Le nou­vel élan chi­nois.

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Le nou­vel 3— élan chi­nois.

RUI WANG NE S’Y RE­TROUVE PLUS TRÈS BIEN DANS SON AGEN­DA. À l’ap­proche de l’an­née du Coq, cé­lé­brée ce week-end, son as­so­cia­tion, l’AJCF (As­so­cia­tion des jeunes Chi­nois de France) – qu’il a co­fon­dée en 2009 et dont il as­sure la présidence tour­nante de­puis deux ans – mul­ti­plie pro­jets et in­ter­ven­tions mi­li­tantes. « Lun­di, tu as­sistes au dé­bat qui suit la pro­jec­tion du film M. et Mme Zhang à l’uni­ver­si­té Cer­gy- Pon­toise, et le 28 tu par­ti­cipes à la confé­rence d’Asia­lyst », lui rap­pelle son amie Élo­die, quelques mi­nutes avant la réunion de groupe im­pro­vi­sée sa­me­di der­nier dans un lo­cal, place de la Na­tion, à Pa­ris. Aux cô­tés de cher­cheurs à Sciences Po et de col­lègues mi­li­tants, le jeune homme aux fines lu­nettes rondes s’in­ter­ro­ge­ra sa­me­di sur les suites à don­ner au mou­ve­ment de co­lère de la com­mu­nau­té asia­tique, sur­ve­nu cet été après l’agres­sion mor­telle d’un im­mi­gré chi­nois à Au­ber­vil­liers. Un grand ras­sem­ble­ment s’était alors or­ga­ni­sé en sep­tembre place de la Ré­pu­blique, pour dire halte à la vio­lence et aux pré­ju­gés ra­ciaux en­vers les Asia­tiques. Le com­bat a pris de l’am­pleur de­puis. La pa­role s’est li­bé­rée et la nou­velle gé­né­ra­tion ne laisse plus rien pas­ser. En té­moigne la po­lé­mique qui a sui­vi le sketch sur les Chi­nois de Gad El­ma­leh et Kev Adams, dif­fu­sé en prime time sur M6, le 4 dé­cembre 2016. Plu­sieurs jour­na­listes d’ori­gine asia­tique n’ont ain­si pas hé­si­té à ex­pri­mer leur malaise. La tribune d’An­tho­ny Chey­lan, ré­dac­teur en chef de Clique.tv, a ré­veillé la pre­mière la twit­to­sphère. Quelques jours après, la vi­déo in­ti­tu­lée « Ne me dites plus ja­mais Tching Tchong », de sa consoeur de France In­fo, Linh-Lan Dao, comp­ta­bi­li­sait plus de 1,5 mil­lion de vues sur Fa­ce­book. Si l’as­so­cia­tion de Rui Wang a été la pre­mière à poin­ter le ra­cisme or­di­naire vi­sant la com­mu­nau­té asia­tique, elle n’est dé­sor­mais plus seule à agir. Sa­me­di der­nier, c’était au tour de Ro­khaya Dial­lo de s’em­pa­rer du su­jet dans l’es­pace cultu­rel pa­ri­sien du Cent­quatre. La chro­ni­queuse, connue pour son en­ga­ge­ment en fa­veur de l’éga­li­té, sou­le­vait la ques­tion de la sous-re­pré­sen­ta­tion de la com­mu­nau­té asia­tique en France. Le com­bat que Rui Wang et ses ca­ma­rades mènent de­puis près de huit ans com­men­ce­rait-il à por­ter ses fruits ? Le jeune homme veut y croire. En­ga­gé mais pas lea­der, il in­siste sur le fait que l’AJCF est une équipe. Une bande de co­pains née d’un fo­rum com­mu­nau­taire sur Fa­ce­book, qui tentent en­semble d’in­car­ner « la gé­né­ra­tion qui re­lève la tête » . « Celle qui ne fuit pas le conflit, qui ne fait plus de cour­bettes à son pays d’ac­cueil, comme nos aî­nés l’ont fait pen­dant des an­nées. » Il marque une pause. Cherche la bonne for­mule. Avant d’ajou­ter, l’air sa­tis­fait : « Notre as­so­cia­tion est l’ou­til qu’il nous faut pour chan­ger notre com­mu­nau­té de des­tins. » Des des­tins sou­vent dé­jà tout tra­cés par les pa­rents. Car si la stig­ma­ti­sa­tion du « Chi­nois » par la so­cié­té pèse sur ces jeunes, l’en­vi­ron­ne­ment fa­mi­lial n’en est pas moins lourd. « Ma gé­né­ra­tion doit im­pé­ra­ti­ve­ment s’af­fran­chir du dik­tat pa­ren­tal si elle veut évo­luer », ex­plique Rui Wang. « Nous vou­lons avoir la li­ber­té de choi­sir qui on veut être, qui épou­ser, com­ment se com­por­ter, quelles études suivre ou ne pas suivre », sou­tient ce­lui qui a dé­joué les sté­réo­types de l’in­for­ma­ti­cien in­hi­bé et de l’en­tre­pre­neur dans la res­tau­ra­tion, pour de­ve­nir agent im­mo­bi­lier après des études de ges­tion à Pa­ris-Dau­phine. Une tra­jec­toire pro­fes­sion­nelle plus sin­gu­lière qui ne l’em­pêche pas, à 29 ans, de jouer les Tan­guy dans l’ap­par­te­ment de ses pa­rents à Pan­tin. RUI WANG EST ORI­GI­NAIRE DE LA PRO­VINCE DE WHEN­ZOU. Il avait 7 ans lors­qu’il a mi­gré en France et at­ter­ri en CLIN (classe d’initiation pour les non-fran­co­phones). Après trois an­nées dif­fi­ciles dans la clan­des­ti­ni­té, sa fa­mille a bé­né­fi­cié de la vague de ré­gu­la­ri­sa­tions mises en place par le nou­veau gou­ver­ne­ment Jos­pin en 1998. Alors oui, le sketch po­lé­mique de Gad El­ma­leh et Kev Adams l’a bles­sé : « Ça a ré­veillé en moi le sou­ve­nir des hu­mi­lia­tions de cour d’école. C’est un sketch pri­maire, qui ré­vèle à quel point la so­cié­té fran­çaise est éloi­gnée de cer­tains de ses en­fants », se dé­sole-t-il. Au jeu des ac­cents gro­tesques, Rui Wang a sa théo­rie sur l’hu­mour qui passe et ce­lui qui ne passe pas. « Lorsque Gad El­ma­leh imite un Ma­ro­cain, ou lors­qu’Eli Ka­kou joue Ma­dame Sar­fa­ti, c’est drôle parce que ce sont des per­son­nages at­ta­chants, qui ren­voient à une réa­li­té vé­cue. C’est ce qui fait toute la dif­fé­rence », as­sure-t-il. Faire que la France porte un re­gard plus fra­ter­nel sur sa com­mu­nau­té chi­noise im­mi­grée, c’est la dure ba­taille qui at­tend en­core cette an­née Rui et ses ca­ma­rades de l’AJCF. D’après l’ho­ro­scope chi­nois, ils sont sur la bonne voie. « En 2017, le triomphe et le suc­cès ne pour­ront être dé­cro­chés qu’au prix d’ef­forts sou­te­nus et bien orien­tés », an­noncent les astres. Ju­liette Bran­ciard

Rui Wang (au centre), pré­sident de l’As­so­cia­tion des jeunes Chi­nois de France, et ses amis mi­li­tants, veulent in­car­ner la gé­né­ra­tion « qui re­lève la tête » (ici, le 21 jan­vier).

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