Stock­holm dit stop au Suède ba­shing.

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Stock­holm 4— dit stop au Suède ba­shing. “LES RE­TRAI­TÉS N’ONT PLUS LES MOYENS DE SE PAYER À MAN­GER…

Les ma­lades du cancer meurent en rai­son de longues files d’at­tente cau­sées par l’ar­ri­vée de di­zaines de mil­liers de ré­fu­giés, dont 77 % sont des hommes se fai­sant pas­ser pour des mi­neurs… Les femmes se font vio­ler… 150000 per­sonnes ont émi­gré ré­cem­ment aux États-Unis et en An­gle­terre… » Où ce­la est-il cen­sé se pas­ser? En Suède. En tout cas, dans l’ima­gi­na­tion de Ka­te­ri­na Ja­nouch, au­teure à suc­cès de livres pour adultes et pour en­fants. Chro­ni­queuse dans plu­sieurs ma­ga­zines sué­dois, elle a li­vré ce point de vue fan­tai­siste mi-jan­vier dans un en­tre­tien à la chaîne de té­lé­vi­sion nu­mé­rique tchèque, DVTV. De­puis Da­vos, où il as­sis­tait au Fo­rum éco­no­mique mon­dial, le pre­mier mi­nistre so­cial-dé­mo­crate Ste­fan Löf­ven s’est em­pres­sé de ré­agir à cette « dé­cla­ra­tion bi­zarre » , as­su­rant ses conci­toyens que « le res­pect pour le mo­dèle sué­dois et nor­dique [était] grand » à l’étran­ger. L’af­faire n’au­rait sans doute pas fait au­tant de bruit si l’au­teure de ces pro­pos n’était pas une per­son­na­li­té in­fluente, qui compte deux fois plus d’abon­nés sur Twit­ter que le chef du gou­ver­ne­ment et jouit d’une cer­taine cré­di­bi­li­té en Ré­pu­blique tchèque, dont elle est ori­gi­naire. Elle n’au­rait pas non plus pro­vo­qué une telle vague d’in­di­gna­tion si elle ne s’ins­cri­vait pas dans un contexte : la Suède est de plus en plus ré­gu­liè­re­ment confron­tée à ce genre d’as­ser­tions. Ha­bi­tué à fi­gu­rer en tête des grandes en­quêtes in­ter­na­tio­nales sur le bien-être so­cial, le dé­ve­lop­pe­ment du­rable ou l’éga­li­té, le pays n’avait jus­qu’à pré­sent pas eu à se sou­cier de son image à l’in­ter­na­tio­nal. Mais le pro­blème est tel au­jourd’hui que le mi­nis­tère des affaires étran­gères a en­voyé des di­rec­tives à ses am­bas­sades pour lut­ter contre la dés­in­for­ma­tion. De­puis le dé­but de la crise des ré­fu­giés à l’au­tomne 2015, les mé­dias ul­tra­con­ser­va­teurs, comme le site amé­ri­cain Breit­bart News, le ta­bloïd bri­tan­nique Dai­ly Mail ou le groupe Fox, mais aus­si la chaîne russe RT, ont fait du pays scan­di­nave leur cible pré­fé­rée, avec l’Al­le­magne. Il ne se passe plus une se­maine sans qu’ils ne dé­peignent sa so­cié­té en pleine dé­li­ques­cence et ses di­zaines de « no-go zones », ces quar­tiers où la po­lice ne met­trait plus les pieds. Le royaume, qui a ac­cueilli 250 000 ré­fu­giés entre 2014 et 2015, avant de fer­mer ses fron­tières dé­but 2016, est aus­si le contre-exemple fa­vo­ri des lea­ders eu­ro­péens an­ti-im­mi­gra­tion. En sep­tembre 2015, de­vant les par­le­men­taires po­lo­nais, Ja­ros­law Kac­zyns­ki, pré­sident du par­ti Droit et jus­tice, dé­taillait ain­si, dans une des­crip­tion to­ta­le­ment fan­tai­siste, ses « 54 quar­tiers où la cha­ria s’ap­plique et l’État a per­du le contrôle » .

POUR­QUOI LA SUÈDE EST-ELLE DE­VE­NUE UNE CIBLE?

« Pen­dant des an­nées, elle a été le sym­bole d’une po­li­tique li­bé­rale de l’im­mi­gra­tion et de la gauche au pou­voir, constate Ch­ris­tian Ch­ris­ten­sen, pro­fes­seur au dé­par­te­ment d’étude des mé­dias de l’uni­ver­si­té de Stock­holm. On l’a pré­sen­té comme une so­cié­té idyl­lique, uto­piste. Ses dé­trac­teurs s’en servent dé­sor­mais pour dé­mon­trer l’échec de la so­cial­dé­mo­cra­tie et de son mo­dèle so­cial, en ou­bliant qu’elle a été gou­ver­née pen­dant huit ans par la droite et que l’image était biai­sée dès le dé­part. » Peu im­porte que les in­for­ma­tions soient fausses ou les sources peu fiables, re­marque le cher­cheur : « Une fois que la ru­meur cir­cule, rien ne sert de la dé­men­tir. » En oc­tobre 2016, le quo­ti­dien Da­gens Ny­he­ter s’in­quié­tait du rôle joué ain­si par l’ex­trême droite, qui ali­mente la ru­meur à l’étran­ger. Le mi­nis­tère des affaires étran­gères, qui conseille à ses em­ployés d’être « court et fac­tuel sur Twit­ter » , peut trou­ver ma­tière à se ras­su­rer : le royaume scan­di­nave vient de fi­nir en tête, de­vant le Ca­na­da et la Suisse, du der­nier clas­se­ment du Re­pu­ta­tion ins­ti­tute, à New York, qui com­pare la re­nom­mée à l’étran­ger de tous les pays du monde. Anne-Fran­çoise Hi­vert

Le pre­mier mi­nistre sué­dois Ste­fan Löf­ven lutte contre les fausses as­ser­tions re­layées par les te­nants de l’an­ti-im­mi­gra­tion.

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