Les “ha­mo­nistes”, une bande à part.

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1 — Les “ha­mo­nistes”, une bande à part.

Leur pre­mier “coup”, comme iLs disent, re­monte à 1993. C’était bien sûr, tel que le veut la geste so­cia­liste, lors d’un congrès. Ce­lui d’Avi­gnon. Be­noît Ha­mon, jeune mi­li­tant bres­tois in­con­nu de 26 ans, prend la tête du Mou­ve­ment des jeunes so­cia­listes (MJS). À son cô­té se tient dé­jà Ré­gis Jua­ni­co, 21 ans, étu­diant à Sciences Po Lyon et en­ga­gé comme son aî­né à l’UNEF-ID, syn­di­cat pé­pi­nière de la gauche. Les deux hommes se sont ren­con­trés trois ans plus tôt dans les clubs Fo­rum, qui ras­semblent les jeunes ro­car-di­ens. Ils n’ont pas fi­ni leurs études, mais la po­li­tique est dé­jà leur vie. « Le cou­rant est vite pas­sé. On avait le même par­cours, les mêmes en­ga­ge­ments, les mêmes ob­jec­tifs : on vou­lait dé­si­gner nos por­te­pa­role, dé­fi­nir nos propres orien­ta­tions, ne plus être le bac à sable des cou­rants du PS » , se sou­vient Ré­gis Jua­ni­co. Vingt­quatre ans plus tard, les deux hommes ne se sont pas quit­tés. Ques­tion de culture, ques­tion de confiance. Be­noît Ha­mon l’a pris comme porte-pa­role lors­qu’il s’est en­ga­gé dans la pri­maire à gauche, dont le deuxième tour au­ra lieu di­manche.

Avec leur pe­tite bande, à cette époque, ils ont re­lan­cé le MJS, qui était mo­ri­bond. Et in­sis­té au­près de Mi­chel Ro­card, pa­tron du PS, pour ob­te­nir leur au­to­no­mie. « Ça a mar­qué le dé­but d’une li­gnée de onze pré­si­dents fi­dèles à son par­cours, se fé­li­cite Jua­ni­co, qui a lui­même suc­cé­dé à Be­noît Ha­mon en 1995. Le coeur de cette pri­maire, on l’a construit en lien avec les ac­teurs de la vie as­so­cia­tive, des ex­perts et des par­le­men­taires, mais l’épine dor­sale pro­vient des an­ciens du MJS. » Une sorte d’ami­cale. Ou d’école du vice, pour leurs contemp­teurs. Op­tion ma­noeuvres d’ap­pa­reil et coups tor­dus. De ces an­nées, en tout cas, Ha­mon conserve de so­lides ami­tiés. Ain­si, de Da­niel Gold­berg, dé­pu­té de Seine-Saint-De­nis, Jérôme Sad­dier, di­rec­teur gé­né­ral de la Mu­tuelle na­tio­nale ter­ri­to­riale, Hugues Nan­cy, réa­li­sa­teur de do­cu­men­taires, Ber­trand Gaume, pré­fet, Oli­vier Gi­rar­din, maire de La Cha­pelle-Saint-Luc (il a re­joint Ar­naud Mon­te­bourg)… Ou en­core des dé­pu­tés Pas­cal Cher­ki, Isa­belle Tho­mas et Guillaume Ba­las. Un clan? Des potes? « C’est un peu des deux » , ré­sume Jua­ni­co. Cer­tains passent leurs va­cances en­semble, avec conjoints et en­fants, mais sans ja­mais ces­ser de ma­noeu­vrer. « On écri­vait nos textes pour l’uni­ver­si­té d’été » , se sou­vient le dé­pu­té de la Loire. Pen­dant plus de vingt ans, les deux hommes font leurs classes en­semble. Pen­dant que Be­noît Ha­mon pour­suit sa lente mais pa­tiente as­cen­sion au sein du par­ti, Ré­gis Jua­ni­co re­joint le ca­bi­net d’Alain Ri­chard au mi­nis­tère de la dé­fense du gou­ver­ne­ment Jos­pin, avant de s’ins­tal­ler dans la ré­gion Rhône-Alpes. Il y est élu dé­pu­té en 2007, cinq ans avant son men­tor. L’an­née sui­vante, au congrès du PS, la mo­tion d’Ha­mon re­cueille 18,5 % des voix. Ce­lui-ci est nom­mé porte-pa­role du par­ti et place ses hommes. Ré­gis Jua­ni­co ob­tient la tré­so­re­rie du PS. Les “ha­mo­nistes” sont fi­dèLes et n’aiment pas Les écarts. « Je suis stu­pé­fait de voir com­ment ceux qui ont sui­vi comme un seul homme tous les cal­culs et po­si­tion­ne­ments de Be­noît Ha­mon ont rom­pu le dia­logue avec moi à par­tir du mo­ment où je n’ai plus fait par­tie de l’aven­ture » , per­si­flait, en oc­tobre 2016, l’ex-so­cia­liste Di­dier Guillot, conseiller de Pa­ris. An­cien ro­car­dien, il n’a pas sui­vi ses ca­ma­rades dans leur aven­ture de conquête de l’aile gauche du PS. « Ha­mon n’a gar­dé du ro­car­disme que l’ob­ses­sion d’avoir un cou­rant or­ga­ni­sé » , juge-t-il. Jean- Pa­trick Gille, dé­pu­té d’Indre-et-Loire et sou­tien de Vincent Peillon, le dit au­tre­ment. « Il tisse de­puis vingt ans un ré­seau et un cou­rant. C’est ad­mi­ra­ble­ment mon­té. Le cou­rant d’Ha­mon est beau­coup plus struc­tu­ré au sein du par­ti que ce­lui d’Ar­naud Mon­te­bourg, ana­lyse-t-il. Il tra­vaille de­puis des an­nées avec son pe­tit groupe. Ils sont un mé­lange de Mi­chel Ro­card et d’An­to­nio Gram­sci [membre fon­da­teur du PC ita­lien], mais sans être doc­tri­naires. » Comme leurs aî­nés, les « ha­mo­nistes » de la nou­velle gé­né­ra­tion ont four­bi leurs armes loin de l’ENA : au MJS ( « ce bas­tion de Be­noît Ha­mon est qua­si­ment de­ve­nu un par­ti pa­ral­lèle » , constate Jean-Pa­trick Gille) ou à l’UNEF, puis au PS. De quoi leur va­loir une so­lide ré­pu­ta­tion d’ap­pa­rat­chiks. « Trou­ver des élus dont l’en­ga­ge­ment est an­cien chez Ha­mon, ce n’est pas éton­nant, ex­plique ain­si Ma­thieu Ha­no­tin, di­rec­teur de cam­pagne de Be­noît Ha­mon. L’en­ga­ge­ment vient des tripes. À chaque étape de votre vie, vous res­sen­tez le be­soin et l’ur­gence de vous en­ga­ger. J’as­sume mon par­cours. » À seu­le­ment 38 ans, il af­fiche plus de vingt ans de mi­li­tan­tisme au comp­teur. Dès sa dé­mis­sion du gou­ver­ne­ment en 2014, Be­noît Ha­mon, qui avait un peu dé­lais­sé pen­dant deux ans les ma­noeuvres d’ap­pa­reil (la « po­pole » , comme dit Ha­no­tin), re­prend contact avec ses troupes. Il réunit ré­gu­liè­re­ment les par­le­men­taires de son cou­rant et par­court les fé­dé­ra­tions. À l’époque, per­sonne ne le voit ve­nir mais dé­jà ses fi­dèles lui ré­pètent qu’il manque une voix à gauche et qu’il pour­rait s’agir de la sienne. L’équipe se tient prête. Au mois de juin 2016, la dé­ci­sion est prise : « ils » y vont. « Be­noît » et sa bande. Zi­neb Dryef

Be­noît Ha­mon et Ré­gis Jua­ni­co (à droite), l’un de ses plus fi­dèles lieu­te­nants, le 28 août 2016.

Le clan Ha­mon à la ma­noeuvre : Ma­thieu Ha­no­tin (ci-des­sus), di­rec­teur de sa cam­pagne à la pri­maire ; les dé­pu­tés Guillaume Ba­las, Pas­cal Cher­ki, De­nys Ro­bi­liard (en haut à droite) et Da­niel Gold­berg (ci-contre).

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