Ka­mi­mu­ra, maître du man­ga.

Magazine M - - Le Som­maire - Par Fré­dé­ric Po­tet

Plus culte que lui, tu meurs – si pos­sible d’un coup de sabre as­sé­né par une tueuse à gages aux traits asia­tiques. On au­rait tort, ce­la étant, de ré­su­mer la car­rière du des­si­na­teur Ka­zuo Ka­mi­mu­ra au seul per­son­nage de La­dy Snow­blood, dont s’ins­pi­ra Quentin Ta­ran­ti­no dans son dip­tyque Kill Bill (sous les traits de la ven­ge­resse O-Ren Ishii). Mort en 1986 à 45 ans, le man­ga­ka ja­po­nais est avant tout l’au­teur d’une oeuvre d’une in­croyable den­si­té dont on ne cesse, en Eu­rope, de dé­cou­vrir l’élé­gance par le biais de tra­duc­tions ré­gu­lières. Mis à l’hon­neur ce week-end au Fes­ti­val in­ter­na- tio­nal de la bande des­si­née d’An­gou­lême à tra­vers une ex­po­si­tion ras­sem­blant 150 ori­gi­naux, Ka­mi­mu­ra est sur­nom­mé au Ja­pon le « peintre de l’ère Shô­wa », nom de la pé­riode cor­res­pon­dant au règne de l’em­pe­reur Hi­ro­hi­to (1926-1989). S’il a dé­crit le Ja­pon de l’après-1945, écar­te­lé entre le far­deau de la dé­faite et le boum de la crois­sance, Ka­mi­mu­ra l’a fait en don­nant aux femmes une place cen­trale dans ses ré­cits (Le Club des di­vor­cés, Lorsque que nous vi­vions en­semble, Le Fleuve Shi­na­no…). Ce maître du ge­ki­ga – man­ga abor­dant des su­jets so­ciaux ou his­to­riques – a dé­ve­lop­pé une es­thé­tique em­prunte de vio­lence poé­tique, à contre-pied des codes sté­réo­ty­pés du man­ga grand pu­blic. Ceux qui ne pour­ront pas se rendre à An­gou­lême iront en li­brai­rie ache­ter sa dernière « nou­veau­té », Une femme de Shô­wa, un ré­cit in­ache­vé de 1977, le des­tin d’une or­phe­line de­ve­nue chef de gang dans le To­kyo sous tu­telle amé­ri­caine.

“Ka­zuo Ka­mi­mu­ra, l’es­tam­piste du man­ga”, mu­sée des Beaux-Arts d’An­gou­lême. Jus­qu’au 12 mars. Une femme de Shô­wa, Ka­zuo Ka­mi­mu­ra (des­sin) et ik­ki Ka­ji­wa­ra (scé­na­rio). éd. Ka­na, 262 P. 15 €.

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