col­lec­tés par l’as­so­cia­tion Le Gre­nier et cou­sues par des jeunes en bac pro mode. Deux opé­ra­tions de re­cy­clage plu­tôt rares dans l’uni­vers de la haute cou­ture. Rares, car dans l’imaginaire collectif, ul­tra­luxe et re­cy­clage ne font pas (en­core ?) bon mé­nage. La di­men­sion éthique dans la mode ren­voie bien sou­vent à des marques bio peu ré­pu­tées pour leur créa­ti­vi­té ou à des ini­tia­tives de mas­to­dontes du prêt-à-por­ter comme H&M vi­sant à mi­ni­mi­ser leur im­pact en­vi­ron­ne­men­tal (et à op­ti­mi­ser leur image). «Le­re­cy­clage n’aja­mais été­con­si­dé­ré comme quelque chose de noble, dé­plore Bar­ba­ra Coi­gnet, fon­da­trice de l’agence 1.618 Sus­tai­nable Luxu­ry qui aide les marques de luxe res­pon­sable à se dé­ve­lop­per. Pour­tant, au­jourd’hui, on ne peut plus créer un pro­duit sans pen­ser àla­fin­de­son cycle. Cette pro­blé­ma­tique doit êtrein­té­grée au pro­ces­sus créa­tif.» Bien que ré­ser­vée à un mar­ché de niche, la haute cou­ture peut-elle res­ter her­mé­tique à ces nou­velles pré­oc­cu­pa­tions de l’in­dus­trie de la mode et, plus gé­né­ra­le­ment, de l’époque ? Se­lon Bar­ba­ra Coi­gnet, tout est une ques­tion de dé­marche ar­tis­tique : «Bran­dir les dé­gâts de la pol­lu­tion et du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, c’est an­xio­gène pour le consom­ma­teur, il faut que la marque soit por­tée par une dy­na­mique créa­tive. Ain­si en va-t-il de Pe­tit h [une marque d’ac­ces­soires fon­dée par Her­mès qui ne tra­vaille qu’à par­tir de chutes en tout genre du groupe, NDLR ] qui met l’ac­cent sur un sa­voir-fai­re­plus que sur cette con­trainte de don­ner une autre vie aux ma­tières. Une nou­velle forme de luxe­qui renoue avec les va­leurs, le sen­sible, l’ im­ma­té­riel est en­train de­voir le jour.» C’est l’une des si­gna­tures de la col­lec­tion Ar­ti­sa­nal de Mai­son Mar­gie­la. La marque belge, dé­sor­mais sous la hou­lette ar­tis­tique de John Gal­lia­no, joue de­puis tou­jours avec des pièces exis­tantes, dans un pro­ces­sus de dé­tour­ne­ment plus que de re­cy­clage. Même fibre créa­tive

Pour son dé­fi­lé au­tomne-hiver 2016, la mai­son Vik­tor & Rolf a pré­sen­té des mo­dèles réa­li­sés à par­tir de pièces de ses pré­cé­dentes col­lec­tions.

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Le ves­tiaire de Sau­dade Pa­ris est réa­li­sé à par­tir de chutes de tis­sus (1). La col­lec­tion Ar­ti­sa­nal de Mai­son Mar­gie­la pro­pose de­puis tou­jours des vê­te­ments trans­for­més (2, le dé­fi­lé au­tomne-hiver 2016). Ro­nald Van der Kemp pro­duit des créa­tions uniques à par­tir de pièces chi­nées (3). En sep­tembre 2016, dans le cadre du Po­si­tive Eco­no­my Fo­rum, Ch­ris­tian La­croix a des­si­né une tren­taine de robes réa­li­sées à par­tir de vê­te­ments col­lec­tés par une as­so­cia­tion (4). 2

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