Le 7e ciel des col­lec­tion­neurs.

Châ­teau d’Yquem 1937, Che­val Blanc 1947 et Fargues 1967: trois bor­deaux qui font rê­ver les ama­teurs de grands crus et s’ar­rachent à prix d’or.

Magazine M - - Le Sommaire - par alexandre duyck pho­tos fran­kie & nik­ki

On peut être un ho­no­rable châ­te­lain de 83 ans, por­ter un cos­tume chic sous le ca­gnard gi­ron­din, vou­voyer son fils Phi­lippe et culti­ver un (pe­tit) cô­té punk. S’il est un mot que le mar­quis Alexandre de Lur Sa­luces aime em­ployer, c’est ce­lui d’ « ex­tra­va­gant ». L’ad­jec­tif lui va si bien. Ce pro­prié­taire d’un do­maine pres­ti­gieux, le Châ­teau de Fargues, l’as­sure : les sau­ternes, ses vins de coeur, « sont ex­tra­va­gants par na­ture ». Et par­fois, même, un peu plus que ce­la : fran­che­ment ex­traor­di­naires. Dans le verre, bien sûr, comme sur la fac­ture. Dans le Bor­de­lais, trois an­nées en 7 ont ac­cou­ché de crus ex­cep­tion­nels: 1937, 1947, 1967. Et par­mi ces mil­lé­simes, trois vins ont même ac­quis au fil du temps une au­ra my­thique : Châ­teau d’Yquem 1937, Châ­teau Che­val Blanc 1947 et Châ­teau de Fargues 1967. Des vins qui font au­jourd’hui tour­ner la tête de col­lec­tion­neurs prêts à dé­pen­ser une pe­tite for­tune pour s’of­frir l’un de ces fa­meux fla­cons. En bou­tique spé­cia­li­sée ou dans les ventes aux en­chères, les bou­teilles res­tées en cir­cu­la­tion se né­go­cient entre quelques cen­taines, plu­sieurs mil­liers, voire des cen­taines de mil­liers d’eu­ros. Du haut du mur d’en­ceinte de la for­te­resse fa­mi­liale, dont les pre­miers tra­vaux de construc­tion datent de 1306, le mar­quis de Lur Sa­luces laisse aux autres l’an­goisse du temps qui passe lors­qu’il évoque ces breu­vages d’an­tan, qui sont pour lui de pe­tits mo­ments d’éternité. Sa fa­mille a long­temps ré­gné sur Yquem, le do­maine le plus pres­ti­gieux du Sau­ter­nais, dont Fré­dé­ric Dard, le père des tru­cu­lents San An­to­nio, écri­vait pour une fois sans rire: «Gui­try­di­sait qu’après du Mo­zart le si­lence qui­suc­cé­dai­té­tai­ten­co­re­deMo­zart. Après une gor­géed’yquem, les ins­tants­qui suivent sont tou­jours d’yquem. (…) Il ya­ce­la:cette no­blesse ex­quise. Des­cen­du en vous comme une lu­mière. Car yquem est aus­si lu­mière. De la lu­mière bue!» à la même époque, le mar­quis a vu des vi­si­teurs pleu­rer d’émo­tion en goû­tant son vin. Un homme lui avait même de­man­dé l’au­to­ri­sa­tion de dis­per­ser ses cendres au-des­sus des vignes ( « J’ai dit non! » ). Et le grand vio­lo­niste Itz­hak Perl­man, les yeux em­bués, avait com­pa­ré de­vant lui la cou­leur de son Stra­di­va­rius à la robe de son yquem fa­vo­ri. De­puis 1996, le bla­son des Lur Sa­luces ne flotte plus sur Yquem. La mort dans l’âme, le mar­quis a dû se plier à la dé­ci­sion de son frère aî­né et le Châ­teau d’Yquem a été of­fert sur un pla­teau d’ar­gent mas­sif à Bernard Ar­nault. Qu’im­porte: le châ­te­lain conti­nue de dis­pen­ser sa connais­sance en­cy­clo­pé­dique du sau­ternes, avec des « 7 » plein la bouche. D’au­tant qu’il pos­sède l’un des plus beaux lots de conso­la­tion qui soit : le Châ­teau de Fargues, autre sau­ternes par­ti­cu­liè­re­ment re­cher­ché des ama­teurs et même des col­lec­tion­neurs pour ce qui est du mil­lé­sime 1967. Dans ce pe­tit monde aus­si « ex­tra­va­gant » que le frin­guant mar­quis, deux Fran­çais se dis­putent le titre ho­no­ri­fique de plus grand ac­cu­mu­la­teur de grands crus du monde. Fran­çois Au­douze, an­cien in­dus­triel ins­tal­lé en ré­gion pa­ri­sienne, se fé­li­cite d’avoir bu plus de 100 yquems, ce qui vous pose un homme. Ins­tal­lé quant à lui dans les Deux-Sèvres, Mi­chel-Jack Chas­seuil couve 36 000 bou­teilles. Ce­la lui a va­lu d’être pris en otage et vio­len­té par sept bra­queurs en 2012, mais ils n’ont pas réus­si à ac­cé­der à son tré­sor. Il s’est aus­si vu pro­po­ser par un homme d’af­faires chinois le ra­chat de sa cave, forte de bou­teilles al­lant de 200 à 100 000 eu­ros l’uni­té. « Il vou­lait me fi­ler 50 mil­lions d’eu­ros, je lui ai fait sa­voir que je n’avais pas be­soin de son fric pour bien vivre ! » Fran­çois Au­douze et Mi­chel-Jack Chas­seuil se connaissent (for­cé­ment) et s’ignorent (fé­ro­ce­ment). Entre eux, un schisme digne de ce­lui entre les églises d’Orient et d’Oc­ci­dent en 1054 (saint émi­lion était dé­jà pas­sé dans l’au­de­là de­puis trois siècles) : Au­douze boit ses pré­cieuses li­queurs, Chas­seuil non. Ce qui donne: « Chas­seuil pos­sède des bou­teilles que je n’ai pas trou­vées, il a même un yquem 1811, l’an­née de la Grande co­mète, mais elle est peut-être dé­jà morte. La mort ne vient pas du vin, la mort vient du bou­chon. Gar­der une bou­teille et ne ja­mais la boire, c’est une conne­rie sans nom! » (Au­douze) ; « Fran­çois Au­douze est bien gen­til, mais il était en­core en cu­lottes courtes que j’avais dé­jà bu tous ses vins ! Du coup main­te­nant je les garde ! » (Chas­seuil). Seul l’amour de la vigne et des plus grands mil­lé­simes semble les ré­con­ci­lier. à com­men­cer, •••

••• bien sûr, par l’in­con­tour­nable yquem 1937. « L’ar­ri­vée d’un yquem 1937 est em­preinte d’une grande émo­tion, confie Fran­çois Au­douze. Il a cette cou­leur mer­veilleu­se­ment do­rée mais aus­si une trans­pa­rence rare pour un vin de cette époque. C’est l’af­fir­ma­tion de la per­fec­tion de Châ­teau d’Yquem avec cette pré­sence, cette den­si­té et cette concen­tra­tion unique d’arômes in­imi­tables. On a entre les mains et sur la langue l’ex­pres­sion la plus ab­so­lue du vin par­fait. » Dans les Deux-Sèvres, Mi­chel-Jack Chas­seuil rêve de bâ­tir un Louvre du vin. « Bri­gitte Bar­dot a bien fait connaître Saint-Tro­pez en mon­trant ses fesses, moi je fe­rai connaître La Cha­pelle-Bâ­ton avec mes bou­teilles ! Un mé­cène russe est prêt à m’ai­der et Phi­lippe de Villiers m’a dit: “Je t’en­ver­rai du monde en per­ma­nence!”» En at­ten­dant, par­mi ses 36000 bou­teilles, s’il ne de­vait en conser­ver qu’une seule, ce se­rait lui aus­si un yquem 1937. « Ou un Che­val Blanc 1947. » La cu­vée my­thique, cette fois, des saint-émi­lion… Plu­sieurs fois par an, Fran­çois Au­douze convie des hôtes triés sur le vo­let à faire ri­paille. Les vins de sa propre col­lec­tion sont ser­vis à table, avec d’ex­cel­lents plats et une ad­di­tion très sa­lée. Pour son 150e dî­ner, en échange de quelques mil­liers d’eu­ros par per­sonne, le col­lec­tion­neur a im­po­sé un thème: l’an­née 1947, « l’ab­so­lu du grand vin ». La scène se dé­roule évi­dem­ment dans un châ­teau, ce­lui de Sa­ran, dans la Marne, su­blime pro­prié­té de Moët & Chan­don. La carte té­moigne qu’en ce 16 no­vembre de l’an de grâce 2011, on ser­vit douze très grands crus 1947 avant de ter­mi­ner par un vin de Chypre 1845, avec des ma­de­leines à la ré­glisse. « C’était l’au­tomne, il fai­sait froid, je me sou­viens que le climat se prê­tait à boire de grands vins rouges, se re­mé­more Oli­vier de Pa­na­fieu, l’un des in­vi­tés. Nous avons bu les vins lors de duels, des duels de ti­tans de­vrais-je dire. Le prin­cipe est simple: pour le même plat, on confronte deux crus ex­cep­tion­nels. Et là, vous dî­nez sur le mont Olympe, dans le do­maine des dieux! » Un pauillac Châ­teau Mou­ton-d’Ar­mail­hacq ri­va­li­sa ain­si avec un saint-émi­lion Châ­teau An­ge­lus pour conqué­rir le coeur d’un fi­let de sole po­ché dans son court-bouillon, puis un po­me­rol Châ­teau La­fleur et un Pe­trus po­me­rol s’af­fron­tèrent pour les beaux yeux d’un fi­let de rou­get en de­mi-deuil. Éton­nam­ment, Au­douze fit l’im­passe sur le Che­val Blanc 1947, dont il dit pour­tant: « C’est un vin ex­cep­tion­nel, le plus my­thique des Che­val Blanc. Il fait par­tie des plus grands vins du siècle. » Le Sau­ter­nais res­semble fort à la Toscane. Même col­lines val­lon­nées, cy­près et lu­mière ra­sante à la fin du jour. à 30 ki­lo­mètres de là, le pay­sage s’apla­tit et le vin rou­git. Comme nous, lorsque la ser­veuse (russe) du res­tau­rant à Saint-Émi­lion a pouf­fé un « mais bien sûr ! » après s’être en­ten­due de­man­der si elle connais­sait la di­rec­tion du châ­teau Che­val Blanc. Si­tué sur la com­mune de Po­me­rol, le do­maine, que fait vi­si­ter son di­rec­teur tech­nique Pierre-Oli­vier Clouet, ap­par­tient de­puis 1998 à Bernard Ar­nault, en­core lui, et au mil­liar­daire belge Albert Frère, ba­ron de son état. L’ar­chi­tecte star Ch­ris­tian de Port­zam­parc a des­si­né le chai de 6 000 m2 qui jouxte une oran­ge­rie du xviiie siècle. En 1947, au sor­tir de la se­conde guerre mon­diale, on la­bou­rait en­core avec des boeufs et des che­vaux ici, sans se dou­ter qu’une bou­teille de cette an­née-là de­vien­drait, en 2010 à Ge­nève, la plus chère du monde ven­due à l’oc­ca­sion d’une vente aux en­chères: 304375 dol­lars (223967 eu­ros de l’époque) pour un fla­con de six litres, for­mat im­pé­riale. Pour Pierre-Oli­vier Clouet, « on doit par­ler du plus grand mil­lé­sime de l’his­toire de Che­val Blanc et même d’un mil­lé­sime mi­ra­cu­leux ». Il fait ter­ri­ble­ment chaud, du­rant cet été et cet au­tomne-là. Les ven­danges ont com­men­cé dès le 15 sep­tembre, deux se­maines plus tôt que d’or­di­naire. Le de­gré po­ten­tiel de la ré­colte at­teint vite 14,4, du ja­mais-vu dans l’his­toire du Châ­teau, à l’ex­cep­tion de 1929. La ri­chesse en sucre du moût, as­so­ciée à des tem­pé­ra­tures tou­jours éle­vées pen­dant les ven­danges, oc­ca­sionne des fer­men­ta­tions dif­fi­ciles qui obligent à ap­por­ter quo­ti­dien­ne­ment des blocs de glace de­puis Bor­deaux afin de ré­gu­ler la tem­pé­ra­ture dans le chai. En 1951, le pro­prié­taire des lieux, Albert Four­caud-Laus­sac, ma­rie sa fille et ouvre quelques bou­teilles de ce nou­veau mil­lé­sime. Ses in­vi­tés en tombent à la ren­verse mais ne lui pré­disent pas un grand ave­nir, sur l’air de « c’est tel­le­ment bon que ça ne vieilli­ra pas très bien, il est dé­jà tel­le­ment haut ». Deux hommes vont faire, beau­coup plus tard, sa re­nom­mée: le dé­gus­ta­teur et cri­tique amé­ri­cain Ro­bert Par­ker, qui lui at­tri­bue la note de 100/100, tout comme aux mil­lé­simes 2005 et 2010; le cri­tique fran­çais Mi­chel Bet­tane, co­au­teur du Guide Bet­tane & Des­seauve des vins de France, qui parle d’ « ar­chéo­lo­gie sen­so­rielle ». Pierre-Oli­vier Clouet, lui, l’a goû­té pour la pre­mière fois le 2 mai 2011. Il s’est re­trou­vé, comme tous, sub­ju­gué par la com­plexi­té, « la fraî­cheur de la violette, du cas­sis, de la fram­boise, ajou­tée à la ma­tu­ri­té de la confi­ture de ce­rise, de la pâte d’amande, du Pa­ris-Brest, du si­rop d’or­geat… Il n’y a qu’un seul geste pour ré­su­mer sa lar­geur, son cô­té onc­tueux, gras, glis­sant… » Il place alors ses deux mains grandes ou­vertes der­rière ses oreilles et leur fait des­si­ner un de­mi-cercle jus­qu’à ce qu’elles se re­joignent au ni­veau du nez. Comme s’il des­si­nait un casque dans l’air. « On a des ta­nins mil­li­mé­triques, une ca­pa­ci­té in­ex­pli­quée à gar­der sa jeu­nesse. Et puis ce li­chen, cet hu­mus, ce ter­reau sur la fin… » Der­rière une belle porte de bois des plus so­lides, il montre un tré­sor: le ca­veau de vieillis­se­ment. Par­fai­te­ment ran­gées sur deux ni­veaux, au sein de cases mar­quées d’une plaque mé­tal­lique pour l’an­née, les bou­teilles em­pi­lées dorment dans la pé­nombre, la fraî­cheur (12,9 °C) et l’hu­mi­di­té (75,7 %). Per­dues au mi­lieu de mil­liers d’autres, seize 1947 plus six mag­nums.

Dans sa bou­tique La Cave du sé­nat, À Pa­Ris, « où l’on n’achète que du lourd », se­lon une connais­seuse avi­sée, Oli­vier Du­val en vend une de temps en temps, presque tou­jours à des clients chinois. « De toute fa­çon, dès qu’un vin dé­passe un cer­tain prix, je le vends à 90 % à une clien­tèle étran­gère. Et pour les 10 % res­tant, uni­que­ment à des avo­cats ou presque ! » C’est jus­te­ment pour ti­rer plei­ne­ment pro­fit de la clien­tèle asia­tique que Grégory Joi­nau-Ba­ron­net s’est ins­tal­lé à Hong­kong, en 2012, où il com­mer­cia­lise sur­tout de grands bor­deaux. Il a ven­du ré­cem­ment coup sur coup un yquem 1947, deux

“L’ar­ri­vée d’un yquem 1937 est em­preinte d’une grande émo­tion. On a entre les mains et sur la langue l’ex­pres­sion la plus ab­so­lue du vin par­fait.” Fran­çois Au­douze, col­lec­tion­neur de grands crus du monde.

mou­ton-rot­schild 1967, deux la­tours 1957, entre un haut-brion 1934 et un pe­trus 1970… Hong­kong est de­ve­nu le haut lieu du com­merce du vin: on y trouve da­van­tage de né­go­ciants que dans le Bor­de­lais. Il faut dire qu’il n’existe ni TVA ni taxe sur les im­por­ta­tions de vin et que le pouvoir d’achat de cer­tains clients ne sau­rait être dé­fi­ni au­tre­ment que par l’ex­tra­va­gance chère au mar­quis de Lur Sa­luces. « Un jour, un Chinois entre dans le ma­ga­sin et m’achète six grands crus. Le len­de­main, il re­vient et me dit : “J’en veux 1360!” se sou­vient Grégory Joi­nau-Ba­ron­net. Des clients de­mandent aus­si: “Quelle est la plus chère?” Ils sont dans l’im­mé­dia­te­té. Tou­jours pres­sés. » Dans sa bou­tique, l’on trouve aus­si, bien sûr, du Châ­teau de Fargues, tout comme à Sin­ga­pour, To­kyo, Shan­ghaï ou Syd­ney et New York. De­puis l’une des ter­rasses de sa for­te­resse, le mar­quis de Lur Sa­luces scrute une mi­nus­cule par­celle d’un de ses champs de maïs : la cou­leur y dif­fère du reste de la culture, le vert s’y montre plus pâle. « Sans doute le lierre ou le li­se­ron qui prend le des­sus. » Ses vaches paissent aux alen­tours. « On reste des pay­sans. Quand mes tantes par­laient d’Yquem, elles de­man­daient : “Comment va la fleur ? Comment est la ré­colte ?” On était beau­coup plus dans les ré­flexions au su­jet de la vigne tan­dis que main­te­nant, des mo­dèles in­for­ma­tiques veulent nous dire comment la gé­rer et do­mi­ner la na­ture… » In­vi­té un jour par le di­rec­teur de l’Es­sec, le mar­quis ex­pli­qua aux étu­diants si­dé­rés qu’un pied de vigne ne donne qu’un verre, car on ne prend que les meilleurs rai­sins. En voyant les pa­niers mai­gre­ment gar­nis un jour de ven­danges, Bernard Pi­vot se se­rait d’ailleurs ex­cla­mé: « Heu­reu­se­ment que vous n’êtes pas payés au poids ! » à Fargues, le sum­mum fut donc at­teint en 1967. « Trois fac­teurs ont construit la lé­gende de 67, ex­plique le mar­quis en ou­vrant la porte de la cave. La qua­li­té, évi­dem­ment; la cri­tique; et un Suisse. » La qua­li­té ? Fran­çois Au­douze : « Le Fargues 1967 est my­thique! » La cri­tique? Elle ne fut pas di­thy­ram­bique au dé­part, mais elle s’est bien rat­tra­pée par la suite. Le Suisse? Un mys­té­rieux Hel­vète dé­boule un ma­tin des an­nées 1970 à Fargues et se porte ac­qué­reur de plu­sieurs cen­taines de caisses. Le mar­quis se mé­fie et voit même sur­gir quelques jours plus tard un ban­quier ge­ne­vois, sou­cieux de s’as­su­rer que ce vin, dans le­quel son client affirmait vou­loir in­ves­tir, exis­tait bel et bien. L’af­faire est si­gnée et le Suisse re­part heu­reux avec ses mil­liers de bou­teilles. Mais de ce fait, le vin se fait rare sur le mar­ché. Son prix flambe. « Un jour, ra­conte le mar­quis. J’as­siste à une vente aux en­chères à Londres, chez Ch­ris­tie’s. Et qui je re­trouve juste à cô­té de moi? Mon Suisse, qui re­ven­dait à prix d’or le Fargues 1967! » Du­rant les an­nées 1970 puis 1980, des clients du monde en­tier sont ve­nus sol­li­ci­ter le mys­té­rieux Suisse afin de lui ache­ter ne se­rait-ce qu’une bou­teille. Même la Mai­son Blanche s’est ma­ni­fes­tée pour ap­pro­cher ce mil­lé­sime qui «fait la queue de paon », comme le qua­li­fie un connais­seur et pas des moindres, Ro­ger Bu­reau, l’an­cien maître de chai… d’Yquem. Au­jourd’hui, il faut dé­bour­ser plu­sieurs mil­liers d’eu­ros pour une caisse de six, quand on a la chance d’en trou­ver une. L’heu­reux et avi­sé Hel­vète n’avait, lui, dé­pen­sé que quelques cen­taines de francs fran­çais.

Le mar­quis Alexandre de Lur Sa­luces (à droite), maître d’oeuvre de la re­nais­sance du Châ­teau de Fargues, avec son fils Phi­lippe, dé­but juillet.

Au Châ­teau de Fargues, un pied de vigne (au centre) ne donne qu’un seul verre de vin. Alexandre de Lur Sa­luces et son fils Phi­lippe (en haut).

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